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Couverture du roman Oublie et souviens-toi : Tome 1

Oublie et souviens-toi : Tome 1

La vie d'Erwan Araste, psychiatre à la carrière prometteuse, bascule lorsqu'une silhouette sur la route ravive des blessures enfouies. Sa réussite reposait sur une mystérieuse sauveuse aujourd'hui volatilisée. Confronté à une expérience scientifique ayant dérapé, le médecin voit ses souvenirs se transformer en un cauchemar oppressant. Entre ambiance de laboratoire et suspense psychologique, il entame alors une lutte acharnée pour regagner sa propre liberté.
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Chapitre 2

Chapitre 1

12 ans plus tard

« Comment allez-vous aujourd’hui, Arthur ? »

Le psychiatre croisa les jambes. Habillé d’une chemise et d’une veste, il prit le cahier et écrivit la date de son entretien. Ses yeux d’un bleu métallisé se posèrent sur le regard agité de son patient.

Erwan était un homme plutôt beau pour son âge et avait le don d’être calme et doux devant ses patients afin de les mettre en confiance. Son bureau était le lieu non pas pour lui mais pour ses protégés qu’il voulait à tout prix aider. Ils étaient tous différents avec une histoire unique pour chacun. C’est ce qu’Erwan aimait dans ce métier : tous étaient uniques et toutes vies étaient intéressantes. Il s’occupait d’enfant, d’adolescent ainsi que des adultes perdus dans la routine de leurs vies. Mais aujourd’hui c’était un cas différent, ce jeune homme avait une histoire bien à lui. À dix-neuf ans, il avait vécu l’inimaginable.

— Oh, je ne me sens pas vraiment bien… Mes cauchemars me hantent la nuit – ils me paraissent tellement réels. Il est souvent présent dans mon esprit. Je ne peux pas m’empêcher de voir son visage dans ma tête. J’ai l’impression qu’il est partout. Je n’arrive plus à me concentrer à la fac, je perds tous mes moyens puis je fais des crises d’angoisse.

— Parlez-moi de vos cauchemars si vous le voulez bien.

— Pratiquement toutes les nuits j’ai l’impression d’être réveillé, je me lève pris de panique et je cours vers ma lumière car un homme se trouve en face de moi… Je le traverse presque, mais à partir du moment où j’allume, il n’y a plus rien. Parfois, je vois même des enfants au-dessus de ma tête m’implorant « à l’aide ». C’est horrible. Une fois, c’était un paquebot qui fonçait sur moi. On se sent complètement impuissant dans ces moments.

— Je veux bien vous croire, vous savez ce que vous avez vécus n’est pas banal, vous allez avoir beaucoup de mal à vous ressaisir mais je vous félicite, il est très compliqué pour un jeune homme de parler de viol. Autant dire les choses telles qu’elles le sont…

Le garçon laissa couler une larme sur sa joue, le médecin lui tendit un mouchoir qu’il accepta sans rien dire.

— Monsieur, j’ai tellement honte… Comment se fait-il que je n’arrive pas à avancer comme je le voudrais ? demanda-t-il.

— Vous êtes toujours dans un état de stress post-traumatique, vous ne pouvez pas tout faire à la fois. Personnellement, je trouve que vous avez très bien avancé dans votre démarche. Vous êtes sortis du silence et à présent vous avez fait la démarche de venir me voir. Avez-vous des idées noires ?

— Oui, parfois j’aimerais en finir, s’empressa-t-il de dire pour fuir le sujet.

— Vous avez réfléchi à une façon de procéder ?

— Oui, il y a peu je me suis scarifié pour oublier cette douleur qui me ronge. Mais cela ne me fait strictement rien, ajouta-t-il avec colère… J’aimerais dormir à tout jamais pour ne plus me réveiller.

— Vous savez que si vous passez à l’acte, vous donnerez raison à votre agresseur, n’est-ce pas ?

— Oui, mais je ne peux plus supporter toute cette pression…

— Je comprends très bien. S’il était là, qu’est-ce que vous aimeriez lui dire ?

Arthur prit une grande inspiration. Il se resserra dans son fauteuil et baissa les yeux au sol. Quant au psychiatre, il l’observa en silence. Ce silence permit au jeune homme de réfléchir à la question. Pris d’une colère, Arthur se leva et posa ses poings sur le bureau. Il cria et pleura toutes les larmes de son corps.

