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Couverture du roman Mon ex-fiancé a volé mes rêves

Mon ex-fiancé a volé mes rêves

Durant dix ans, j'ai sacrifié mes ambitions pour porter la carrière de Damien Valois, mon fiancé et architecte de renom. À l'aube de notre mariage, la trahison éclate : il attribue mes projets à une stagiaire et pille mes recherches. Humiliée par lui et rejetée par ma propre famille, je réalise n'avoir été qu'un outil à sa réussite. Après une ultime gifle, j'efface toute trace de mon génie de sa vie. Je pars pour Saint-Étienne, prête à bâtir enfin mon propre destin.
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Chapitre 2

Le clic numérique du bouton « envoyer » a résonné dans mes oreilles, plus fort que n'importe quelle parole aurait pu l'être. Il scellait mon refus, un défi que je ne me savais pas capable de relever. J'ai fermé l'application de messagerie, le souffle court, un étrange mélange de terreur et d'exaltation bouillonnant en moi. Il n'y avait plus de retour en arrière possible.

J'ai traversé l'appartement, un fantôme dans ma propre vie, bientôt ancienne. Chaque objet que je possédais, chaque trace de Clara Lemoine, était systématiquement effacé. Les quelques vêtements qu'il me restait, déjà pliés dans des valises. Mes croquis d'architecture, ceux qu'il n'avait pas revendiqués, étaient roulés et rangés. C'était facile, presque trop facile, de faire tenir ma vie dans quelques cartons. Une vérité froide et dure m'a alors frappée : je n'avais pas laissé une grande marque dans sa vie. J'étais une locataire, pas une propriétaire. Une ombre, pas une présence. Il ne remarquerait même pas mon départ avant que le café n'arrête d'apparaître sur son bureau, ou que son emploi du temps ne s'effondre mystérieusement.

J'avais déjà contacté un agent immobilier. L'appartement, acheté principalement avec l'argent de Damien, serait vendu. Ma part, une maigre fraction, suffirait pour repartir à zéro. « Vendez tout », avais-je dit à l'agent, la voix dénuée d'émotion. « Je ne veux plus rien. »

Ma mutation était approuvée, mais il y avait une semaine de chevauchement. Un mal nécessaire, un délai administratif avant que je puisse vraiment disparaître. Je devais rester à Lyon encore quelques jours, prisonnière de mon propre récit en ruines.

La tempête a éclaté ce soir-là. La pluie s'abattait contre les fenêtres, le tonnerre grondait comme un dieu en colère. Mon téléphone a de nouveau vibré, un rythme frénétique contre le battement silencieux de mon cœur. Damien.

*On est rentrés. Le temps est dingue. Chloé est frigorifiée. Où es-tu ?*

« Chloé est frigorifiée. » Les mots ont transpercé la froide résolution que j'essayais de construire autour de moi. Toujours Chloé. Toujours quelqu'un d'autre. Je me suis souvenue d'une nuit similaire, des années auparavant. Un blizzard monstre avait paralysé la ville. J'étais coincée au bureau, travaillant sur un projet urgent dont Damien avait besoin pour une présentation de dernière minute. Il avait appelé de son appartement chaud : « Clara, tu t'en sors ? J'ai besoin de ces rendus pour demain matin. » Pas « Tu vas bien ? » Pas « Je peux t'envoyer une voiture ? » Juste le travail. Le projet. Moi, l'outil.

J'avais travaillé toute la nuit, le vent hurlant dehors, le chauffage du bureau fonctionnant à peine. Mes doigts s'étaient engourdis, mes dents claquaient, mais j'avais tenu bon. J'avais livré. Quand il avait vu le produit fini, il avait simplement hoché la tête. « Bon travail, Clara. Maintenant, va te reposer. » Aucune chaleur, aucune gratitude, juste une reconnaissance superficielle d'une tâche accomplie. La douleur de ce souvenir était une douleur sourde.

Je serrai mon téléphone, les jointures de mes doigts blanches. Je ne répondrais pas. Pas cette fois. Je ne serais pas la Clara fiable et toujours présente qui laissait tout tomber pour satisfaire ses caprices. Cette femme était partie. Ou du moins, elle essayait de l'être.

Le lendemain matin, je me suis retrouvée dans la grande salle de conférence du cabinet. Une célébration obligatoire pour la réussite du projet des quais. Le dernier triomphe de Damien. Je me suis glissée discrètement, choisissant une place au fond, espérant me fondre dans le décor. J'étais un fantôme à ma propre veillée funèbre.

