
Nulle rencontre à la chute des fleurs
Chapitre 3
Récemment, Pascal et Anne étaient partis en voyage sous le prétexte d’un déplacement d’affaires. Profitant de cette occasion, j’avais soumis ma demande de démission. Comme je l’avais prévu, toute son attention était portée sur elle ; il l’avait approuvée sans même la lire.
Désormais, il ne restait plus que trois jours.
Il me suffisait d’achever la passation de mes dossiers sous soixante-douze heures pour pouvoir disparaître définitivement.
Après mûre réflexion, j’ai appelé mon ancien tuteur de l’institut de recherche, à l’étranger.
Dès l’obtention de mon diplôme, j’avais été admise dans cet établissement en tant qu'étudiante d'exception et j'avais bénéficié de conditions de travail privilégiées. Mais quand Pascal m’avait confié qu’il avait besoin de renforts pour fonder son entreprise, j’avais démissionné sans hésiter. Mon tuteur avait tenté de me dissuader à plusieurs reprises, mais j’étais rentrée en France, résolue à l’aider à bâtir sa société à partir de rien.
En y repensant, je me trouvais vraiment stupide.
Les sentiments pouvaient changer en un instant ; seuls les efforts ne nous trahissaient jamais.
Une fois qu’il a décroché, je lui ai expliqué la raison de mon appel.
Je pensais qu'il me ferait des reproches, mais au contraire, mon tuteur a soupiré. Il m’a confié qu’il connaissait déjà ma situation et qu’il avait l’intention de me faire revenir.
« Mais cette fois, es-tu vraiment prête ? » m’a-t-il demandé.
J’ai hoché la tête : « Oui, j’ai déjà réglé toutes les formalités de ma démission. »
« Démission ? Quelle démission ? »
Un cri de surprise a retenti.
J’ai tourné la tête et j’ai vu Pascal pousser la porte.
J’ai baissé les yeux sur mon écran : l’appel de mon tuteur avait été coupé.
J’ai éteint mon téléphone avec naturel.
Alors que je réfléchissais à une explication, son propre téléphone a vibré. C’était un message d’Anne. Elle racontait qu’elle avait croisé un petit chat errant sur le chemin du retour et qu’elle était allée lui acheter une boîte de pâtée.
« Trop mignon », a écrit Pascal.
La réponse est tombée dans la seconde : « Le chat est-il mignon, ou est-ce moi qui suis la plus mignonne ? »
Elle a ensuite envoyé une photo d’elle tenant le chat dans ses bras, faisant une moue boudeuse et le signe de la victoire.
Un sourire involontaire a étiré les lèvres de Pascal : « Le chat est mignon, mais tu es plus mignonne que lui. »
Semblant réaliser que j’étais encore là, Pascal a réprimé son sourire. Il a froncé les sourcils et m’a dévisagée : « Je ne t’ai pas dit de te coucher tôt ? Pourquoi es-tu encore là ? »
Son ton froid n’avait absolument rien à voir avec celui qu’il utilisait avec Anne. Il avait déjà complètement oublié ce que je venais de dire à propos de ma démission.
J’ai ri doucement, évitant de m’expliquer : « J’ai encore quelque chose à faire. »
« Il était déjà si tard, qu’est-ce que tu avais encore à faire à une heure pareille ? » a-t-il rouspété. « Pourquoi ne pouvais-tu pas organiser ton temps plus tôt, Louise ? Je ne voulais pas te faire de reproches, mais ta procrastination devenait insupportable. »
Pascal a froncé les sourcils plus fort encore.
Je n’ai pas expliqué que mon retard venait de ses propres demandes imprévues. Je n’avais plus envie de me disputer avec lui pour justifier mon impuissance.
Voyant que je restais silencieuse, Pascal n’a rien ajouté et est entré directement dans la chambre.
Peu après, des éclats de rire joyeux se sont fait entendre. Je l’avais rarement vu rire ainsi ; il n’y avait qu’avec Anne qu’il pouvait être aussi heureux.
Sans y prêter davantage attention, je me suis assise à table et j’ai repris mes documents en anglais.
Cinq ans avaient passé, et la direction de l'institut n'était plus la même. Pour y retourner, même avec l'appui de mon tuteur, je devais prouver que mes compétences étaient restées intactes.
Heureusement, j'avais une base solide et il ne me fallait pas longtemps pour me remettre à niveau.
« Tu lisais une revue en anglais ? »
Alors que j’étais absorbée par mes documents, Pascal est soudainement réapparu derrière moi.
Il a levé la main, m'a arraché le document, l'a feuilleté deux fois avant de le repousser vers moi avec dédain.
Il a ricané : « Pourquoi tu lisais ça ? Qu’est-ce que tu espérais y comprendre ? »
« C’était juste pour passer le temps », ai-je répondu d’un ton indifférent en rangeant mes papiers.
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