
Quand L'Amour Revient Avec un Enfant
Chapitre 3
À l'exception peut-être de ce cran, de cette audace, de cette volonté tenace pour obtenir ce qu'elles désirent.
– Tu as une sale tête. Mauvaise nuit ? me demande-t-elle en ébouriffantmes cheveux.
J'esquive en bougonnant. Elle sait pourtant que je n'aime pas ce genre de geste maternant. D'habitude, elle respecte mon espace vital.
– Bacon et œufs brouillés... ou on passe tout de suite au dessert ? propose-t-elle dans un sourire.
Et ses mains glissent sur mon torse nu, et son bassin se presse contre le mien, et sa langue joueuse s'insinue dans ma bouche qui grogne, mais de plaisir maintenant. Je sens mon corps se réveiller. Et ma colère contre June avec. J'avais tout réparé. Tout retrouvé. Une fille qui me fait du bien. Et rien d'autre que du bien. Nos familles qui s'entendent. Des études qui me plaisent et qui me feront peut-être changer le monde. Un avenir qui me paraissait simple, direct, sans drame. Après une enfance merdique et une adolescence chaotique, je pensais y avoir droit.
– Je suis en train de te mordiller le lobe de l'oreille et tu ne réagis pas,me susurre-t-elle sans méchanceté. Tu veux que je m'en aille ?
– Non, reste, je...
– Tu es perdu dans tes pensées et tu ne veux pas en parler, je sais...– Tu me connais, confirmé-je dans un demi-sourire.
– Et je t'aime comme tu es ! déclare-t-elle en capitulant.
Je la regarde droit dans les yeux et je me demande une seconde si je dois lui dire la vérité. Celle que je viens tout juste d'apprendre, que je n'ai même pas eu le temps de digérer. Mais Athena s'éloigne déjà en direction de la cuisine ouverte pour déballer le petit déjeuner tout prêt qu'elle a apporté. J'en profite pour aller prendre une douche rapide, enfiler un jean et un teeshirt noir, et je me maudis de la traiter comme ça. Tout me va chez elle. Elle est belle, maligne, elle me comprend et me respecte, elle ne m'en demande jamais trop. Comme tous les gens foncièrement heureux, elle n'a rien à cacher, rien à prouver, rien à envier aux autres. Elle ne me veut pas de mal, elle ne m'en fera jamais. On est sexuellement compatibles. Et sentimentalement à égalité. Elle est amoureuse de moi, mais je ne suis pas toute sa vie. L'inverse est encore plus vrai. Je ne l'aimerai jamais comme j'ai aimé June, je le sais. Mais Athena ne me brisera pas. C'est à peu près tout ce que je lui demande.
– Tu n'as pas besoin de mettre tous ces trucs dans des assiettes comme situ venais de passer deux heures en cuisine, plaisanté-je en revenant.
– Mince, je comptais me débarrasser de toutes ces boîtes en plastiqueavant que tu me dises qu'on pollue l'océan pour les cinq cents années à venir.
– C'est exactement ce qu'on est en train de faire, mais je vais être obligéde te pardonner... vu que tu le fais tout le temps pour moi.
Je l'enlace par-derrière et l'embrasse dans le cou. Elle se laisse aller contre moi en riant.
– C'est trop aimable, Harrison Quinn.
– Ce n'est pas une qualité qu'on me reconnaît très souvent..., marmonné-je, cynique.
– Ça ira mieux après le dessert, glousse-t-elle en se retournant dans mesbras.
Athena m'embrasse à nouveau langoureusement, mais la sonnerie de mon téléphone nous coupe en plein élan.
– Désolé, il faut que j'aille voir qui c'est.
Et pendant que je cours jusqu'à la table basse du salon, June envahit mes pensées. Et si c'était encore un de ses appels ? Elle m'a téléphoné trois fois en trois ans. Toujours à la date anniversaire de son départ. Toujours très tard le soir, comme si elle avait mieux à faire dans la journée. Les trois fois, j'ai laissé sonner. Avec les doigts qui fourmillaient, qui me démangeaient, avec les poings serrés pour m'empêcher de décrocher. Les trois fois, j'ai effacé ses messages sans même les écouter.
