
Pour l'amour de la création
Chapitre 2
La première semaine
Dans la nuit du 21 décembre, alors que le soleil descend prendre son bain nocturne dans l’océan Atlantique, une nouvelle étoile apparaît dans le ciel, sur la ceinture d’Orion. Elle brille de tous ses feux, tel un phare nocturne, occultant les autres astres dont l’éclat s’en trouve affaibli. On pense d’abord à une seconde étoile polaire, mais nous sommes loin de Vénus. Étrangement, elle reste visible de nuit comme de jour. Ce phénomène scientifique est rapidement transformé en symbole religieux en raison de sa similitude avec l’étoile de Bethléem. Tous les courants de la pensée humaine, tous azimuts, s’en donnent à cœur joie. Toutes les spéculations sont bonnes.
Les astronomes parlent de la naissance d’un nouveau soleil. Ou d’une supernova. Ou de la formation d’un trou noir à la suite de l’explosion d’une étoile lointaine. Bien sûr, Orion, la constellation des Égyptiens, Babyloniens, Sumériens et autres civilisations antiques, avait tout son sens et son symbolisme. Pour la nouvelle étoile, on pensa d’abord à Bételgeuse, géante rouge, au nord-ouest de la constellation d’Orion, future supernova. Mais le phénomène aurait un petit million d’années d’avance. Et puis Sirius aurait été une bonne option. La double étoile des Dogons, alignée avec la ceinture d’Orion à sa droite, étant la plus proche étoile de notre Terre, seulement 8,6 années-lumière. Alors que la plus proche étoile d’Orion se situe à 242,85 années-lumière. Mais incontestablement, ces options ne sont pas validées puisqu’il s’agit bien d’une quatrième étoile de la ceinture, à gauche d’Alnitak, dans l’alignement équidistant des deux autres rois mages, comme on se plaisait à surnommer les trois étoiles de la ceinture, Mintaka au centre et Alnilam à droite. La nouvelle étoile, disproportionnée dans sa taille autant que dans sa luminosité par rapport aux astres antérieurs, brille d’un limpide bleu ciel vif argent, visible en tout temps.
Tout cela inquiète grandement les autorités. La population s’agite. Les médias avancent toutes les thèses sans discernement, tant que les cotes d’écoute augmentent et que les lecteurs se précipitent sur les quotidiens qui font la une chaque jour avec de nouvelles théories plus extravagantes les unes que les autres et que les journaux se vendent. Les programmes télévisés réguliers ne cessent d’être interrompus par des déclarations urgentes de néo-savants, de politiciens ou de chefs religieux. Les chefs d’État, soucieux des répercussions néfastes pour gérer leurs pays et des déroutes économiques qui semblent s’annoncer, décident de convoquer de toute urgence une conférence internationale au sommet. Une première vidéo-conférence a lieu en secret entre les chefs des états les plus puissants : les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, la Russie, le Japon, l’Inde et la Chine. De cette réunion émane une résolution : réunir sans délai les dirigeants des centres de recherches spatiales et d’astronomie afin de compiler un dossier commun analysant l’ensemble des données actuelles disponibles sur le phénomène céleste en cours. Le sommet scientifique est convoqué au siège des Nations unies à New York sous quarante-huit heures. Les délégations se constituent de chercheurs de pointe œuvrant au sein des programmes de recherches et d’études de l’espace financés par les grandes puissances
Au sein des délégations d’Amérique, d’Europe et d’Asie, on compte beaucoup sur les observatoires et les télescopes de pointe étudiant la détection des neutrinos qui permettent d’identifier les supernovas, les trous noirs, la naissance et la mort d’étoiles. Aux délégations panaméricaine, européenne et asiatique s’adjoignent des représentants des divers observatoires et télescopes de Chine, du Japon, d’Inde, d’Australie soit pour leurs propres centres de recherche spatiale soit pour leurs collaborations sur des projets ou installations internationales.
Parmi les prémisses aux débats, il est admis que sur dix mille milliards de milliards de planètes ayant possiblement une forme de vie dans l’univers, au moins cent cinquante sont présentes dans notre système solaire. Mais avant d’aborder le thème de la vie extraterrestre, le débat commence sur la probabilité que la nouvelle étoile s’apparente à un phénomène connu. Ainsi, la première ronde de discussions porte sur la formation d’une supernova ou d’un trou noir. Afin de partager la connaissance actuelle de ces phénomènes, les supernovas connues et déjà étudiées sont passées en revue même si elles appartiennent à d’autres constellations que la constellation d’Orion dans laquelle la nouvelle étoile est apparue. Orion ne contient qu’une supernova potentielle, l’étoile Bételgueuse, qui bien sûr est écartée compte tenu de sa situation au nord-est de la constellation plutôt que sur la ceinture. Parmi les autres étoiles étudiées, les échanges portent sur :
Bethléem : l’étoile de la nativité, qui en l’an 7 avant Jésus-Christ, dans la constellation des Poissons, fut constituée par un alignement des planètes Jupiter et Saturne ;
Vela X : supernova de la constellation australe des Voiles d’il y a six mille, quinze mille, dix-sept mille ou quarante-cinq mille ans, déjà connue des Sumériens (en quatre mille av. J.-C.) et possiblement reliée à la grotte française de Lascaux, dans la peinture du Bison blessé, selon l’hypothèse de certains astrologues-archéologues concernant l’alignement stellaire des peintures de cette grotte datant entre trente et quarante mille ans ;
Eta Carinæ, géante de l’hémisphère sud, future supernova (dans son dernier millier d’années) ;
Messier 82, la dernière supernova observée en 1987, dans la constellation du Grand Nuage de Magellan ;
Spica : constellation de la Vierge, l’étoile du blé, du germe, de la graine selon les anciens Égyptiens et Grecs ; la seule, avec Sirius, hors du zodiaque cosmique égyptien de Denderah ; et
Eddaïr, l’étoile alpha (la plus brillante) de la constellation du Centaure.
