
Quinze Ans Brisés
Chapitre 3
Le silence qui a suivi sa question était absolu. Marc et Chloé se sont séparés brusquement, comme s'ils avaient été surpris par un éclair. La musique du gala semblait s'être arrêtée. Le monde entier s'était tu.
Chloé a été la première à réagir. Son visage s'est décomposé, ses yeux se sont remplis de larmes. Elle s'est levée, titubante, et s'est approchée de Jeanne.
« Jeanne, je suis tellement désolée. J'ai trop bu. Je ne sais pas ce qui m'a pris. Pardonne-moi. »
Elle a essayé de prendre la main de Jeanne, mais Jeanne l'a retirée comme si elle avait touché du feu. La pitié, la trahison, la colère tourbillonnaient dans sa poitrine.
Marc, lui, avait une expression différente. Pas de culpabilité, juste de l'agacement. Il s'est relevé, a rajusté sa veste et a regardé Jeanne avec une froideur qui l'a transpercée.
« Jeanne, arrête de faire une scène. Ce n'est pas le moment ni l'endroit. »
Sa voix était dure, accusatrice. Il ne la défendait pas, il la réprimandait. Il protégeait Chloé.
« Ce n'est pas le moment ? » a répété Jeanne, sa propre voix tremblante de fureur. « Tu me trompes avec la fille que j'ai formée, dans une pièce à quelques mètres de moi, et ce n'est pas le moment ? »
Marc a levé les yeux au ciel, exaspéré.
« On est venu te chercher pour une urgence, pas pour que tu nous fasses une crise d'hystérie. Chloé a fait un malaise à cause de l'alcool. J'essayais de l'aider. »
L'organisateur, qui était resté pétrifié à la porte, a bafouillé : « Oui, c'est vrai, elle disait ne pas se sentir bien... »
Jeanne a regardé Chloé, qui jouait parfaitement son rôle de jeune femme fragile et confuse. Elle a ensuite regardé son mari, cet homme qu'elle pensait connaître, et a vu un étranger. Un menteur. Un manipulateur.
« Tu veux que je m'occupe de l'urgence ? » a-t-elle demandé, un calme glacial s'installant en elle. Elle a pointé du doigt un projecteur qui grésillait dangereusement près d'un rideau. C'était ça, la véritable urgence pour laquelle on l'avait appelée.
« Oui, » a dit Marc, comme si c'était une évidence. « Fais ton travail. On en reparlera à la maison, quand tu seras calmée. »
Il l'a traitée comme une employée, pas comme sa femme. La douleur était si intense qu'elle a failli suffoquer. Mais elle a refusé de s'effondrer. Pas devant eux. Pas maintenant.
Elle s'est dirigée vers le projecteur, ses gestes précis et professionnels, malgré le chaos qui régnait dans sa tête. Elle a débranché l'appareil, l'a sécurisé, a vérifié les câbles. Chaque mouvement était une ancre qui l'empêchait de sombrer.
Derrière elle, Marc a de nouveau parlé, sa voix forte et claire pour que l'organisateur entende bien.
« Tu vois ? Toujours à exagérer. Une vraie drama queen. »
Un autre invité, attiré par le bruit, a jeté un coup d'œil dans la pièce. « Tout va bien ici ? »
« Oui, oui, » a répondu Marc avec un sourire charmeur. « Juste ma femme qui est un peu tendue. La pression de l'événement. »
Pendant ce temps, Chloé, voyant qu'elle n'obtenait pas la réaction voulue, a fait un pas en arrière et a "accidentellement" heurté une petite table, renversant un vase d'eau sur une multiprise. Des étincelles ont jailli.
« Oh, mon Dieu ! » a-t-elle crié, l'air terrifiée.
Jeanne n'a pas eu le choix. Elle s'est précipitée, a coupé le courant principal de la pièce et a commencé à éponger le désordre, ses mains tremblant de rage contenue. Elle était piégée, forcée de nettoyer les dégâts, au sens propre comme au figuré.
Une fois le danger écarté, elle s'est relevée. Elle ne pouvait plus rester là.
« Je rentre, » a-t-elle dit, sa voix vide de toute émotion.
Elle s'est dirigée vers la porte. Marc l'a attrapée par le bras. Sa poigne était ferme, possessive.
« Tu ne vas nulle part. On n'a pas fini de discuter. »
Jeanne a arraché son bras de son emprise. Elle l'a regardé droit dans les yeux, un mépris infini dans son regard.
« Ne me touche plus, » a-t-elle sifflé. Puis, elle a ajouté d'une voix faussement douce, assez forte pour que Chloé entende : « Amusez-vous bien, tous les deux. »
Elle est sortie du salon, traversant le couloir la tête haute, ignorant les chuchotements et les regards qui la suivaient. Chaque pas était une torture, mais chaque pas l'éloignait de ce cauchemar. Elle était seule, mais pour la première fois de la soirée, elle respirait.
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