
Mon Épouse, Mon Miracle Affamé
Chapitre 3
Le lycée n'a pas beaucoup changé les choses. La faim était toujours là.
Pour survivre, j'ai développé une nouvelle compétence : je suis devenue une experte en pain rassis. Je savais exactement où les boulangeries jetaient leurs invendus. Je savais comment gratter la moisissure pour récupérer la partie encore comestible.
Le pain rassis trempé dans l'eau de la fontaine de l'école était mon repas de base. Ce n'était pas bon, mais ça remplissait mon estomac.
Un jour, une fille de ma classe, Sophie Moreau, s'est assise à côté de moi à la cantine. Je n'avais rien sur mon plateau, comme d'habitude.
Elle m'a regardée avec pitié.
« Tu n'as pas faim ? »
J'ai secoué la tête, le regard fixé sur mon livre. La fierté était la seule chose qu'il me restait.
Sophie a poussé son plateau vers moi. Il y avait une portion de frites et une cuisse de poulet.
« Tiens, je n'ai pas très faim aujourd'hui. Finis pour moi, sinon ça va être jeté. »
Je la regardais, méfiante. Personne n'avait jamais été gentil avec moi sans rien attendre en retour. Mais l'odeur du poulet était trop forte.
J'ai mangé. J'ai mangé vite, sans lever la tête, sentant les regards des autres sur moi. C'était délicieux et humiliant à la fois.
Sophie a fait ça plusieurs fois. Elle trouvait toujours une excuse : « J'ai trop mangé ce matin », « Je n'aime pas le poisson pané ».
Je savais qu'elle mentait. Je savais qu'elle le faisait pour moi. J'étais reconnaissante, mais je détestais cette dépendance. Je ne voulais pas de sa pitié. Je voulais mon propre poulet, acheté avec mon propre argent.
L'idée a germé dans mon esprit. Si je ne pouvais pas gagner de l'argent, je devais en prendre.
Ma mère cachait parfois de l'argent dans une vieille boîte à thé au-dessus de l'armoire de la cuisine. C'était l'argent pour les « urgences ».
J'ai attendu le bon moment. Un soir où elle était de bonne humeur après avoir regardé son feuilleton préféré.
J'ai grimpé sur une chaise, le cœur battant. J'ai ouvert la boîte. Il y avait plusieurs billets. J'ai pris seulement un billet de cinq euros. Juste assez pour un repas décent.
Le lendemain, à la pause déjeuner, je suis allée à la friterie en face du lycée. J'ai commandé une barquette de frites et une saucisse. L'odeur était enivrante.
J'ai mangé lentement, savourant chaque frite, chaque morceau de saucisse. C'était le meilleur repas de ma vie, parce que c'était le mien. Payé par mon courage, ou ma malhonnêteté, peu importe.
Je suis rentrée à la maison ce soir-là avec un sentiment de triomphe.
Mais le triomphe a été de courte durée.
Ma mère était assise dans la cuisine, le visage fermé. La boîte à thé était sur la table, ouverte et vide.
Elle m'attendait.
« Où est l'argent ? » sa voix était glaciale.
Je n'ai rien dit.
« Je te demande où est l'argent, Chloé ! »
Elle s'est levée. Mon père était dans un coin, comme un fantôme. Lucas était derrière elle, un sourire cruel sur les lèvres.
« C'est encore toi, la voleuse. Tu ne changeras donc jamais. »
Elle s'est approchée de moi. Je n'ai pas reculé.
Sa main a frappé ma joue. Une fois. Deux fois. La douleur a explosé dans mon crâne.
« Vas-tu parler ? »
J'ai goûté le sang dans ma bouche. J'ai secoué la tête.
Elle a attrapé mes cheveux et m'a traînée dehors, sur le petit palier devant notre porte. Les voisins ont ouvert leurs portes pour regarder le spectacle.
« Regardez tous ! Regardez cette voleuse ! C'est ma fille, et elle vole sa propre mère ! »
Elle m'a poussée à genoux. L'humiliation était pire que les coups.
« Demande pardon ! »
Je suis restée silencieuse.
Elle m'a frappée encore, avec le dos de la main cette fois. Mon corps s'est écroulé sur le sol froid.
Je suis restée là, allongée sur le palier, pendant ce qui m'a semblé une éternité. Les portes se sont refermées. Le spectacle était terminé.
Ma mère est rentrée en claquant la porte, me laissant dehors.
Le froid du carrelage s'infiltrait dans mes vêtements. Ma joue était enflée et douloureuse. Mais curieusement, la seule chose à laquelle je pensais, c'était le goût de la saucisse.
Je me suis dit que ça valait le coup. Oui, ça valait vraiment le coup.
J'ai souri, malgré la douleur. Je n'avais pas de remords. Juste une certitude : la prochaine fois, je ne me ferais pas prendre.
C'était une leçon. Une leçon chère, mais une leçon utile. La survie a un prix. Et j'étais prête à le payer.
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