
Quand l’amour et la haine s’effacent, reste l’adieu
Chapitre 2
Mes blessures étaient légères et on m'avait vite soignée.
Élina n'a pas encore repris connaissance, et malgré sa propre jambe blessée, Christophe refusait de laisser quelqu'un d'autre veiller sur elle.
Même le médecin trouvait la scène insupportable et m'a demandé, à moi, sa fiancée, d'essayer de le convaincre.
J'ai jeté un coup d'œil à son genou : le sang avait cessé de couler, mais les deux genoux n'avaient plus la même courbure, celui qui était blessé semblait déplacé.
« Le médecin dit que ta blessure à la jambe est grave. Tu devrais aller te faire examiner. Je peux rester ici auprès d'Élina. »
Il m'a fusillée du regard et a répliqué, agacé :
« Ce n'est rien, une petite blessure pour un homme ! Et puis, si Élina se réveille et qu'elle ne me voit pas, elle va encore se mettre à pleurer ! »
J'en suis restée bouche bée. Élina avait déjà vingt ans, ce n'était plus une enfant qui pleurait pour rien.
Elle adorait se coller à Christophe, l'appelant sans cesse « Tonton chéri ».
Même après mon mariage avec lui, elle n'avait jamais pris ses distances. Au contraire, elle se plaisait à créer des malentendus, allant jusqu'à nous monter l'un contre l'autre.
Pour cela, nous nous étions disputés à maintes reprises. Chaque fois, Christophe me reprochait d'être mesquine, de me chamailler avec une simple gamine.
Il allait jusqu'à dire que j'avais l'esprit tordu, que j'entachais la pureté de leur soi-disant relation d'oncle et nièce. Il répétait qu'il avait vu grandir Élina, qu'elle avait seulement pris l'habitude de dépendre de lui.
À cette pensée, je n'ai plus insisté pour qu'il aille soigner sa jambe.
Christophe me regardait avec un peu d'impatience, et son ton était dur :
« Tu as déjà été soignée, alors pourquoi restes-tu encore ici ? Va vite préparer quelque chose à manger pour Élina. Quand elle se réveillera, elle aura forcément faim ! »
« Prépare-lui sa soupe préférée, un velouté de champignons, et n'oublie pas de mettre un peu de persil frais. Ne mets pas trop de sel, elle est blessée et il faut ménager son estomac. »
Je le regardais, abasourdie :
« Commande un repas, plutôt. J'ai moi aussi été blessée et je suis épuisée. Je n'ai pas envie de courir encore d'un côté à l'autre. »
Christophe fronçait les sourcils et s'apprêtait à répliquer, mais Élina a ouvert soudain les yeux sur son lit d'hôpital.
Elle a appelé faiblement : « Tonton chéri… » Aussitôt, Christophe, traînant sa jambe blessée, s'est précipité à son chevet.
« Élina, enfin ! Tu t'es réveillée ! Tu sais que tu as failli me faire mourir de peur ? Depuis tes sept ans, tu vis à mes côtés, et j'ai mis tant d'efforts à t'élever jusqu'à ce que tu sois devenue une jeune femme… Si aujourd'hui il t'était arrivé malheur, comment aurais-je pu continuer à vivre ? »
Élina avait les larmes aux yeux :
« Tonton chéri, ne pleure pas. Comment pourrais-je jamais t'abandonner ? Le jour de mes dix-huit ans, j'ai juré de rester à tes côtés pour toujours ! »
« Même si tu n'as jamais compris mes sentiments, tant que tu sais que je ne partirai jamais, cela suffit. »
Christophe a saisi alors sa main avec empressement et l'a pressée contre sa joue.
« Je comprends, je comprends tout ! Mais dans cette vie… »
« Élina, sois tranquille : Tonton ne t'abandonnera jamais, peu importe les circonstances. Personne ne pourra m'en empêcher ! »
En disant cela, Christophe a jeté un regard en biais de mon côté, puis a ajouté d'une voix dure :
« Valérie, retourne tout de suite préparer une soupe pour Élina ! Tu ne pourrais pas, pour une fois, être un peu compréhensive comme elle, et me soulager un peu ? »
« Tonton ! »
Élina a protesté avec douceur et a posé sa main sur la bouche de Christophe.
« Tonton n'a pas le droit de parler ainsi. Si elle ne veut pas préparer de soupe, alors tant pis… Même si j'ai très faim, je préfère que Tonton et Tata ne se disputent pas à cause de moi. »
Christophe ne supportait pas de la voir les yeux pleins de larmes et l'air si blessé. Son visage s'est assombri aussitôt et il m'a crié avec colère :
« Valérie, est-ce que tu ne comprends pas le français ? Je te le dis clairement : si aujourd'hui tu ne prépares pas cette soupe, alors dans une semaine nous n'avons qu'à annuler purement et simplement notre mariage ! »
« C'est ce mariage dont tu rêves depuis cinq ans. Réfléchis bien ! »
Dans ma vie précédente, si j'avais entendu ces paroles, je me serais soumise une fois de plus.
Mais cette fois, je l'ai regardé calmement et j'ai répondu d'une voix froide :
« Très bien. Alors, nous n'organiserons pas la cérémonie. »
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