
Quand l'amour devint une arme
Chapitre 3
PDV de Hannah Estève :
La voix de Blaire était un murmure tremblant.
— Votre… votre fiancé ?
Ses yeux, écarquillés d'incrédulité, ont papillonné vers Éric.
Éric a dégluti difficilement, sa gorge se contractant.
— Blaire, c'est compliqué, a-t-il râlé, la voix sèche et creuse.
Il ne l'a pas nié, mais il ne l'a certainement pas affirmé. Il essayait de minimiser, de mettre de la distance entre nous, même maintenant.
Un rire amer et brisé s'est échappé de mes lèvres.
— Compliqué ? ai-je répété en écho, le son dur et laid. Elle est bien bonne.
Blaire, voyant l'absence de démenti total d'Éric, a semblé retrouver une miette de son sang-froid. Elle a laissé échapper un petit rire méprisant.
— Mademoiselle Estève, je pense que votre traumatisme, combiné à une dépendance émotionnelle évidente, obscurcit votre jugement. Le Dr Nicolas a travaillé sans relâche pour vous aider à traiter votre passé. Peut-être faites-vous une projection.
Sa voix s'est durcie.
— S'il vous plaît, ne l'entraînez pas dans votre… cinéma.
Ma main, toujours agrippée au micro, s'est resserrée. Ma voix, habituellement douce, a soudain résonné à travers la salle stupéfaite.
— Du cinéma ? Vous pensez que c'est du cinéma ?
Chaque mot était un coup de marteau.
— Est-ce du cinéma quand un psychiatre, un homme qui a juré d'aider, utilise les peurs les plus profondes de sa patiente, ses confessions les plus confidentielles, pour fabriquer une histoire sensationnaliste ? Est-ce du cinéma quand il livre ses enregistrements de thérapie privés et ses journaux intimes à son ex-petite amie, sachant qu'ils seront tordus, montés et transformés en armes contre elle ?
Je me suis penchée vers le micro, ma voix tremblant d'un mélange de rage et de douleur brute.
— Il n'a pas juste rouvert de vieilles blessures, Blaire. Il a pris un scalpel, les a taillées plus large, et vous a laissé verser du sel dessus pour la consommation publique ! Il a violé le secret médical ! Il a manipulé mon histoire ! Il a trahi ma confiance ! Chaque séance confidentielle, chaque entrée de journal, chaque larme que j'ai versée en croyant qu'il m'aidait à guérir… il a tout utilisé !
Mes yeux brûlaient ceux d'Éric. Il s'était visiblement ratatiné, son visage désormais d'un gris maladif.
— Tu as peur, Éric ? Tu as enfin peur ?
Ma voix était un murmure déchiqueté, pourtant elle tranchait le silence comme une lame. C'était un cri venu des profondeurs de mon âme, lacé de sang et de larmes.
Le théâtre était parfaitement immobile, l'air épais d'accusations non dites. Éric ne pouvait pas soutenir mon regard. Il regardait ses chaussures, les épaules affaissées. Le public, autrefois captivé, semblait maintenant désorienté, beaucoup regardant Éric avec une horreur naissante.
Il a marmonné, sa voix à peine audible :
— Je… je pensais que ça t'aiderait. Thérapie d'exposition. Aider Blaire… à faire sortir la vérité.
J'ai répété ses mots, un écho moqueur.
— M'aider ? Thérapie d'exposition ?
Un autre rire amer m'a échappé, ressemblant davantage à un sanglot.
— En me peignant comme une menteuse ? En faisant passer mes ravisseurs pour des jeunes innocents que j'ai séduits pour de l'argent et de l'attention ? C'est ça ton idée de "l'aide" ?
J'ai fait un autre pas vers lui, ma main serrant toujours le micro, le forçant à me regarder.
— Regarde-moi, Éric ! Regarde-moi dans les yeux et dis-moi, sincèrement, était-ce pour mon bien ? Ou était-ce tout pour Blaire ? Pour son podcast ? Pour sa carrière ? Pour ton ego ?
Mon accusation, bien que non formulée, pesait lourd dans l'air. C'était tout pour elle, n'est-ce pas ? Ton amour de jeunesse. Celle dont tu ne t'es jamais vraiment remis. Tu m'as sacrifiée, ta fiancée, pour son succès. Cette pensée était un serpent venimeux se tordant dans mes entrailles.
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