Damien et Chloé étaient au centre de tout, baignant dans la lueur du succès et de l'admiration. Il avait l'air revigoré, plus beau que jamais dans son costume impeccablement taillé, un sourire confiant aux lèvres. Chloé, vibrante et effervescente dans une robe rouge vif, s'accrochait à son bras, son rire résonnant un peu trop fort dans la pièce. Ils ressemblaient à un couple triomphant, les architectes du futur. Je les regardais, une douleur sourde dans la poitrine, un sentiment de profond détachement s'installant en moi. Ils formaient un tableau, et je n'étais qu'une spectatrice.

« Clara ! » La voix de Chloé, étonnamment aiguë, a percé la foule. Ma tête s'est relevée d'un coup. Elle me regardait droit dans les yeux, une lueur malicieuse dans le regard. « Te voilà ! Damien et moi parlions justement de toi. Alors, à propos d'hier soir… tu as vraiment laissé Damien en plan à l'aéroport ? Dans cette tempête ? » Son ton était léger, mais il y avait un défi sous-jacent, une accusation à peine voilée de négligence.

Tous les yeux se sont tournés vers moi. Les chuchotements ont commencé, un faible bourdonnement de curiosité et de jugement. J'ai senti la chaleur familière monter à mes joues, mais cette fois, elle était mêlée d'un autre type de feu. La colère.

« J'avais d'autres engagements, Chloé », dis-je, la voix stable, bien que mon cœur martelât contre mes côtes. J'ai soutenu son regard, refusant de ciller. « Mon temps personnel m'appartient. »

Damien, qui riait un instant auparavant, se figea. Ses yeux, habituellement si impassibles, s'écarquillèrent légèrement en me regardant. C'était une lueur de surprise sincère, peut-être même de confusion. Il n'avait jamais vu cette Clara-là. Celle qui disait ce qu'elle pensait, qui posait des limites. Celle qui n'avait pas peur de dire non.

J'ai alors réalisé qu'il me voyait, non pas comme une personne avec une vie propre, mais comme une extension de lui-même. Une extension très efficace et parfaitement organisée, conçue pour rationaliser son existence. Il s'attendait à ce que je sois là, toujours. Pour anticiper, pour faciliter, pour résoudre. J'étais son outil indispensable. Et les outils n'ont pas d'« autres engagements ». Ils n'ont pas de temps personnel.

Après la réunion, alors que je rassemblais mes maigres affaires de mon bureau, une ombre s'est abattue sur moi. Damien. Il se tenait là, grand et imposant, son aura habituelle de détachement froid maintenant teintée d'une subtile irritation. « Clara, » dit-il, la voix basse, « c'était quoi, tout ça ? Chloé essayait juste d'être amicale. »

Je me suis tournée pour lui faire face, mon expression vide. « Vraiment ? » Ma voix était plate, dépourvue de la chaleur qu'elle avait toujours eue pour lui.

« Tu es déraisonnable, » continua-t-il en passant une main dans ses cheveux sombres. « Je sais que les choses ont été mouvementées avec le projet, et l'organisation du mariage… mais tu ne peux pas simplement abandonner tes responsabilités. J'avais besoin de toi hier soir. Et les dossiers pour le prochain appel d'offres ? C'est un désordre monstre. J'ai besoin que tu les ranges avant de partir pour Saint-Étienne. »

Mes yeux se sont rétrécis. « Mes responsabilités ? » Les mots étaient un écho amer de toutes les années où j'avais porté ses fardeaux. « Damien, » dis-je, utilisant son nom complet pour la première fois dans une dispute, la formalité contrastant vivement avec l'adresse intime que j'utilisais autrefois, « mes responsabilités envers toi ont pris fin au moment où j'ai réalisé que je n'étais qu'une assistante dessinatrice glorifiée, une assistante personnelle et une femme de ménage à domicile, tout en un, avec une bague au doigt en guise de gage de ta culpabilité. »

Il a tressailli. L'irritation désinvolte a disparu, remplacée par une incrédulité stupéfaite. Sa bouche s'est ouverte, puis s'est refermée. Il me regardait comme s'il voyait une étrangère. Et peut-être que c'était le cas. L'ancienne Clara, celle qu'il connaissait, celle qui aurait silencieusement absorbé ses affronts et rationalisé sa négligence, était partie.

« Je ne suis plus ta fiancée, » déclarai-je, la voix claire et stable, les mots résonnant dans le bureau silencieux. « Et je ne suis certainement plus ton assistante. Nos fiançailles sont rompues. »

Il me dévisagea, le visage exsangue, comme si je venais de prononcer une langue étrangère. Le silence s'étira, épais et suffocant, entre nous.

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