L’assemblée savante décide d’aborder ensuite la possibilité que la nouvelle étoile résulte plutôt d’un phénomène artificiel émanant d’un OVNI (Objet Volant Non Identifié). Aucune des puissances représentées ne se réclame d’être à l’origine du nouveau phénomène du fait du lancement d’un nouveau satellite ou engin spatial, fût-il à usage scientifique ou militaire. Les caractéristiques des signaux lumineux et auditifs provenant de l’étoile ne correspondent pas à des résultantes d’origine humaine et n’ont pas dévoilés leurs mystères malgré l’analyse des ordinateurs terrestres les plus performants. Cette technologie dépassait pour l’instant les capacités de notre civilisation. La source extraterrestre de ces signaux demeure donc une hypothèse probable même si, pour l’instant, indéchiffrable et non identifiable. Une chose semble certaine pour tous : rien ne permet de conclure que ce phénomène, même si entièrement nouveau, constitue une menace pour notre planète. Cela, du fait que le phénomène reste stable, ne s’amplifie pas et demeure fixé dans sa position initiale sur la ceinture d’Orion. Tous les observatoires et télescopes disponibles la scrutent en permanence et advenant qu’une variation émane de la nouvelle étoile, l’assemblée en sera avertie sans délai.
Riche de ce partage d’information, l’assemblée savante décide de préparer une déclaration commune faisant état de leur constat que la nouvelle étoile, dénommée provisoirement Novo Stella, ne s’apparente pas à un phénomène stellaire connu ni prévisible et ne répond pas aux données connues relatives à la formation d’une étoile, d’une supernova ou d’un trou noir. Toutes les observations étudiées à ce jour confirment deux faits : il s’agit d’une forme de lumière avec un spectre lumineux bien au-delà de tous les phénomènes connus ; il en émane des ondes sonores tellement complexes que les ordinateurs les plus sophistiqués n’ont pas encore pu en déchiffrer des fréquences audibles ou porteuses d’une onde radio décryptée. Enfin, aussi impressionnant qu’il fût, ce phénomène semble pour l’instant totalement inoffensif pour la Terre et ses habitants, compte tenu de son éloignement. Un contingent de savants du monde entier continuera de l’étudier et en cas de nouveaux développements, un communiqué sera émis par le biais de ce forum international.
De leur côté, les ufologues préconisent plutôt l’arrivée d’un vaisseau spatial d’une autre civilisation extraterrestre. Ils annoncent que la stabilité de l’éclat lumineux indique une position statique, pour l’instant, de l’OVNI. Ils prédisent toutefois que lorsque le vaisseau va se rapprocher de la Terre, sa taille s’agrandira pour devenir monstrueuse à proximité de notre planète. Les télescopes les plus puissants demeurent dans ces premiers jours éblouis par ce nouveau phénomène. Les spectrographes travaillent jour et nuit pour approfondir leurs analyses des données reçues, en vain. Le mystère demeure complet.
Sur ce, les chercheurs et climatologues, penchant pour l’aspect cataclysmique du phénomène, expliquent qu’il s’agisse d’une étoile, d’une comète ou d’un vaisseau spatial gigantesque, les conséquences pour la Terre seront désastreuses. Par son amplitude, ce phénomène affectera la stabilité des planètes de notre système solaire, peut être même les orbites de nos planètes sœurs et de leurs satellites. Nos saisons, notre climat, les marées vont certainement être perturbées. L’apparition soudaine du phénomène, sans détection ni préavis, indique qu’il est apparu dans notre système solaire à une vitesse vertigineuse incalculable et qu’il se dirige possiblement vers la Terre avec une rapidité jamais constatée pour n’importe quel corps céleste. Bien sûr, les développements du phénomène dans les prochains jours seront essentiels pour prédire l’impact éventuel sur la Terre de ce nouvel élément dans nos cieux. Mais pour l’instant, cela ne présage rien de bon.
Les chefs de toutes les religions du globe y voient un message divin. Pour certains, c’est une prophétie annonçant l’arrivée de nouveaux messies, de signes positifs, du début d’une nouvelle aire spirituelle. D’autres rejoignent plutôt la pensée des adeptes du cataclysme, soutenant que ce signe céleste annonce la fin du monde, l’Armageddon, l’Apocalypse… Il n’en demeure pas moins qu’il en découle un renouveau spirituel et une ferveur religieuse depuis longtemps disparus. Les fidèles reviennent aux lieux de culte. Les pèlerinages reprennent. Les hauts sites sacrés sont inondés d’adeptes. Tout cela en quelques jours. Les autorités religieuses, ecclésiastiques et spirituelles sont débordées mais se réjouissent. Les coffres se remplissent au-delà de toute espérance. Les dons abondent. Les âmes veulent se purifier et les actes de charité redeviennent à la mode. Les gens se préparent. Mais à quoi ? Nul ne peut le dire avec certitude. Certainement, quelque chose de grand et d’important est sur le point de se produire, alors mieux vaut être prêt, se repentir, se confesser, pardonner, se réconcilier… au plus vite.
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