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Couverture du roman Les sentinelles de la reine Ou'Teikh - Tome II : Le cauchemar de la princesse d'Abyssinie

Les sentinelles de la reine Ou'Teikh - Tome II : Le cauchemar de la princesse d'Abyssinie

Nat Simog dirige une banque d'affaires à Atlanta alors qu'un gisement de gaz en Guilombie attire les convoitises internationales. En 2019, une crise financière mondiale provoque faillites et expulsions, déclenchant de violentes émeutes urbaines aux États-Unis. Face au chaos, la puissante héritière Gardénia Royston choisit de délaisser son empire industriel. Ce second tome explore les tensions liées aux ressources naturelles et rend hommage à la résilience des peuples autochtones.
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Chapitre 3

Leurs cœurs frémirent d’appréhension devant cet appel du hasard. Une main nerveusement posée sur leur arme, l’air de se demander quelle pouvait bien être la prochaine scène de cette rencontre improbable mais ô combien hautement historique. Quelque sourde interrogation taraudait l’esprit des marins. Comment le hasard ou plutôt cette infortune qui les avait tant éloignés de leur campagne initiale en Terre de la Vraie Croix, avait-il pu les mener en ce territoire inconnu, cette destination qui fut aux antipodes de leur mission ? Dans leurs regards perçait ce mélange de fascination et d’excitation mêlée d’une angoisse qui les prenait tous à contre-pieds. Monsieur Bouvreuil submergé par quelque excitation qui semblait davantage trouver sa source dans quelque curiosité scientifique, s’écria :

— Quelle agréable et surprenante contrariété de dynamisme ! Dire que je nourrissais depuis fort longtemps l’ambition d’explorer un jour ces lointaines contrées africaines ! Voilà qu’aujourd’hui je m’y trouve par quelque fortuit concours de circonstances ! Avouez, messieurs, qu’il y a là quelque étrange tour de la providence !

— Amen ! Monsieur Bouvreuil. Eh bien ! À présent, vous voilà servi sur un plateau par ces indigènes ou plutôt servi à leur plateau ! Vous ferez un excellent mets ! ironisa l’officier Jacquemart.

— Seriez-vous à ce point dépourvu de toute raison, au point de croire à ces viles sornettes, monsieur Jacquemart ? reprit monsieur Bouvreuil.

— À l’évidence, messieurs ! On ne peut toujours choisir de s’opposer ou même de dériver le cours de certains mouvements ! Ce que nous sommes sur le point de vivre ici même en est la preuve tangible ! ajouta le capitaine.

— J’espère simplement que ce débarquement ne fera pas notre malheur ! Je n’entends nullement confier mon arme à quelque autorité indigène ! reprit l’officier Jacquemart.

— Voilà une appréciation des plus imprudentes que vous nous dévoilez là, monsieur Jacquemart ! Attendez-donc d’en savoir davantage sur leurs intentions ! Pour l’heure, gardez-vous donc de commettre la moindre imprudence qui mènerait à notre perte ! souligna le capitaine avec une insistance qui n’appelait aucune contestation.

Quelque âme de Seigneur de guerre

Une fois sur le rivage, ils ajustèrent leurs uniformes et leurs mises avant de se présenter dignement devant leurs hôtes. À quelques mètres d’eux se tenait ce détachement de cavaliers, perchés sur de massives montures à l’allure altière. Tous dégageaient une imposante autorité qui suscitait chez les marins quelque intimidation palpable. La nature avait pourvu leurs équidés d’un haut garrot, d’une robuste charpente recouverte d’une magnifique robe de couleur noire pour certains et marron pour d’autres. Chaque cheval arborait majestueusement un ornement doré aux insignes de leur royaume. Dans le regard des marins, qui n’en avaient jamais vu d’aussi grands, pointait une remarquable fascination. Quelle pouvait bien être cette étonnante nature qui les ayant dotés d’une aussi belle croupe laquelle se dessinait sous une vigoureuse musculature ? Se demandaient le capitaine et ses hommes.

Sur le grand étendard que tenait l’un des cavaliers au bout d’une longue lance, on distinguait un crocodile avec une couronne de soie brochée d’or surmontée au niveau de sa tête. Ce grand reptile, qui dans la nature n’avait pour seuls ennemis que l’homme et ses propres congénères représentait ainsi l’emblème de leur royaume.L’animal dans sa posture se distinguait par cette ligne flexible et cartilagineuse, laquelle partait de la dernière vertèbre formant la robuste queue de ce corpsoblong et platvers l’avant, poussé par de vigoureuses pattes postérieures, jusqu’au bout d’un museau allongé et comprimé. L’étendard flottant sous la douce brise matinale caressant la peau pâle des marins, donnait cette singulière impression que le corps de l’animal tout entier, traînant son abdomen au sol, était en mouvement. Ses robustes mâchoiresétaient ouvertes, l’air d’apostropher une audience pour faire entendre quelque mise en garde, laquelle sonnant telle une vigoureuse adresse :

En ce territoire qui est mien, en maître absolu, je règne, souverainement !

— Pourquoi diable ont-ils un lézard comme emblème de leur couronne ? s’écria Robin avec étonnement.

