
Nuit de Trahison, Aurore de Vengeance
Chapitre 3
Alexandre se tenait devant la vitre de la morgue, un mur de verre froid le séparant des deux corps recouverts d'un drap blanc. L'air était stérile, imprégné d'une odeur de désinfectant qui ne parvenait pas à masquer celle de la mort. Il n'y avait aucun son, juste le bourdonnement sourd de son propre chagrin.
Il revoyait le visage souriant de sa belle-mère, Hélène, la dernière fois qu'il l'avait vue. Elle lui avait préparé son plat préféré, un bœuf bourguignon, et lui avait dit qu'il était le fils qu'elle n'avait jamais eu. Jean-Pierre, son beau-père, lui avait serré la main, une poigne ferme et chaleureuse, en lui disant de bien prendre soin de sa "fille difficile".
Ils l'avaient accueilli à bras ouverts, lui offrant la chaleur d'une famille qu'il avait perdue depuis longtemps. Et Juliette ? Juliette les avait à peine regardés. Elle était sur son téléphone, probablement en train de parler à Marc.
Comment avait-il pu être si aveugle ? Comment avait-il pu ignorer tous les signes, toutes les petites trahisons, au nom d'un amour qui n'existait que dans son propre cœur ?
Son téléphone a vibré dans sa poche, le sortant de sa torpeur. C'était son secrétaire, Monsieur Laurent.
« Monsieur Dubois, je suis désolé de vous déranger dans un moment pareil, » a commencé Laurent d'une voix hésitante. « Mais il y a un problème urgent à la comptabilité. »
« Qu'est-ce que c'est, Laurent ? » a demandé Alexandre, sa voix plate et sans vie.
« C'est un virement… un virement de cinquante mille euros qui est parti du compte de l'entreprise hier soir. Il a été autorisé en urgence par Madame Leclerc. Pourriez-vous me confirmer que c'était bien votre ordre ? »
Cinquante mille euros.
Le chiffre a résonné dans l'esprit d'Alexandre. C'était la somme exacte que Juliette avait mentionnée. L'argent pour le bouc émissaire.
Elle n'avait pas seulement menti. Elle n'avait pas seulement trahi. Elle avait volé. Elle avait utilisé l'argent de son entreprise, l'argent qu'il avait gagné à la sueur de son front, pour couvrir le crime de son amant. Un crime qui avait tué ses propres parents.
La colère, une colère pure et glaciale, a commencé à remplacer le chagrin.
Il a repensé à toutes les humiliations qu'il avait subies. Il y a un an, il avait trouvé des messages de Marc sur le téléphone de Juliette. Quand il l'avait confrontée, elle ne s'était pas excusée. Elle l'avait giflé.
« Comment oses-tu fouiller dans mes affaires ? » avait-elle crié. « Marc n'est qu'un ami ! Tu es paranoïaque ! »
Il l'avait crue. Ou plutôt, il avait voulu la croire. Il s'était excusé, avait rampé, lui avait acheté un collier de diamants pour se faire pardonner d'avoir découvert sa trahison. Il avait accepté ses mensonges, ses absences, ses sautes d'humeur, pensant que son amour et sa patience finiraient par la changer.
Quelle idiotie.
Il a regardé une dernière fois les deux draps blancs derrière la vitre. Une promesse silencieuse s'est formée dans son esprit. Pour Hélène. Pour Jean-Pierre.
« Laurent, » a-t-il dit dans le téléphone, sa voix maintenant dure comme de l'acier. « Écoutez-moi attentivement. Bloquez immédiatement toutes les cartes de crédit au nom de Juliette Leclerc. Annulez tous ses accès aux comptes de l'entreprise. Je veux qu'elle soit coupée de tout. Absolument tout. »
« Bien, Monsieur, » a répondu le secrétaire, surpris par le changement de ton.
« Et Laurent, » a ajouté Alexandre. « Engagez le meilleur détective privé que vous puissiez trouver. Je veux tout savoir sur cet accident. Tout. »
Il a raccroché. Le chagrin était toujours là, une plaie béante dans sa poitrine. Mais maintenant, il y avait autre chose. Une détermination froide. Une soif de justice.
L'homme patient et tolérant était mort cette nuit, en même temps que les Leclerc. Un nouvel Alexandre était en train de naître de ses cendres.
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