
Mon ex pleure après mon mariage sacré
Chapitre 3
« En plus, Juliette est bien plus faite que toi pour porter une robe aussi raffinée. »
Juliette, de dos, affichait un air hautain qu'elle ne cherchait même pas à dissimuler.
Mais ses mots se voulaient humbles :
« Mademoiselle Girard, si vous ne voulez pas me la prêter, ce n'est pas grave… Cette robe est si élégante, elle ne convient pas à quelqu'un d'aussi insignifiant que moi. »
« Ne dis pas n'importe quoi. Comment la femme que j'aime pourrait-elle être insignifiante ? Et Clémence, elle aussi n'a que ses parents pour se tenir droite. Elle n'a rien de si noble. »
Gabriel Lemoine a lâché cette phrase cinglante sans hésiter, puis a tendu la robe au maître tailleur.
Mais celui-ci, impassible, attendait toujours mes instructions.
Depuis des générations, notre famille, les Girard, était la plus fidèle et influente cliente de cette maison.
Son silence a mis Gabriel hors de lui.
« Tu… »
« Si Mademoiselle Primot la veut, alors qu'elle la prenne. »
Je l'ai interrompu.
Gabriel a enfin semblé se calmer un peu.
« Puisque tu montres enfin un peu de bon sens… Après le mariage, je pourrais t'accorder un dîner par mois. »
Il disait ça comme s'il m'offrait une aumône, une miette de sentiment, par pure pitié.
C'est à cet instant que j'ai compris. Depuis qu'il avait découvert que la famille Girard était la première parmi les grandes familles, tandis que les Lemoine étaient relégués hors du top dix, son attitude envers moi avait changé.
Autrefois, je l'aimais justement pour sa jeunesse rebelle, sa façon de voir les gens sans les mesurer à leur compte en banque.
Mais depuis, il n'avait cessé de me parler avec mépris, me reprochant de m'appuyer sur ma famille, me rabaissant sans cesse. Parce qu'il savait que je l'aimais, il se permettait de dire les pires choses.
Au fond, il était juste complexé.
En réalisant cela, un sourire m'est soudain venu aux lèvres.
« Gabriel Lemoine… Qui t'a dit que c'est toi que je comptais épouser ? »
Gabriel a esquissé un sourire dédaigneux, comme si je venais de raconter la blague du siècle.
« Depuis l'enfance, tu me cours après en me disant que tu m'aimes. Chaque année, ton vœu d'anniversaire, c'était de m'épouser à tes vingt ans. »
« Et maintenant que tu as enfin vingt ans, tu voudrais épouser un autre homme ? Tu n'y crois pas toi-même. »
Juliette, blottie dans les bras de Gabriel, s'est moquée à son tour :
« Quoique… Avec le statut des Girard, tous les héritiers du pays doivent se battre pour l'épouser. »
Gabriel a ri doucement :
« Même si tous les héritiers du monde veulent l'épouser, elle ne voudra être que ma femme. »
Ils se sont retournés, satisfaits, et ont quitté la boutique.
Juste avant de franchir la porte, Gabriel a lancé au tailleur :
« Envoyez la robe chez moi une fois modifiée. Et ces boutons de manchette ridicules, refaites-les en forme carrée. Et surtout — pas de gravure. »
Le maître artisan a fixé son dos qui disparaissait, puis a poussé un long soupir.
« Mademoiselle Girard… que dois-je faire ? »
« Si elle veut la robe, qu'elle la prenne. Ça me donne une bonne excuse pour en créer une nouvelle. »
Je me suis rassise pour continuer à dessiner.
« Quant aux boutons de manchette, ignorez-le. Ce n'est pas lui, le fiancé. Il n'a rien à dire. »
Le soir, j'étais invitée à une fête d'anniversaire.
En milieu de soirée, Juliette Primot est arrivée, comme toujours, en retard, escortée par les gardes du corps de Gabriel.
L'un d'eux tenait un sac plastique, qu'il a posé à mes pieds.
« Mademoiselle Girard, vous deviez être impatiente… Je comptais vous rendre la robe après le concert, mais Gabriel a insisté pour que je reste un peu dans la voiture avec lui… »
« Enfin bon, vous êtes connue pour votre grandeur d'âme, alors je suppose que ça ne vous dérangera pas ? »
J'ai baissé les yeux.
La robe de trois cent mille euros était là, froissée, comme une serpillière jetée en boule.
Et sur le tissu… des traces blanches, qui ne laissaient aucun doute.
Autour de moi, certains se sont indignés. D'autres se sont contentés de savourer le spectacle.
« Elle l'aime tellement qu'elle encaisse tout sans broncher… »
« Ça lui sert à quoi, son amour ? Gabriel n'a jamais aimé qu'une seule femme : Juliette. »
« Cette Clémence Girard, unique héritière des Girard, se rabaisse comme ça… À ce rythme, le groupe Girard portera bientôt le nom des Lemoine. »
J'ai détourné le regard, refusant de fixer l'horreur du sac.
Puis j'ai fait signe à un serveur.
« Jetez ça. Si Mademoiselle Primot aime cette robe, alors tant mieux pour elle. »
Mon ton était si calme que sa tentative de provocation s'est écrasée comme un coup de poing dans du coton.
Juliette a serré les poings avec rage et est allée s'asseoir à sa place, à la dernière table.
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