— Allez donc savoir ! Manifestement, il s’agit d’un animal primitif, lequel est sûrement à l’image de l’évolution de ces tribus sauvages ! opina l’officier Jacquemart.

— Ne croyez pas si bien dire, Monsieur Jacquemart ! D’ailleurs, il ne s’agit nullement d’un lézard mais d’un crocodilien ! ajouta monsieur Bouvreuil.

— Oh ! C’est la même espèce ! reprit l’officier Jacquemart.

— Voyez-vous, mon cher Jacquemart, le crocodile, aussi redoutable prédateur qu’il puisse être est assurément à l’image d’un seigneur de guerre ! Il a su au cours d’une longue évolution élaborer des stratégies de chasse sans faille, lesquels lui ont permis de s’adapter à de multiples changements ? Cet animal est des plus nobles qui soient ! souligna monsieur Bouvreuil

— Ah ! Ce ne sont là que de pures spéculations de Cartographes et de Naturalistes zélés ! ajouta l’officier Galfont d’un air dédaigneux.

— À votre guise, messieurs ! Je n’avais d’intention que de vous instruire de cette nuance dans les espèces de la nature, de leur évolution comme de leur symbolique ! Si vous réfutez tant la noblesse de l’animal, pourquoi donc apparaîtrait-il ainsi sur leur emblème, incrusté sur ces fines étoffes rouges avec des bordures dorées ? questionna monsieur Bouvreuil.

— La fantaisie des indigènes n’a point de limites, mon cher Bouvreuil ! S’il est de leur goût de représenter leur pouvoir avec quelques animaux aussi primitifs que hideux, pourquoi diable, les en priverions-nous ? répondit l’officier Galfont sur un ton moqueur.

— Le pensez-vous vraiment, monsieur Galfont ? Ne trouvez-vous pas quelque peu ironique que sur nos fanions et autres emblèmes de nos prestigieuses couronnes d’Europe, figurent lions, tigres, aigles et autres prédateurs, tous aussi exotiques les uns que les autres, je vous l’accorde volontiers ? Vous aurez remarqué que beaucoup ne vivant pas sous nos latitudes, ces animaux primitifs seraient-ils donc à l’image de nos souverains ? demanda monsieur Bouvreuil.

— Ce ne sont là que de vains sujets de querelles ! De mon avis, ces indigènes ne sauraient prétendre à quelque noblesse ! répondit l’officier Galfont d’un air de mépris.

— Rendez-vous donc à l’évidence, monsieur Bouvreuil ! Comment osez-vous comparer les armoiries de nos prestigieuses couronnes à celles de ces indigènes ? reprit le lieutenant Jacquemart l’air offensé.

— L’ignorance et donc la peur qu’elle nous inspire ! Voilà qui risque fort un jour de causer notre perte ! soupira monsieur Bouvreuil.

— Trêve de querelles de clocher, messieurs ! L’heure n’est point à ces questionnements qui relèvent de l’Académie des sciences ! L’Histoire nous appelle au premier rang ! Et nous y répondrons présents ! tonna le capitaine.

Quelque emblème du royaume

Cette unité mobile se composait d’une vingtaine de cavaliers, parmi lesquels se trouvaient quelques femmes. Leur formation était disposée en rangs formant un large demi-cercle autour d’une autre petite unité d’une dizaine de cavaliers rangés dans un ordre qui évoquait singulièrement des chevrons dont la pointe était orientée vers l’océan, face aux marins. Tous, à l’exception de quelques hommes qui se tenaient au centre et remarquables par leurs habits de couleur pourpre et dorée, étaient équipés d’armes défensives et offensives.

Les cavaliers portaient un casque d’un gris anthracite. Il était décoré de gros rivets émaillés avec des protège-joues en bronze, parfaitement conçus pour leur protéger sans gêne les yeux et les oreilles. Leur tronc était couvert par une solide cuirasse formant une armure protectrice dont l’aspect évoquait singulièrement des écailles jointives, quadrangulaires sur le ventre et au dos, et espacées les unes des autres sur les flancs. Cette cuirasse protégeait leur corps du cou jusqu’à la ceinture, tels des reliefs épidermiques présentant des crêtes proéminentes. Cela avait l’aspect de scutelles propres aux crocodiliens, formant un maillage régulier et disposé selon des rangées ne se chevauchant pas et assurant ainsi au cavalier une certaine souplesse de mouvements. Un ceinturon était porté juste sous cette cuirasse.

S’y ajoutait un tablier assorti au casque. Il était composé de longues lamelles noires faites en corne de buffle et agrémenté de motifs d’art symbolisant l’ardeur des guerriers au combat. Les cavaliers étaient également munis d’un bouclier ovale suspendu à même le flanc de leur monture. Celui-ci avait des dimensions qui leur assuraient une protection jusqu’aux genoux. Constitué de solides plaques d’un métal dont le relief donnait l’apparence d’une peau de crocodiliens. Au centre du bouclier se trouvait une plaque métallique arrondie, ostensiblement gravée des insignes du royaume, le crocodile mâchoires ouvertes, la tête surplombée d’une couronne dorée. L’animal appuyé sur ses vigoureuses pattes arrière, traînant sa puissante queue hors de l’eau, donnait l’impression de s’éloigner en tournant le dos.

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