
Nuit de Trahison, Aurore de Vengeance
Chapitre 2
Le téléphone a sonné au milieu de la nuit, sonnant le glas comme une alarme incendie dans le silence de la villa.
Alexandre Dubois a décroché, la voix encore pâteuse de sommeil.
« Allô ? »
À l'autre bout du fil, la voix de Juliette Leclerc était pleine d'une excitation pétillante, totalement déconnectée de l'heure tardive.
« Alexandre ! Chéri, tu dors ? Je t'appelle pour te dire que je pars ! »
Alexandre s'est assis sur le bord du lit, le cœur commençant à battre un peu plus vite.
« Partir ? Partir où ? Il est trois heures du matin, Juliette. »
« Au Brésil ! Avec Marc ! C'est son anniversaire, tu te souviens ? Je lui ai fait la surprise de sa vie ! On est à l'aéroport, sur le point d'embarquer. Je voulais juste te prévenir. »
Sa voix était légère, insouciante, comme si elle annonçait une simple course au supermarché.
Alexandre a senti un froid glacial l'envahir, bien plus perçant que la climatisation de la chambre.
« Juliette, écoute-moi. Tu ne peux pas partir. Il y a eu un accident. »
Un silence. Puis le rire de Juliette, un peu agacé.
« Un accident ? Quel accident ? Ne commence pas avec tes histoires, Alexandre. Tu es juste jaloux que je passe du temps avec Marc. On en a déjà parlé. »
« Non, ce n'est pas ça, » a insisté Alexandre, sa voix devenant plus pressante. « La Porsche Cayenne que je t'ai offerte… Elle a été impliquée dans un très grave accident sur l'autoroute. Il y a deux blessés graves. »
« Quoi ? La voiture ? » L'inquiétude dans la voix de Juliette n'était que pour le véhicule. « Oh non… Bon, écoute, je n'ai pas le temps pour ça maintenant. J'ai déjà tout réglé. J'ai payé quelqu'un pour prendre la responsabilité. 50 000 euros, ça devrait suffire. Il ne faut surtout rien dire à personne, tu m'entends ? Garde le silence. C'est notre secret. »
Le souffle d'Alexandre s'est coupé. 50 000 euros. Un bouc émissaire.
« Juliette, tu ne comprends pas, » a-t-il supplié, se levant et commençant à faire les cent pas. « Les victimes… »
« Chut ! Je dois y aller, on appelle pour notre vol. Amuse-toi bien tout seul ! Ne t'inquiète pas pour la voiture, on la fera réparer. Bisous ! »
Et elle a raccroché.
Le bip final a résonné dans l'oreille d'Alexandre comme un coup de feu. Il se tenait devant la baie vitrée de l'hôpital, le téléphone encore serré dans sa main. De l'autre côté du verre, deux silhouettes gisaient sur des lits, entourées de machines qui bipaient en un rythme sinistre.
Une infirmière s'est approchée de lui, le visage grave.
« Monsieur Dubois, le chirurgien est prêt. L'état de Monsieur et Madame Leclerc est critique. Chaque minute compte. Nous avons besoin de votre autorisation pour opérer. »
Elle lui a tendu un formulaire et un stylo. Alexandre a regardé les noms sur le papier : Jean-Pierre Leclerc, Hélène Leclerc. Ses beaux-parents. Les parents de Juliette. Les deux personnes qu'il considérait comme sa propre famille.
Il a pris le stylo, mais sa main tremblait, incapable de signer.
« Je… Je ne peux pas, » a-t-il murmuré, la gorge sèche.
L'infirmière a froncé les sourcils. « Pourquoi ? Vous êtes leur gendre, n'est-ce pas ? »
« Nous ne sommes pas mariés légalement, » a avoué Alexandre, sentant une vague de nausée le submerger. « Je n'ai aucune autorité légale. »
Le stylo est resté suspendu au-dessus du papier, un symbole cruel de son impuissance. L'infirmière a repris le formulaire, l'air paniqué.
« Alors il faut appeler leur fille ! C'est la seule qui puisse signer ! Où est-elle ? »
Le désespoir a saisi Alexandre. Il a recomposé le numéro de Juliette, priant pour qu'elle réponde. La sonnerie a semblé durer une éternité. Finalement, elle a décroché, sa voix maintenant clairement irritée.
« Encore toi ? Qu'est-ce que tu veux, Alexandre ? Je suis dans l'avion, on va décoller ! »
« Juliette, tes parents ! » a-t-il crié dans le combiné, ignorant les regards des autres personnes dans le couloir. « Les victimes de l'accident, ce sont tes parents ! Ils sont à l'hôpital, ils ont besoin d'une opération d'urgence ! Tu dois revenir, tu dois signer les papiers ! »
Un rire froid et méprisant a répondu à son appel à l'aide.
« Mes parents ? Vraiment, Alexandre ? C'est la meilleure que tu aies trouvée pour m'empêcher de partir avec Marc ? Tu es pathétique. Inventer une histoire pareille… Laisse-moi tranquille. »
Soudain, une autre voix, masculine et arrogante, a pris le téléphone. C'était Marc.
« Dubois ? Alors, c'est quoi le problème ? T'es pas content que Juliette soit enfin avec l'homme qu'elle aime ? Écoute, mon pote, arrête de nous faire perdre notre temps. Occupe-toi de faire réparer la Porsche, d'accord ? Elle est un peu amochée, mais ça se répare. On se voit à notre retour. »
Le téléphone a été raccroché une seconde fois. Alexandre est resté figé, le bras ballant. Faire réparer la Porsche. Il a compris. La voiture qu'il avait offerte à Juliette, elle l'avait donnée à Marc. C'était Marc qui conduisait. C'était Marc qui avait percuté les parents de Juliette.
Au même moment, la porte de la salle d'attente s'est ouverte. Le chirurgien en est sorti, le masque tombé sur son cou, le visage défait.
Le son des moniteurs cardiaques qui s'étaient tus avait déjà tout dit.
« Monsieur Dubois, » a commencé le médecin d'une voix lourde. « Nous avons fait tout notre possible. Je suis désolé. »
Le monde d'Alexandre s'est effondré.
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