Qu'est-ce qui se serait passé si j'avais été moins fier ? Moins fermé ? Si j'avais su la vérité plus tôt ? Affronté la réalité plus vite ? Ça me tue de ne pas le savoir, de devoir tout imaginer.
Des années perdues, voilà ma grande spécialité. Des années âpres dans le désert du Nevada, séquestré par une folle en mal d'enfants. Des années de mensonges, sans enfance ni insouciance. Puis des années à me reconstruire ici, à Key West, près de mon vrai clan. Quelques mois de répit, avec June, à rêver de changer le monde et à y arriver un peu. Puis trois nouvelles années sans elle, démoli à nouveau. Trois années à me débattre pour sortir la tête de l'eau. Et un autre secret, plus terrible encore. Celui-ci, peut-être que j'aurais préféré ne jamais le savoir. Ne jamais avoir à changer ma vie pour lui.
C'est vrai, je n'ai jamais voulu d'enfant. Pourquoi ce serait différent maintenant ? Il a déjà vécu deux ans et demi sans moi, sans père, comme sa mère l'a voulu... Pourquoi ça ne resterait pas comme ça ? Moi, j'ai une nouvelle vie : j'ai décidé qu'elle serait simple, heureuse, sans vague. June n'a pas le droit de m'imposer ce tsunami. Voilà exactement ce que je vais faire : rien. Suivre mes plans, être heureux avec ma fiancée, laisser June se débrouiller avec son fils et subvenir simplement à leurs besoins – parce qu'il est aussi le mien. Mais ni plus ni moins. Moins, je serais un connard. Mais plus, je ne m'en sens pas capable. Père, ce n'est pas une vie pour moi. J'ai déjà bien assez de démons comme ça...
– C'est important ou pas ? s'écrie Athena depuis la cuisine.
– Non, c'était juste Baxter ! Faut que je le rappelle, mais je n'en ai paspour longtemps.
– OK, je commence sans toi ! Dépêche-toi ou je me fais aussi le desserttoute seule !
Je l'entends rire, elle me tire la langue de loin et je lui réponds d'un sourire forcé. Je vais me coller à la fenêtre pour m'éclaircir les idées et rappeler mon pote.
– Bax ? Désolé, je ne suis pas arrivé à temps pour décrocher.
– Salut, H ! Va falloir te remettre au sprint, mec, l'Académie de police nereprend pas les gros lards qui se sont laissés aller tout l'été !
– Putain, tu ne m'avais pas manqué..., soupiré-je. Comment va ton frère ?
– Pareil. On est jumeaux, crois pas que tu vas pouvoir en éliminer un desdeux sur ton chemin. On a fait de la muscu intensive, sept jours sur sept, on est remontés à bloc pour cette deuxième année !
– On est des bêêêtes ! entends-je beugler Dexter derrière.
Et je le visualise parfaitement, roux et bodybuildé, bouche grande ouverte et langue pendante, comme l'imbécile qu'il n'est pas.
– Vous me fatiguez déjà, les gars...
– Bon, quand est-ce que tu reviens sur le campus ? Nous, on vient d'arriver. On a mis une option sur une chambre à quatre, mais faudra trouver un quatrième mec.
– C'est bien, tu as aussi révisé les additions cet été, dis-je en rigolant.
Et Baxter se met à réciter la table de 1 avec une voix de débile, sans réaliser que ce ne sont pas des additions, mais des multiplications.
– Alors, tu te pointes quand ? On peut choisir le mec sans toi ?
– Ouais, mais ne prenez pas un connard. Je serai là dans une dizaine dejours, j'ai juste un truc à régler avant.
Vous aimerez aussi





