
Quand l’amour et la haine s’effacent, reste l’adieu
Chapitre 3
En rentrant à la maison, j'ai rassemblé toutes mes affaires et je les ai envoyées à l'adresse de l'école où j'allais partir enseigner.
Quand Christophe est revenu et qu'il a vu l'appartement conjugal paraître plus vide que d'habitude, il a froncé les sourcils et m'a demandé :
« Pourquoi manque-t-il autant de choses ? »
Je lui ai répondu avec désinvolture :
« Oh, je les ai envoyées dans une zone défavorisée à la montagne. »
« Envoyées ? Mais c'étaient toutes des choses achetées pour décorer notre appartement après le mariage ! Et c'est Élina qui les avait choisies elle-même ! »
Ses traits s'assombrissaient sous l'agacement, puis, par souci de ménager ma fierté, il a forcé un sourire et a repris d'une voix plus douce :
« Enfin… tu es la maîtresse de maison. C'est toi qui décides. »
Il ne s'est pas attardé à disparaître dans la cuisine. J'ai alors compris que, s'il était rentré, c'était pour préparer une soupe à Élina.
Une heure plus tard, Christophe est ressorti de la cuisine, traînant sa jambe blessée. Il avait un sourire en coin et m'a dit :
« Tiens, j'en ai fait exprès une assiette de plus pour toi. Aujourd'hui, je n'aurais pas dû me mettre en colère contre toi devant Élina. Mais j'étais trop inquiet à cause de sa blessure… Ne m'en veux pas trop. »
Je savais que c'était son signe de réconciliation.
Il avait toujours été ainsi : donner un coup, puis offrir une caresse pour me calmer.
Tragiquement, dans ma vie précédente, j'avais été piégée par ces manœuvres minables.
Comme je ne buvais pas, il s'est approché de moi en souriant et a dit :
« Tu attends que je t'aide à boire ? Tu ne serais quand même pas encore fâchée contre moi ? »
J'ai esquivé son rapprochement délibéré. Les tentatives de séduction de Christophe me paraissaient grasses et répugnantes.
Cette fois, voyant que je n'acceptais pas ses marques de bonne volonté comme d'habitude, il a perdu contenance et s'est emporté de nouveau :
« Valérie, tu n'en finis jamais ? Tu ne serais pas encore en train de douter de ma relation avec Élina ? »
« Je t'ai expliqué mille fois : je n'éprouve pour elle que de l'affection d'oncle à nièce ! Le jour de sa majorité, elle avait bu, et c'est pour ça qu'elle a dit des choses qu'elle n'aurait jamais dû dire ! »
« Et d'ailleurs, tu étais là ce jour-là. Tu as vu de tes propres yeux que je l'ai clairement repoussée et que je l'ai réprimandée ! »
« Élina n'était qu'une enfant, il était inévitable qu'elle fasse des erreurs. Mais reconnaître ses fautes et s'amender, n'est-ce pas la plus grande des vertus ? Est-ce que tu veux vraiment la condamner à jamais pour un moment d'égarement, comme si elle avait brisé à vie toutes les règles morales ? »
« Valérie, ce n'est pas que j'aime donner des leçons, mais il faut savoir pardonner ! Et puis Élina a déjà changé. Regarde, pour notre mariage, c'est elle qui a même conçu nos faire-part ! »
J'ai baissé la tête avec un sourire glacé. Il osait encore évoquer cette histoire.
Élina étudiait le design artistique. À l'époque, c'était elle qui avait proposé de créer nos faire-part de mariage.
Mais sur le premier modèle qu'elle avait présenté, elle avait utilisé une photo intime d'elle et de Christophe, et elle s'était même ajoutée une robe de mariée. Pire encore, le nom de la mariée était le sien.
Quand j'ai apporté le faire-part à Christophe pour lui reprocher cette absurdité, il a réagi avec désinvolture :
« Ce n'est qu'un échantillon ! Pour l'impression, on remplacera évidemment par nos propres photos, et le nom de la mariée sera le tien. »
« Mais enfin, Élina voulait seulement bien faire. Elle a sûrement utilisé sa propre photo et son nom par commodité. »
Comme le mariage approchait, j'ai fini par ravaler ma colère.
Mais ce que j'avais négligé, c'était l'expression de Christophe à ce moment-là : ce regard rempli de satisfaction et de bonheur en contemplant le faire-part.
En y repensant, une douleur aiguë a traversé ma poitrine. Ainsi, il nourrissait déjà depuis longtemps des sentiments interdits pour cette nièce sans lien de sang.
Mais désormais, peu importait. J'étais sur le point de partir.
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