
Renaître pour Mieux Aimer
Chapitre 3
La voix de Sophie était douce, presque timide, mais empreinte d'une assurance tranquille, celle d'une femme habituée à plaire.
"Marc, que penses-tu de moi ? Si ça te convient, nous pourrions nous fiancer."
C'était la même phrase. La même question fatidique qui, dans sa vie antérieure, l'avait rempli d'une joie immense.
Cette fois, elle a sonné comme une sentence.
Marc a pris une profonde inspiration. Il a regardé Sophie droit dans les yeux, son expression vide de toute l'admiration qu'il lui avait portée autrefois.
"Désolé, Mademoiselle Lefevre," a-t-il dit d'une voix polie mais ferme, chaque mot pesé. "Je ne ressens rien pour vous."
Le silence est tombé sur leur table.
Le sourire de Sophie s'est figé. Une lueur d'incrédulité a traversé ses yeux.
Elle n'était clairement pas habituée au rejet. Son orgueil était palpable.
Marc n'a pas attendu sa réaction.
Il a fait signe au serveur, a sorti son portefeuille et a posé assez d'argent sur la table pour couvrir l'addition et un pourboire généreux.
"Passez une bonne journée."
Il s'est levé, a ajusté sa veste et a quitté le restaurant sans un regard en arrière.
Il pouvait sentir le regard de Sophie planté dans son dos, perplexe et sans doute blessée.
Un sentiment de libération l'a envahi. C'était la première fois qu'il prenait son destin en main.
De retour chez ses parents, sa mère l'attendait dans le salon, le visage rayonnant d'anticipation.
"Alors, mon fils ? Comment ça s'est passé ? Elle est belle, n'est-ce pas ? La famille Lefevre est une bonne famille."
Marc a enlevé ses chaussures et s'est affalé sur le canapé.
"Ce n'était pas approprié."
Le sourire de sa mère s'est évanoui. "Comment ça, 'pas approprié' ? Qu'est-ce qui n'allait pas ? Tu as trente ans, Marc. Il est temps de te marier, de fonder une famille."
Dans sa vie passée, Sophie n'avait jamais vraiment aimé venir chez ses parents. Elle était toujours polie, impeccable, mais distante.
Il comprenait maintenant pourquoi. Pour elle, sa famille n'était qu'une extension de lui, de cette vie qu'elle n'avait pas choisie.
Dans une lettre, elle avait écrit : "Je déteste les dimanches chez ses parents. Sa mère me regarde avec cet air d'approbation et parle de petits-enfants. Chaque mot est une chaîne de plus qui me lie à cette farce. Je souris, je hoche la tête, et à l'intérieur, je crie."
"Maman," a dit Marc d'une voix lasse mais ferme. "Je veux me marier, oui. Mais je veux épouser une femme qui m'aime pour qui je suis. Une femme dont le cœur est libre. Pas quelqu'un qui cherche juste un bon parti."
Sa mère a semblé déconcertée par sa soudaine maturité sur le sujet.
"Mais... qu'est-ce qui te fait dire ça de Mademoiselle Lefevre ?"
"Juste une impression," a-t-il menti.
Son téléphone a vibré. C'était un message de Sophie.
"Est-ce que j'ai fait ou dit quelque chose de mal ?"
Marc a hésité un instant. L'ancien lui aurait probablement inventé une excuse vague pour ne pas la blesser.
Le nouveau Marc ne voyait pas l'intérêt de ménager les sentiments de la femme qui avait détruit sa vie.
Il a tapé une réponse, directe et sans fioritures.
"Non. Le problème ne vient pas de vous. C'est juste que je ne veux pas épouser une femme dont le cœur est déjà pris."
Il a envoyé le message et a bloqué son numéro.
Il ne voulait plus rien avoir à faire avec elle.
Il voulait se concentrer sur lui-même, sur sa carrière, et peut-être, un jour, trouver quelqu'un qui l'aimerait sincèrement.
Il a regardé ses parents, qui le dévisageaient avec inquiétude.
"Ne vous en faites pas pour moi," a-t-il dit avec un petit sourire. "Je vais bien. Je vais juste prendre mon temps. Et je promets de mieux m'occuper de vous deux."
Dans sa vie précédente, absorbé par son mariage malheureux, il avait négligé ses parents.
Cette fois, il ne referait pas la même erreur.
Sa famille passerait en premier.
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