
Plus Jamais Toi, Antoine
Chapitre 2
Le réveil affichait 3h17 du matin quand le téléphone d'Antoine a vibré sur la table de chevet, une vibration sourde et insistante dans le silence de notre chambre.
J'ai ouvert les yeux, encore embrumée par le sommeil, le corps d'Antoine lourd et chaud contre le mien, sa respiration régulière.
La vibration a recommencé.
Par pure habitude, j'ai tendu la main pour voir qui pouvait bien lui écrire à une heure pareille, peut-être une urgence du cabinet d'architectes.
L'écran s'est allumé, affichant un aperçu de message.
L'expéditeur était « Chloé Stagiaire ».
Et le message était une photo.
Une photo d'elle, presque nue, allongée sur ce qui ressemblait à un lit d'hôtel, un drap blanc cachant à peine sa poitrine, son regard fixé sur l'objectif avec une expression aguicheuse.
Mon cœur a cessé de battre pendant une seconde, puis s'est mis à marteler violemment ma cage thoracique, un bruit assourdissant dans mes oreilles.
Le sommeil s'est évaporé d'un coup, remplacé par un froid glacial qui s'est répandu dans tout mon corps.
J'ai secoué doucement l'épaule d'Antoine.
« Antoine, réveille-toi. »
Il a grogné, se retournant sans ouvrir les yeux.
« Qu'est-ce qu'il y a, Léa ? Laisse-moi dormir. »
J'ai pris son téléphone, l'écran toujours allumé sur cette image obscène, et je l'ai mis sous son nez.
« C'est quoi, ça ? »
Il a plissé les yeux, a mis un moment à faire le point, puis un léger ricanement a échappé à ses lèvres.
« Oh, ça. C'est rien. Juste Chloé qui fait l'idiote. »
Rien.
Il a appelé ça "rien".
Ma main a tremblé de rage, mais j'ai gardé mon calme. Sans un mot, j'ai déverrouillé son téléphone avec son empreinte digitale et j'ai appuyé sur le bouton d'appel à côté du nom de Chloé.
Ça a sonné une fois, deux fois, puis elle a décroché.
Sa voix était mielleuse, faussement endormie.
« Antoine ? Tu ne dors pas ? »
J'ai répondu, ma propre voix tranchante comme du verre brisé.
« Non, c'est Léa. »
Il y a eu un silence à l'autre bout du fil, puis un petit cri de surprise, parfaitement joué.
« Oh ! Léa ! Je suis tellement désolée, j'ai dû me tromper de conversation, c'était pour une amie ! J'espère que je ne vous ai pas dérangés... »
Son ton était faussement innocent, mais je pouvais presque sentir sa satisfaction à travers le téléphone. Elle ne s'était pas trompée. C'était une déclaration de guerre.
Antoine m'a arraché le téléphone des mains et a raccroché brutalement.
Il a soupiré, l'air exaspéré, comme si j'étais celle qui créait un problème.
« Léa, arrête ton cinéma. C'est juste une gamine ambitieuse qui essaie de se faire bien voir. Ça n'a aucune importance. »
Aucune importance.
Ces mots résonnaient dans ma tête.
Sept ans. Sept ans que nous étions ensemble. Antoine avait toujours été l'incarnation de la droiture, le perfectionniste qui ne tolérait aucune ambiguïté, ni dans son travail d'architecte, ni dans sa vie privée. Il m'avait toujours dit que la clarté et l'honnêteté étaient les fondations de notre couple.
Et maintenant, il balayait d'un revers de main une photo intime envoyée par sa stagiaire au milieu de la nuit, la qualifiant d'insignifiante.
Quelque chose ne collait pas.
Un doute terrible, comme une fissure dans une vitre, venait d'apparaître dans la confiance absolue que j'avais en lui.
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