
Mon mari de la mafia
Chapitre 3
Leur première rencontre avait été une explosion, un de ces instants où tout semble se figer autour de deux personnes. Il était brillant, charismatique, et terriblement séduisant. Elle s'était jetée à corps perdu dans cette relation, ignorant les petits drapeaux rouges qui se dressaient peu à peu. Les colères soudaines. Les mots durs déguisés en "conseils". Les excuses répétées, toujours trop bien formulées pour son propre bien.
Elle se rappela de ce soir où tout avait basculé. Ils étaient dans leur appartement à Trastevere, un quartier qu'elle avait adoré avant qu'il ne devienne sa prison. Une dispute avait éclaté, encore une fois pour une raison insignifiante. Mais cette fois, la colère de Luca n'avait pas été seulement verbale. Elle avait vu sa main se lever, rapide comme un éclair, et elle avait su à cet instant qu'elle devait partir.
Son souffle se fit plus court en repensant à cette nuit où elle avait quitté l'appartement avec seulement un sac et l'espoir ténu d'une nouvelle vie. Mais les cicatrices de cette relation étaient restées, invisibles mais bien réelles, la rongeant à chaque instant.
Un bruit léger la sortit de ses pensées. Quelqu'un venait de passer devant la fenêtre, une ombre fugace dans la pénombre. Elle se redressa brusquement, mais il n'y avait rien, juste le silence du soir.
Pour se changer les idées, elle décida de sortir. L'air frais de Monteverdi lui ferait du bien, pensa-t-elle.
Le bar du village était une petite bâtisse simple mais accueillante. L'intérieur sentait le bois ciré et le vin. Marco, le barman, était derrière le comptoir, une cigarette éteinte coincée entre ses doigts, bien qu'il sache parfaitement qu'il était interdit de fumer à l'intérieur.
- « Eh, mais voilà la Moretti ! » lança-t-il en la voyant entrer, un sourire moqueur aux lèvres. « Ça fait un bail, hein ? T'es revenue pour rénover la vieille bicoque ou juste pour nous rappeler à quoi tu ressembles ? »
Elena sourit malgré elle. Marco avait toujours eu ce don de mettre les gens à l'aise avec ses remarques sarcastiques.
- « Peut-être un peu des deux, » répondit-elle en s'asseyant au comptoir.
Il lui servit un verre de vin rouge sans qu'elle ait besoin de demander.
- « Alors, comment tu trouves le village ? Ça n'a pas trop changé, si ? » demanda-t-il, s'appuyant sur le comptoir.
Elena haussa les épaules.
- « Pas vraiment. Les mêmes rues, les mêmes collines. Mais les gens, eux, semblent un peu... différents. »
Marco éclata de rire.
- « Ah, ça, c'est sûr ! Les gens changent, ou alors ils deviennent juste plus eux-mêmes, tu vois ce que je veux dire ? Regarde les Mancini. Sophia est devenue une vraie langue de vipère, si tu veux mon avis. Et les Ricci, eux... eh bien, disons qu'ils aiment toujours autant se mêler de ce qui ne les regarde pas. »
Le cœur d'Elena se serra à la mention des Ricci, mais elle fit semblant de ne pas réagir.
- « Les Ricci ? Ils sont si influents que ça ? »
Marco haussa les sourcils, amusé.
- « Influents ? Ma chère, ils contrôlent pratiquement tout ici. Les terres, les affaires... Et Damiano, le fils prodige, il est pire que son père. Un vrai requin, ce gars-là. »
Elena but une gorgée de vin pour masquer son trouble.
- « Tu sembles bien informé, » dit-elle avec un sourire.
- « C'est mon boulot, ma chère. Les gens viennent ici, ils boivent, ils parlent. Et moi, j'écoute. »
Il lui lança un clin d'œil avant de s'éloigner pour servir un autre client, la laissant seule avec ses pensées.
Quand Elena rentra chez elle, il faisait nuit noire. Elle monta les marches du perron, fatiguée mais apaisée par sa soirée. Le silence de la maison l'accueillit, mais cette fois, il lui parut moins oppressant.
Elle referma la porte derrière elle et se dirigea vers le salon, prête à reprendre la lecture du carnet de son père. Mais en arrivant près du canapé, elle s'arrêta net.
