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Couverture du roman Mon professeur

Mon professeur

À 21 ans, Léa Martin intègre enfin la prestigieuse Sorbonne. Entre petits boulots et études acharnées, elle a toujours sacrifié sa vie sociale. Sa rencontre avec Camille, sa colocataire exubérante, change la donne en lui faisant découvrir les fêtes et l'amitié. Pourtant, un secret pèse sur Léa : elle éprouve des sentiments interdits pour Gabriel Dumont. Non seulement cet homme est le frère aîné de Camille, mais il est aussi son propre professeur de littérature.
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Chapitre 2

L'évidence troublante

Léa s'efforçait de paraître naturelle, mais chaque fibre de son être était tendue. Elle savait que Gabriel était là, à quelques mètres derrière elle, et cette seule pensée suffisait à rendre l'atmosphère presque irrespirable.

Camille, trop occupée à raconter une anecdote hilarante sur l'un de ses professeurs, ne remarqua rien. Mais Julien, lui, semblait capter l'infime tension qui crispait les épaules de Léa.

- T'es sûre que ça va ? demanda-t-il en se penchant légèrement vers elle.

- Oui, oui, assura-t-elle en forçant un sourire.

Elle avala une gorgée de son cocktail pour s'occuper les mains, espérant que l'alcool adoucirait le tumulte intérieur qui menaçait de l'engloutir.

Mais alors qu'elle levait à peine les yeux, son regard croisa celui de Gabriel.

Il n'y avait ni sévérité ni distance cette fois-ci. Juste un éclat indéchiffrable dans ses prunelles sombres. Comme s'il analysait, mesurait quelque chose. Une curiosité dangereuse, ou peut-être une alerte silencieuse.

Léa détourna aussitôt le regard, le cœur battant.

Pourquoi fallait-il qu'il soit là, ce soir, précisément ce soir ? Dans cet espace qui, pendant un instant, lui avait semblé être une bulle d'insouciance loin des contraintes académiques, loin de cette frontière infranchissable entre eux.

- Léa !

Elle sursauta, ramenée brutalement à la réalité par Camille qui l'observait, sourcils froncés.

- À quoi tu rêves ?

- À rien, désolée, répondit-elle précipitamment.

- Viens danser !

Camille l'attrapa par la main sans lui laisser le choix.

La piste improvisée au fond du bar était bondée, les corps en mouvement se frôlaient au rythme d'une musique entraînante. Léa se laissa happer par l'ambiance, tentant d'oublier ce qu'elle venait de ressentir.

Mais à chaque pas, elle savait qu'un regard la suivait.

Gabriel n'était pas venu pour elle. Mais il était là. Et ce simple fait suffisait à troubler tous ses repères.

Quand elle osa enfin jeter un coup d'œil furtif dans sa direction, elle vit qu'il ne regardait plus dans sa direction. Il discutait avec son collègue, comme si de rien n'était.

Comme si elle n'était rien.

Une bouffée d'émotions contradictoires la saisit. Un soulagement, mêlé à une frustration qu'elle ne voulait pas nommer.

Et c'est là qu'elle comprit.

Ce n'était pas juste un trouble passager. Ce n'était pas une fascination éphémère.

Gabriel Dumont la perturbait d'une manière qu'elle n'avait jamais connue.

Et c'était terrifiant.

Un jeu dangereux

Léa aurait voulu fuir. Quitter cette soirée, s'enfermer dans sa chambre et prétendre que rien de tout cela n'était arrivé. Mais Camille dansait à ses côtés, insouciante et lumineuse, et Léa savait qu'elle ne pouvait pas gâcher ce moment pour elle.

Alors elle tenta de s'oublier dans la musique.

Elle ferma les yeux, laissant le rythme guider ses mouvements. Elle voulait se fondre dans la foule, se persuader que son cœur ne battait pas plus vite à cause d'un regard, d'une présence.

Mais elle le sentit avant même de le voir.

Gabriel s'était approché.

Elle ouvrit les yeux et son regard croisa le sien. Pas un regard professoral, pas une expression distante et neutre. Juste quelque chose d'indéchiffrable, une tension silencieuse qui s'accrochait entre eux comme une corde trop tendue, prête à se rompre.

Il ne dansait pas. Il se tenait juste là, en retrait, un verre à la main, échangeant quelques mots avec son collègue. Mais c'était comme si tout dans son langage corporel criait qu'il était conscient d'elle.

Léa détourna la tête, essayant d'ignorer cette impression. Pourtant, chaque mouvement, chaque respiration lui semblait plus lourde, plus chargée de sens.

- Il est pas censé être ton prof, lui ? lança Élodie en haussant un sourcil, une lueur amusée dans le regard.

Léa sursauta.

- Quoi ?

- Gabriel Dumont. C'est bien ton prof de littérature, non ?

- Oui, bien sûr... pourquoi ?

- Parce qu'il te regarde comme si t'étais un problème qu'il aimerait bien résoudre, murmura Élodie en sirotant son verre.

Léa sentit la chaleur lui monter aux joues.

- Tu te fais des idées.

- Peut-être, sourit Élodie. Mais je doute.

Léa secoua la tête, agacée contre elle-même. Elle ne devait pas laisser son esprit divaguer. Gabriel était un professeur, un homme mature et réfléchi. Ce qu'elle ressentait n'était qu'une stupide attirance née du charisme naturel qu'il dégageait.

Elle se força à continuer la soirée normalement, riant aux blagues de Camille, discutant avec Julien et les autres. Pourtant, malgré tous ses efforts, elle n'arrivait pas à se débarrasser de cette impression oppressante.

Et lorsque, plus tard dans la nuit, elle se dirigea vers les toilettes, elle sentit une présence derrière elle.

Elle n'eut pas besoin de se retourner pour savoir qui c'était.

- Léa.

Sa voix était calme, posée.

Elle s'arrêta, inspira profondément, puis fit face.

Gabriel se tenait là, à quelques pas, les mains dans les poches. Son regard était indéchiffrable, mais il n'y avait plus de masque d'indifférence.

- Ce n'est pas une bonne idée, murmura-t-il.

Léa sentit un frisson lui parcourir l'échine.

- De quoi parlez-vous ? demanda-t-elle, la voix plus faible qu'elle ne l'aurait voulu.

- De ce jeu.

Elle aurait voulu protester, nier, prétendre qu'elle ne comprenait pas. Mais elle savait exactement ce qu'il voulait dire.

Leur regard échangé, cette tension sourde qui les liait malgré eux.

Gabriel Dumont était un homme intelligent. Et il venait de poser la première limite.

Mais ce qui effrayait le plus Léa, c'était qu'elle n'était pas certaine de vouloir la respecter.

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