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Couverture du roman Morts sur le champ

Morts sur le champ

Lorsqu'un directeur de journal est retrouvé mort, transpercé par une flèche en extérieur, une série de décès mystérieux s'amorce. Le capitaine Durandal doit alors diriger une équipe éclectique, incluant un chrétien évangélique, pour résoudre cette affaire complexe. Entre le milieu du tir à l'arc et celui de la presse, l'enquêteur affronte ses propres failles tout en cherchant le lien entre les victimes. De nouvelles cibles sont-elles menacées par ce schéma criminel ?
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Chapitre 2

1Elle était pourtant seule dans cette grande maison

Région d’Eilat – Sud d’Israël – 8 ans après

Roxane profitait du soleil, étendue en maillot de bain dans une balancelle installée sur le toit en terrasse de sa maison. La température, devenue clémente en cette fin de journée d’automne, rendait la chose supportable.

Engagée dans la deuxième moitié de sa cinquantaine, elle était encore une belle femme. Grande, brune, le teint hâlé, ses yeux foncés rapprochés doublés de lèvres fines lui donnaient un air un peu sévère.

Elle avait du mal à se concentrer sur sa lecture, pourtant intéressante. La tête lui tournait un peu mais surtout elle se sentait engourdie.

L’ouvrage traitait de la réincarnation. Cela faisait des années qu’elle s’intéressait de près aux questions ésotériques qui la plongeaient dans une abondante littérature. Mais aussi la poussaient à se rendre à des conférences aussi spécialisées que confidentielles, à participer successivement à des groupes que certains n’auraient pas hésité à qualifier de sectes.

Elle avait pourtant eu une éducation religieuse catholique, pensionnat de jeunes filles chez les bonnes sœurs à l’appui.

Ah, parlons-en des bonnes sœurs ! Elle avait quinze ans quand celle qui enseignait à son cours de catéchisme l’avait terrifiée en proférant : « Mes filles : si une nuit vous entendez un appel de Dieu à le servir, répondez-y, comme nous l’avons fait ici ». La sœur Thérèse concluait ainsi un enseignement sur la Bible.

On était dans l’Ancien Testament, au début du premier livre de Samuel, lorsque le petit Samuel avait entendu distinctement, dans son lit, qu’on l’appelait. Au bout de la troisième fois, force lui avait été de constater que l’appel réitéré ne venait pas du prêtre juif qui l’hébergeait, mais de Dieu lui-même. C’est ainsi que commença la carrière de celui qui allait devenir un grand prophète.

Mais de là à transposer ça en termes de bonne sœur dans le contexte catholique du XXesiècle… ! Pas question !

Pour ne pas se retrouver prise au piège d’un appel de Dieu, elle avait décidé, dans sa grande naïveté d’adolescente, de se mettre la tête sous l’oreiller la nuit. Si Dieu s’avisait de lui parler, elle bloquerait ainsi la liaison !

Elle tenta de se reconcentrer sur son livre. Elle se secoua, pour lutter contre la torpeur qui l’envahissait. En s’étirant, elle eut conscience d’un bruit au rez-de-chaussée, trois niveaux plus bas, comme un froissement. Puis plus rien.

Elle était pourtant seule dans cette grande maison.

Le visiteur qu’elle avait reçu était parti depuis un bon moment. Il souhaitait faire affaire avec elle et acheter un de ses tableaux. Elle l’avait invitée à en discuter autour d’un verre. Il avait eu le bon goût de venir avec des petits gâteaux. Comme s’il savait qu’elle était gourmande…

Intriguée, Roxane posa le livre, se leva avec une difficulté inhabituelle de sa balancelle, s’approcha au bord de la terrasse démuni de garde-fou, pour jeter un coup d’œil en bas. Un sac plastique chahutait dans la bise. Mais ce n’était pas tout à fait le même bruit. Si du moins elle pouvait se fier à ses sens qui semblaient lui échapper quelque peu. Elle reprit sa position et son livre en bâillant.

Au fil des années, par certaines de ses lectures, elle s’était détachée de l’enseignement chrétien, qui était pour elle resté très théorique. Ou du moins, elle l’avait accommodé à sa sauce. Elle avait gardé la foi dans un monde de l’Au-delà, mais où Dieu n’était plus une personne mais une sorte de « grand tout ». Où Jésus n’était plus le Christ sauveur et rédempteur, mais un initié comme certains grands noms de la philosophie ou de la spiritualité.

Elle avait pu tester la réalité de tables tournantes sans trucage, et expérimenté d’autres puissances spirituelles à l’œuvre dans le dernier groupe ésotérique avec lequel elle frayait. Les témoignages sur les voyages astraux, sorties de corps, niveaux de conscience supérieure l’intéressaient beaucoup.