Une enveloppe blanche était posée sur la table basse, là où elle était certaine de ne pas l'avoir laissée. Son cœur accéléra. Elle se pencha pour la ramasser.
L'enveloppe ne portait aucun nom, aucun sceau. Seulement une feuille pliée à l'intérieur. Elle l'ouvrit avec des doigts tremblants et lut les mots qui y étaient inscrits :
« La vérité sur ton père est plus proche que tu ne le crois. »
Elena sentit son estomac se nouer. Qui avait laissé cette lettre ? Et surtout, que savaient-ils exactement ?
Le silence qui pesait sur Monteverdi n'était jamais complet. Même en pleine nuit, on pouvait entendre les grillons et, parfois, le souffle du vent qui glissait entre les collines. Elena avait à peine dormi après avoir découvert la lettre. Le papier, maintenant froissé, restait posé sur la table basse, comme un rappel silencieux qu'elle n'était pas seule. Quelqu'un savait quelque chose.
Au petit matin, elle prit une décision : elle n'allait pas laisser la peur l'immobiliser. Elle devait comprendre ce qui se passait, et cela commençait par mettre de côté les ombres de la veille pour affronter les mystères du jour.
Le village s'éveillait doucement lorsqu'elle quitta la maison. Sur la place principale, les premières conversations s'entendaient, pleines d'intonations typiques des commérages. Non loin, elle aperçut Nonna Pia, toujours fidèle à sa routine, qui arrangeait des fleurs fraîches devant son porche.
Mais son attention fut soudain attirée par des éclats de voix.
Devant la petite mairie du village, Damiano Ricci se tenait face à un homme qu'Elena reconnut aussitôt : Lorenzo Mancini, le cousin de Sophia. Lorenzo avait toujours eu une allure impeccable, mais derrière son sourire poli se cachait une arrogance glaciale.
- « Ne me fais pas la leçon, Damiano, » lançait Lorenzo, sa voix tranchante. « Tu sais très bien que ces terres n'ont jamais été les tiennes. C'est toi qui trahis l'héritage de Monteverdi. »
Damiano, les bras croisés, paraissait plus calme, mais un éclat de colère brillait dans son regard.
- « Tu crois que ton petit jeu m'impressionne ? Les Mancini n'ont rien fait pour ces terres depuis des années. Tu préfères les vendre au plus offrant plutôt que de respecter ce qu'elles représentent. »
Lorenzo ricana, mais c'était un rire sans chaleur.
- « Et toi, tu respectes quoi, Damiano ? Tes mains sont aussi sales que les miennes, peut-être même plus. Alors ne viens pas jouer au saint devant moi. »
Un frisson parcourut Elena. Le ton de leur échange ne laissait aucun doute : il y avait quelque chose de profond, d'ancien, qui les opposait. Les regards des quelques villageois présents oscillaient entre fascination et malaise, mais personne n'intervenait.
- « Je ne vais pas perdre mon temps à discuter avec toi, » finit par dire Damiano, un mépris visible dans sa voix. Il tourna les talons et s'éloigna à grandes enjambées, laissant Lorenzo derrière lui, visiblement satisfait.
Elena hésita un instant avant de suivre Damiano.
- « Damiano, attends ! »
Il s'arrêta, sans se retourner tout de suite. Puis, lentement, il pivota vers elle, son expression fermée.
- « Quoi encore ? » demanda-t-il sèchement.
Elena s'arrêta à quelques pas de lui, cherchant ses mots.
- « Qu'est-ce qui se passe avec Lorenzo ? Pourquoi cette dispute ? »
Damiano soupira, visiblement agacé.
- « Tu ferais mieux de rester en dehors de ça, Elena. Ce n'est pas ton problème. »
Elle fronça les sourcils, piquée par son ton.
- « C'est peut-être vrai, mais je veux comprendre. Tu parles d'héritage, de trahison... Ça semble lié à mon père d'une certaine manière. »
Son regard changea légèrement, un mélange d'étonnement et de suspicion.
- « Ton père... Antonio Moretti. »
Elena hocha la tête.
- « Tu le connaissais ? »
Damiano hésita, mais avant qu'il ne puisse répondre, une voix familière les interrompit.
- « Elena ! »
Nonna Pia se tenait non loin, agitant la main pour attirer son attention.
- « Excuse-moi, » dit Elena à Damiano, qui se contenta d'un hochement de tête avant de s'éloigner.
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