
Nawgëlsky - Tome 1: La légende de la Cinq Espéry
Chapitre 2
Chapitre 1L’homme et le loup
C’était la nuit noire dans la forêt, mais Walsckhum ne s’en était pas aperçu. Même le jour il y faisait noir comme dans un four.
Il avançait prudemment dans ce silence inquiétant, sursautant à chaque brindille qu’il faisait craquer sous ses sabots de bois. Il frissonna.
La chemise toute déchirée ne devait pas lui offrir beaucoup de chaleur, pas plus que son pantalon qui était fait de feuilles adroitement superposées entre elles. Celui de départ avait dû subir un sort plus grave que celui de la chemise… Et les pieds nus dans les sabots auraient sans doute avancé plus vite s’ils n’étaient pas ralentis par ce bois taillé qu’on appelait injustement « chaussures ». Si elles étaient là, c’était simplement pour protéger Walsckhum de quelques serpents ou autres bestioles indésirables.
Mais ce n’était pas de froid que Walsckhum avait frissonné. C’était de peur.
Pourtant, il en fallait beaucoup pour ébranler le courage de ce garçon.
Ses larges épaules avaient dû dégager le chemin des branches plus d’une fois. Les grands yeux bleu clair, s’il n’avait pas été en cet endroit à cet instant, auraient pétillé de détermination comme on en retrouve rarement. Un nez légèrement pointu accompagnait en un parfait accord les lèvres charnues du jeune homme. Ses cheveux châtain foncé retombaient en boucles brunes sur sa face d’un ovale parfait.
Il s’était arrêté et regardait droit devant lui.
Deux yeux jaunes semblaient défier ses bras puissants. Si on s’habituait à l’obscurité, on aurait distingué des crocs acérés qui auraient brillé au clair de lune mais celui-ci n’était pas assez puissant pour percer l’épais feuillage de la forêt.
Cette dernière se nommait Envaya mais dans sa partie nord, réputées étaient ces créatures dangereuses et inconnues. Cette partie de la forêt était d’ailleurs à juste titre surnommée la « Forêt Noire ».
Lentement, Walsckhum saisit un long et maigre bâton qui ne devait pas servir à grand-chose, sinon à effrayer son adversaire qui d’ailleurs semblait amusé plus qu’autre chose. Il se mit en position d’attaque.
Walsckhum se mit à paniquer, réfléchit à toute allure. Il choisit la retraite plus que l’affrontement. Il n’avait pas assez de force pour une telle chose. Il aligna ses longues jambes en un pas rapide et cadencé. Il aurait volontiers voulu courir mais ses forces et ses souliers de fortune ne le lui permettaient pas.
Le loup, car c’en était un, marchait deux pas derrière celui qu’il avait choisi comme victime.
Walsckhum pleurait. Des larmes lui léchaient les joues pour venir arroser la terre meuble. Des larmes de rage, de colère, de peur… d’impuissance aussi. Comme pour répondre à l’appel de ses pleurs, la pluie se mit à tomber avec une violence inouïe. On en voyait rarement de telles au-dehors de la Forêt, mais Walsckhum était habitué. Cela faisait un an qu’il errait dans cet horrible territoire, il en avait vu des pires.
Néanmoins, cela sembla calmer la peur et l’instinct de survie du garçon. Trempé par le mélange de ses pleurs et de la pluie battante, il empoigna son bâton. Si ses forces l’avaient totalement abandonné, sa volonté seule le faisait tenir debout.
D’un geste désespéré, il envoya valdinguer, l’une après l’autre, ses chaussures de fortune. Aucune n’atteignit le loup qui semblait goûter le doux instant de la situation. Sa fourrure emmêlée par la fureur du ciel lui donnait un air plus effrayant encore. Walsckhum ralentit son allure et se mit à marcher normalement. Il atteignit finalement une minuscule clairière, si petite que c’est à peine si le loup pouvait s’y tenir tout entier à côté de sa victime. C’était plus un trou dans le feuillage qu’autre chose. Malgré cela, la lune jeta son éclat sur ce pelage meurtrier.
La bête était immense. Elle mesurait à peu près un mètre cinquante au garrot et ses crocs aiguisés étincelèrent sous l’éclat de l’astre.
La mâchoire serrée de la sensation d’impuissance, Walsckhum saisit son bâton et se mit en position de défense. Il n’avait pas besoin de voir que le loup perdait patience, comme un réservoir qui se vide lentement. Puis soudain, sans prévenir, l’animal disparut.
Walsckhum souffla. Il tomba à genoux sur la terre trempée, mais un grondement lui fit relever la tête. Le loup s’était juste déplacé et se tenait sur un rocher surélevé, pour être plus à l’aise. Il se tenait en position d’attaque, prêt à bondir. Walsckhum n’eut pas le temps de réagir. D’un saut formidable, le loup se jeta sur sa proie. Il y eut un hurlement de terreur, puis, plus rien.
Le silence recouvrit peu à peu le feuillage obscur, portant la douleur d’un nouveau deuil.
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