
Quinze Ans Brisés
Chapitre 2
La musique du gala de charité remplissait l'air, mais pour Jeanne Dubois, ce n'était qu'un bruit de fond. Elle se tenait près d'un pilier, un verre de champagne à la main, observant la foule. Deux femmes, un peu plus loin, chuchotaient derrière leurs éventails.
« Tu as vu Marc Leroy avec sa petite protégée ? »
« Chloé Martin ? Il ne la quitte plus d'une semelle. Sa femme, Jeanne, doit avoir un cœur en or pour tolérer ça. »
Jeanne a fait semblant de ne pas entendre. Elle connaissait les rumeurs. Marc, son mari, professeur d'art respecté, était charismatique, et Chloé, sa jeune apprentie, était ambitieuse. Jeanne l'avait elle-même prise sous son aile, voyant en elle un talent brut pour l'architecture d'intérieur. Elle avait cru en sa générosité, en sa capacité à élever les autres.
Son regard a balayé la salle. Une installation florale, conçue par Chloé sous sa supervision, penchait dangereusement. Le fil de fer qui la soutenait était mal fixé. Avec un soupir, Jeanne s'est approchée. Elle a sorti une petite pince de son sac – un outil qu'elle gardait toujours sur elle – et a discrètement renforcé la structure. C'était son travail, sa réputation. Tout devait être parfait.
« Madame Dubois ! »
Un des organisateurs de l'événement s'est précipité vers elle, le visage en sueur.
« Il y a un problème dans le salon privé. Une urgence. »
Jeanne a froncé les sourcils. Une urgence ? Elle a suivi l'homme à travers un couloir bondé, le cœur battant un peu plus vite. Qu'est-ce qui pouvait bien se passer ?
Alors qu'ils approchaient de la porte, elle a entendu des voix. Une voix d'homme, basse et familière. Celle de Marc. Et une autre, une voix de femme, emplie d'un rire suggestif. Celle de Chloé.
« Tu es incroyable, Marc. Tellement mieux qu'elle. »
La main de Jeanne s'est glacée sur la poignée de la porte. Elle a poussé doucement.
La scène qui s'est offerte à elle était brutale, sans équivoque. Marc était penché sur Chloé, qui était assise sur un canapé en velours. Sa main était sous sa robe, et leurs bouches étaient collées l'une à l'autre. Ils ne l'ont pas entendue entrer. Le choc l'a paralysée, l'air lui a manqué. C'était pire qu'une rumeur. C'était la réalité, crue et violente.
Elle est restée là, incapable de bouger, le son de son propre cœur martelant ses tempes. Puis, une seule question a franchi ses lèvres, un murmure brisé qui a déchiré le silence de leur étreinte.
« Qu'est-ce que vous faites ? »
Vous aimerez aussi