— Ce que je voudrais lui dire… Vous voulez savoir ce que j’aimerai lui dire ? Tu as gâché ma vie, tu me fais vivre un vrai cauchemar. Pourquoi moi ? Pourquoi même quand tu n’es plus là il faut que tu hantes mon esprit ? Ne suis-je donc rien pour toi ? Mais bien sûr que je ne suis rien pour toi ! Tu as abusé de ma candeur, tu as abusé de mon innocence et tu prétendais m’aimer ? Mais tes paroles n’étaient qu’un océan de mensonges. Comment vais-je faire à présent ? Tu es une pourriture et tu te prétends être une bonne personne ? Mais c’est une blague j’espère. Tu m’as fait croire à plein de choses mais tu m’as détruit. Tu as pris ma vie, tu as tout pris sans exception… Le jeune homme fit une pause. Oh, je suis tellement désolé, Docteur… Je ne voulais pas…

— C’est très bien, Arthur, comment vous sentez-vous à présent ?

— Je me sens vide, je suis complètement exténué.

— C’est normal, vous avez autre chose à ajouter ?

— Non, je crois que je vous ai tout dit, enfin pour aujourd’hui.

— D’accord, alors on se voit dans deux semaines ? demanda le médecin.

— Oui…

Le psychiatre pianota sur son ordinateur à la recherche d’une date pour son prochain entretien avec Arthur. D’un coup d’œil, il vit le jeune garçon en train de pleurer. Arthur était nerveux, on pouvait le voir à sa jambe qui bougeait excessivement et à ses bras qui étaient croisés comme s’il voulait se protéger, comme si le jeune homme voulait que personne ne puisse entrer dans son intimité. Erwan le comprenait dans un sens, il n’avait pas eu l’expérience de ce garçon mais son expérience l’avait rendu encore plus fort face aux difficultés de la vie.

Il tira le tiroir vers lui et prit une feuille où il nota le jour et le mois avec l’heure : 25 avril – 14 h 30, il lui tendit avec un léger sourire. Il se leva et serra la main du garçon.

— Le rendez-vous vous convient-il ?

— Oui, je vous remercie, docteur Araste.

— Je ne fais que mon métier, Arthur, rien de plus. À bientôt.

— Au revoir.

Il observa son patient descendre les escaliers puis il s’enferma dans son bureau. Celui-ci n’était pas très grand. Il faisait vide mais dans un autre sens son bureau était agréable ne serait-ce que pour la vue que dégageait la grande fenêtre se trouvant derrière lui. Beaucoup de ses patients aimaient regarder dehors lorsqu’ils parlaient. Cette vue les mettait en confiance.

Erwan s’assit et commença à rédiger son rapport concernant le patient Arthur Irigua :

« Monsieur Arthur Irigua, sujet âgé de dix-neuf ans dont les facultés intellectuelles de base sont normales. Il se trouve actuellement dans un état de stress post-traumatique (ESPT). Monsieur Irigua a été victime de sévices sexuels (abus sur mineur : attouchements, viols avec pénétration sur une longue période).

Il éprouve une peur intense en compagnie d’une impuissance et d’un sentiment d’horreur. Ici, on peut constater les reviviscences suivantes :

- Les souvenirs répétitifs et envahissants de son vécu ;

- Les cauchemars ;

- Les flash-back ;

- Une détresse face à l’exposition à des stimuli associés à l’événement traumatique.

On retrouve également une hyperactivité du système nerveux avec :

- Un accès de colère ;

- Comportement autodestructeur +++ ;

- Des difficultés de concentration ;

- Des difficultés de sommeil.

Il est de toute évidence atteint par des hallucinations hypnagogiques: une sorte de paralysie du sommeil – des hallucinations terrifiantes avec les enfants sur le plafond. Ces hallucinations sont surtout visuelles. »

« Pratiquement toutes les nuits j’ai l’impression d’être réveillé, je me lève pris de panique et je cours vers ma lumière car un homme se trouve en face de moi… Je le traverse presque, mais à partir du moment où j’allume, il n’y a plus rien. Parfois, je vois même des enfants au-dessus de ma tête, m’implorant “à l’aide”. C’est horrible… »

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