
Mon enfant secret
Chapitre 2
J'ai compris que Dubois était très riche. Je n'étais pourtant pas préparée à la vision d'opulence qui s'offrait à moi et lorsque j'aperçois au bout de la longue allée en courbe le…comment appelle-t-on cela ? Le manoir ?
Sortie dans un sublime domaine, protégé du grondement de la circulation par un bosquet de pins, la demeure défiait toute description avec ses murs en stucs d'un blanc lumineux, ses élégantes proportions et son toit de tuiles aussi bleue que le ciel athénien des cartes postales. D'immenses fenêtres s'ouvraient sur des vastes terrasses, ombragées par des vérandas croulant sur la vigne vierge. Il ya une grande fontaine dans l'avant-cour, des pains sur les pelouses et quelque part du côté de la mer, retentissent les aboiements d'un chien.
Je n'ai guère le temps de m'extasier. Dès que la voiture fait à l'arrêt devant un portail à double vantail, celui-ci s'ouvre et un homme d'âge mûr apparaît. Il pilote une chaise roulante aux antipodes du modèle spartiate gracieusement fourni par l'aéroport. Il s'agit sûrement dû majordome dévoué, Alex.
Dubois m'a souvent parlé de lui avec beaucoup d'affection. Il était suivi par un tout jeune homme qui sort les bagages du coffre tandis que Durand et le majordome installent le convalescent sur le chaise. Dubois accusant la fatigue avait le visage cendreux, les traits tirés. Durant lui-même était inquiet.
- Pouvez-vous faire quelque chose ? Me demande-t-il en retenant en arrière alors que Alex poussait la voiture de son maître dans le vestibule.
- Lui donner un sédatif et lui laisser prendre du repos. Le voyage a été très éprouvant pour lui.
- Je n'ai pas l'impression qu'il était en état de se déplacer en ce moment.
- Ce n'était effectivement pas le cas. Étant donné son âge et la sévérité de son ostéoporose, il aurait dû rester à l'hôpital une semaine de plus. Mais il a voulu rentrer. Il n'y a pas eu moyen de le faire changer d'avis.
- Un entêtement surprenant de sa part, ironise Durand en se débarrassant de sa veste en cuir. Dois-je convoquer son médecin ?
- Demain matin oui. Il faut renouveler son ordonnance. Je n'ai qu'à emporter le strict minimum. Il y a juste assez de médicaments pour lui permettre de passer la nuit.
Je m'efforce de garder contenance, bien que Durand était si près de moi que je perçois presque la chaleur de son corps. Me dépassant, je saisis mon sac de voyage au milieu des bagages entassés dans l'entrée.
- Si vous pouvez me conduire à sa chambre…je dois m'occuper de lui.
Durand m'amène à l'arrière de la maison dans un ensemble de pièces du rez-de-chaussée comptant un salon et une chambre. Les doubles fenêtres s'ouvrent sur un patio Clos de murets, donnant sur les jardins et la mer. Dubois penché en avant, se repaît du spectacle en dépit de la brume qui envahissait blé ciel à l'approche de l'orage.
- Il y a quelques années, il a fait convertir en appartement privé cette partie de la maison, m'explique Durand. Il n'était plus assez en forme pour grimper l'escalier.
- Et le lit médicalisé ? Demandai-je en jetant un coup d'œil vers la chambre.
- Il a été installé hier. Mon père fera la moue mais c'est plus commode que son habituel pour le moment.
- Vous avez bien fait, il sera plus alaise. Au demeurant, à l'exception des nuits, il y passera le moins de temps possible.
- Pourquoi ?
- Plus il se donnera d'activité, plus il aura plus de chance de remarcher, même si…
- Même si..? Je vous écoute. Que voulez-vous dire ? insiste Durand. Tout à l'heure, vous affirmez qu'il se remettrait.
J'hésite, retenue par le secret professionnel. Mais Durand, en tant que membre de la famille, doit être mis au courant de la situation de son père. D'ailleurs, si je fais certaines informations, cela pourra avoir des conséquences néfastes sur la convalescence de son père.
- Que savez-vous de l'état de santé de votre père ?
- Uniquement ce qu'il consent à m'apprendre. Autrement dit, pas grand chose.
J'aurais dû m'en douter. « Inutile d'avertir mon fils » avait décrété Dubois lorsqu'on avait voulu prévenir Durand de son état de santé. « Il s'occupe de ses affaires et moi des miennes ». Durand me cloue sur place avec son regard vert si déstabilisant.
- Me cachez-vous quelque chose Chelsea ? Est-il mourant ?
- Nous allons tous mourir un jour ou l'autre non?
- Ne jouez pas au plus fin avec moi. Je vous ai posé une question si simple. Alors répondez-y simplement.
Dubois m'épargne finalement l'obligation d'obtempérer en lançant d'un ton irascible :
- Dites donc vous deux! Qu'est-ce c'est que ces messes basses?
- Votre fils suppose que vous n'appréciez peut-être pas votre nouveau lit. Vous allez penser qu'il se mêle de ce qui ne le regarde pas.
- Exact ! C'est ma hanche qui flanche pas mon cerveau ! C'est moi qui décide de ce dont j'ai besoin !
- Tant que vous serez sous ma responsabilité, sûrement pas.
- Petite ne cherchez pas à me faire regretter de vous avoir embaucher. Ne cherchez pas à me faire régenter je ne le tolérerais pas.
- Mais si. Et c'est pour ça que vous m'avez engagé.
- Je peux toujours vous congédier et vous mettre dès demain dans un avion pour l'Amérique.
Je dissimule un sourire. C'est une vaine menace bien sûr. Dubois était fatigué, il souffrait, il ne pensait pas à ce qu'il disait. Mais après une nuit de repos, il serait dans une meilleure disposition d'esprit.
- C'est juste monsieur Dubois. D'ici là, laissez-moi faire mon travail.
Durand a profité de l'occasion pour s'éclipser. Cependant, le fidèle Alex reste prêt à apporter son aide en cas de besoin.
Lorsque Dubois a été installé pour la nuit, il faisait déjà noir. Damaris la gouvernante m'accompagne à la suite qu'on avait préparé pour moi à l'étage. Décorée dans des nuances subtiles d'ivoire et de bleu ardoise, elle évoquait ma propre chambre même si le mobilier somptueux n'était pas certes dans mes moyens. Le sol carrelé de marbre, le tapis précieux et les meubles anciens au poli doux expriment la richesse, le bon goût et le confort.
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