
Paul et Mary
Chapitre 3
Paul demanda à Mary si elle souhaitait encore profiter de la fête ou si elle voulait rentrer tout de suite. Comme elle était seule à présent, elle ne savait pas trop mais il promit de lui tenir compagnie.
— Ne m’abandonnez pas, le supplia-t-elle, je ne suis pas très à l’aise…
— J’ai promis et je ne faillis jamais à ma parole.
Ils passèrent un bon moment à discuter et à boire, si bien qu’elle avait le feu aux joues et la tête pleine d’étoiles. Elle était avec Paul Miller au clair de lune à parler musique ! Elle allait sûrement se réveiller !
— Venez dans la salle de musique de Tom, nous serons plus au calme, Mary
Elle accepta tout de suite ce tête-à-tête avec le chanteur. Tout ce bruit lui donnait le tournis. Les gens criaient et se jetaient dans la piscine, certaines filles étaient nues et cela la mettait terriblement mal à l’aise. L’avait-il remarqué ?
La salle de musique ou plutôt le studio d’enregistrement personnel de Tom Hill était immense. Il y avait des instruments de musique de partout et une table de mixage interminable. Tout était insonorisé et en bois, c’était magnifique. Paul prit une guitare acoustique et se mit à l’accorder à l’oreille.
— Je vous joue un morceau ?
— Oh oui ! « Pleasures in the Night ! » C’est ma préférée !
— Ce n’est pas mon succès le plus récent !
— Je vous ai connu grâce à cette chanson…
Il commença à jouer et se mit à chanter doucement. Cette version acoustique improvisée pour elle lui donnait des frissons. Elle finit par chanter avec lui en lui souriant, assise sur un ampli.
— C’est que vous avez une très jolie voix, Mary Flannagan.
— Ne vous moquez pas.
— Je suis sérieux.
— J’ai appris en vous écoutant…
— Seriez-vous une fan ?
— Je l’avoue.
Il éclata de rire et la prit par le cou en l’embrassant sur la joue. Ce contact soudain la déstabilisa au plus haut point. Elle se rendit compte qu’elle aurait aimé être embrassée sur les lèvres et en eut honte. Alexander Moore arriva à ce moment-là.
— Pardon ! Je ne voulais pas vous déranger ! s’excusa-t-il faussement gêné.
— Ne t’excuse pas, mon ami, l’interpella Paul, savais-tu que Mary chantait très bien ?
Comment l’aurait-il su, ils se connaissaient à peine !
— Elle a beaucoup d’atouts de son côté, dit Alexander en la dévorant des yeux.
Elle déglutit péniblement.
— Celle-là, il ne faut pas l’abîmer, mon vieux, c’est une véritable petite fleur, continua Paul comme si elle n’était pas là.
— Elle ne se laissera pas abîmer, j’en suis sûr.
Elle se racla la gorge pour leur rappeler sa présence ; et puis elle ne connaissait pas cet Alexander ! De quel droit parlait-il d’elle comme s’ils étaient amis ! Paul allait croire qu’elle faisait partie de ses filles s’il continuait ainsi.
— Je voudrais rentrer, Paul.
— À vos ordres, Mary Flannagan.
— Merci.
Il sortit de la salle pour aller chercher ses affaires, laissant quelques instants Mary seule avec Alexander. Celui-ci l’attrapa par le bras sans ménagement.
— Chez moi, on ne fait pas cavalier seul, ma petite.
— Je… Je ne vois pas ce que vous voulez dire…
— Je l’espère, sinon tu t’en souviendras.
Elle se dégagea brusquement et le poussa.
— Je n’ai rien à voir avec votre business, mettez-le-vous dans la tête ! s’écria-t-elle en le plantant là, tout seul.
Quel culot ! S’il recommençait, il allait savoir qui elle était ! Elle était peut-être gentille, mais personne ne lui marchait sur les pieds !
Elle rejoignit Paul à l’extérieur qui disait au revoir à ses amis. Tom Hill vint la saluer et fit un clin d’œil à Paul. Ils ne pensaient donc tous qu’à ça ! Heureusement, Paul avait tout d’un homme bien ! Elle réajusta sa robe et l’attendit patiemment. Moins de cinq minutes plus tard, il fut là.
— En route, Mary Flannagan !
Il lui ouvrit la portière d’une superbe voiture de sport noire comme elle n’en avait jamais vu et lui demanda où il la déposait. Elle eut un peu honte de lui indiquer un quartier modeste de la ville, mais elle ne se sentait pas de marcher pour arriver jusque chez elle sinon elle lui aurait dit une autre adresse !
Il roulait très vite, mais étrangement, avec lui, elle n’avait pas peur. Elle se sentait bien. Elle l’observa de profil. Il avait un nez et un menton prononcés qui ajoutaient du charme à sa virilité. Oui, il lui plaisait autant que lorsqu’elle était adolescente et même plus encore ! Maintenant, elle était femme et ce rêve d’être dans ses bras n’était plus chaste. Mais que pensait-elle ! Mon Dieu ! Cela devait être le champagne ! Elle n’avait pas l’habitude de boire, c’était sûrement ça.
— Vous vivez seule ?
— Oui, mais je songe à prendre une colocataire, les temps sont durs.
— Je comprends.
Non, il ne pouvait pas comprendre, il était riche, très riche. Mais elle ne releva pas. Son emploi chez le disquaire était très mal payé et les fins de mois étaient plus que difficiles mais elle réussissait à tout boucler. Seulement, cela ne laissait pas de place à l’excès.
Paul arrêta la voiture devant sa petite maison et ne fit aucun commentaire sur la modestie de celle-ci.
— J’ai passé une excellente soirée grâce à vous, Paul.
— Je suis ravi d’avoir fait votre connaissance, Mary Flannagan. Je compte sur vous pour le concert ?
— Bien sûr !
Il l’attrapa doucement par la nuque et posa ses lèvres sur les siennes. Ce qui n’était qu’un chaste baiser s’enhardit vite. Elle ne pensait plus à sa femme et à ses préjugés. Elle réalisait son rêve de gosse. Elle était en train d’embrasser Paul Miller. Ils finirent par se séparer et il la regarda intensément.
— Tu es une drôle de petite fille, Mary Flannagan.
— Appelle-moi Mary…
— Je vais t’appeler Child, parce que tu es une enfant pour moi.
— J’ai l’âge qu’il faut…
Il l’embrassa de nouveau et lui souhaita bonne nuit sans rien demander de plus. Il était le deuxième homme qu’elle embrassait dans sa vie
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