Certaines techniques de méditation, aux aspects très pratiques, en étaient quelquefois les supports. Ce qui ouvrait la perspective à des expérimentations de techniques censées impacter le corps, l’âme et l’esprit de façon positive. Bien plus que ce que la religion chrétienne avait à lui proposer, dans ce qu’elle avait retenu de son catéchisme. En fait, il s’agissait de s’initier encore et toujours dans une démarche visant à interpréter comment le monde invisible pouvait percuter le visible, et réciproquement. Et les démarches, comme les interprétations, ne manquaient pas…

L’enseignement qu’elle avait reçu lui avait fait comprendre que le temps des miracles et guérisons du Nouveau Testament était révolu, sauf rarissimes exceptions qui ne faisaient que confirmer la règle. Elle voyait bien, Roxane, que l’Au-delà n’avait pas fermé ses portes et qu’il fallait s’y engouffrer. Mais ça n’avait pas intéressé le curé auquel elle s’était confié qui, d’ailleurs ; semblait tout ignorer des manifestations bizarres dont elle lui parlait. Elle en avait finalement conclu qu’elle en savait plus que lui. Et que donc, ces prêtres n’étaient pas des gens fiables pour ce qu’elle recherchait. Et, justement, la théorie de la réincarnation méritait qu’elle s’y arrête.

Alors que le soleil disparaissait derrière la colline, elle frissonna. Il fallait qu’elle se couvre et se lève pour ne pas sombrer dans l’engourdissement.

Elle perçut un nouveau bruit, différent, qui, cette fois, semblait venir de l’étage.

Elle tressaillit, tenta de réfléchir à ce qui pouvait en être la cause.

Soudain, dans son esprit embrumé, elle distingua une silhouette à contre-jour, qui s’encadrait dans l’ouverture donnant sur la terrasse. Subite poussée d’adrénaline.

Elle écarquilla les yeux. Puis, soulagée :

— Ah, c’est vous ! Vous avez oublié quelque chose ?

— Oui.

Même jour – Aéroport Ben Gourion – 19 heures

Le passager débarqua du car pour s’engouffrer dans l’aérogare qui grouillait de monde. Déjà très tendu, il comprit pourquoi il allait encore souffrir avant de se retrouver dans la salle d’embarquement. Autant, à son arrivée, les formalités avaient été étonnamment vite accomplies, autant les contrôles au départ semblaient redoutables, avec des files d’attente dans tous les sens qui semblaient figées. Il se mit dans l’une d’entre elles et tenta de jauger le temps qu’il lui faudrait pour en arriver à bout. Le résultat fut qu’il en vint à se demander si tout ce bazar n’allait pas lui faire louper son vol.

Un bagage sur deux ou sur trois, était dirigé au hasard vers un agent de sécurité qui se mettait en devoir d’en explorer méticuleusement le contenu, et par là même de l’offrir en spectacle à ceux qui s’ennuyaient. Les propriétaires (combien de temps avaient-ils attendu pour en arriver là ?), contrariés par le mauvais sort, essayaient de prendre leur mal en patience, jetant des coups d’œil furtifs à une pendule.

Le passager, transpirant alors qu’il ne faisait pas si chaud, en était au stade où il envisageait avec angoisse que l’aéroport puisse se trouver sur le pied de guerre, à la suite d’une alerte.

« Ces fouilles seraient plus compréhensibles si on venait d’arriver, des fois qu’on serait porteurs de produits explosifs ou de substances nuisibles à la population ; mais, là, au départ, ils ont peur de quoi ? Qu’on fasse sauter un avion, certainement plein d’étrangers… Question de réputation ? ». Il est vrai tenta-t-il de se rassurer, que cet aéroport passait pour être un des plus sûrs au monde, si ce n’est le plus sûr.

Il se mit alors à observer les employés chargés du ménage. « Celle-là passe plus de temps à regarder autour d’elle qu’à balayer », remarqua-t-il, avant de constater qu’elle n’était pas la seule dans ce cas.

Il se dit qu’Israël, qui a quelques raisons de se considérer en état de guerre, pouvait fort bien immerger des agents de ses services secrets parmi le personnel de nettoyage de l’aéroport. D’autant que ce pays affichait à la face du monde un art consommé en matière de sécurité, espionnage et autres services spéciaux.

Le passager, qui n’avait pas grand-chose à craindre d’une exploration de ses bagages, souhaitait juste extraire sa personne de ce pays au plus vite.

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