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Couverture du roman Mon enfant secret

Mon enfant secret

Porter l'enfant de l'homme qu'elle aime devrait combler cette femme de bonheur, mais la nouvelle s'avère bouleversante. Bien qu'elle ressente déjà un amour immense pour son futur bébé, une angoisse profonde l'habite. Comment garantir un avenir serein et un cadre familial stable à ce petit être quand le père refuse toute forme d'engagement ? Face à cette absence de responsabilité, elle doit envisager seule l'éducation de son enfant secret.
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Chapitre 1

Je le repère aussitôt, non parce que Dubois mon employeur m'avait décrit son fils avec précision mais parce qu'il dominait de toute sa stature la foule qui attendait blé groupe de passager venant de débarquer à l'aéroport d'Athènes. On ne voyait que lui: un mètre quatre-vingt dix de virilité et un beau visage d'ange déchu. Au premier regard, j'ai su qu'il était de ces hommes que tous envient et dont les femmes se disputent les faveurs.

Sans doute guidé par un instinct mystérieux, il lance son regard vers moi et j'ai été aussitôt perturbé. D'emblée, je pressentais qu'il était dangereux et que je finirais par maudire le jour où je l'avais rencontré. Il inclina la tête comme s'il savait quelle impression il produisait, puis, fendant la foule, il se dirigeait vers Dubois et moi.

Quand j'ai pu le voir de plus près, j'ai été frappé par l'étroitesse de ses hanches, par la longueur de ses jambes, gainé d'un jean, par l'élégance désinvolte avec laquelle son blouson de cuir noir enveloppait ses larges épaules par le contraste entre sa chemise blanche et son teint hâlé. Je remarque aussi le dessin ferme de sa bouche et de sa mâchoire ombrée d'une barbe naissante. Tout cela trahissait le tempérament obstiné dont Dubois m'avait parlé.

Parvenu près de nous, il s'adresse à son père d'une voix grave, aussi sensuelle et séduisante que le reste de sa personne.

Contre toute attente, te voilà rentré sain et sauf. - Le voyage s'est bien passé ?

- Il a été long lui répond Dubois avec lassitude.

Ni les sédatifs, ni le confort de la première classe ne lui avaient procuré de véritable bien-être, je le savais.

- Très long. Ajoute-t-il. Mais comme tu peux le constater, mon ange gardien veillait sur moi.

Dubois saisit ma main et la serre avec affection.

- Mon chère enfant, j'ai le plaisir de vous présenter Durant mon fils. Durand voici mon infirmière Chelsea Tyler. Sans elle, je ne sais pas ce que je serais devenu.

De nouveau, Durand pose sur moi un regard insolent et évaluateur. Sa beauté et son allure n'étaient pas exempts d'arrogance. Il ne devait pas être le genre d'homme auquel on s'opposait impunément. Pensais-je.

Bien que j'étais décemment vêtue d'un pull en coton et d'un pantalon, j'ai eu soudain l'impression d'être nue à cause de son regard et j'ai un léger vertige. Il n'avait pas les yeux bruns de son père, mais des pupilles d'un vert jade intense qui ajoutait encore à la beauté sombre et puissante de son visage. Articulant avec peine un mot en grec, je réussis au moins à dire:

- Yiasu

- Vous parlez grec?

- À peine. En fait, je viens d'épuiser tout mon vocabulaire. Réponds-je.

- Je l'aurais juré.

Le commentaire m'aurait piqué s'il n'avait été accompagné d'un sourire follement charmeur. Je me sentais rougir. À vingt-sept ans, je n'étais pas non particulièrement expérimenté, mais je n'étais pas non plus une vierge naïve et savais que les apparences étaient trompeuses. Ce qui était appréciable chez un être humain était sa beauté intérieure. Et, à en croire ce que j'avais entendu dire, Durand n'était pas un modèle.

Son attitude envers son père n'était pas faite pour démentir les rumeurs. Il n'avait pas embrassé son père, ne tentait pas de le rassurer d'un geste affectueux qui aurait pu indiquer au vieil homme que son fils le soutiendrait pendant sa convalescence…Durand héla un porteur pour qu'il se charge des bagages et lâche d'un ton presque sec :

- Eh bien, puisque les présentations sont faites, allons-nous-en.

Il se dirige vers la sortie de l'aéroport, poussant la chaise roulante de Dubois.

Cependant, parvenu devant la Mercedes, il laisse transparaître un peu de compassion enfin !

- Attendez, dit-il alors que je m'apprêtais à aider mon patient.

Avec une surprenante tendresse, il soulève son père entre ses bras , l'installe avec soin sur le confortable siège arrière, et lui enveloppe les jambes d'une couverture.

- Tu n'étais pas obligé de faire ça, grommelle Dubois sans pouvoir réprimer une grimace de douleur.

- Apparemment si, répond Durand auquel cette réaction n'avait pas échappé. Que voulais-tu ? Que je te regarde m'étaler par terre sans lever le petit doigt ?

- J'aimerais mieux tenir debout sans l'aide de personnes

- Dans ce cas, tu aurais dû prendre soin de toi ou avoir le bon sens de rester à la maison, au lieu de t' aller en croisière aux Antilles.

Je lui aurais volontiers donné une gifle. Je me contente d'un regard noir.

- Un accident peut toujours arriver de partout monsieur Durand. Dis-je.

Il rétorque aussitôt :

- Surtout à un globe-trotter de quatre-vingt-six ans

- Ce n'est pas de sa faute si le navire s'est échoué et s'il a été le seul passager blessé. Tout bien considéré, et compte tenu de son âge, votre père a très bien réagi. Avec le temps et une rééducation appropriée, il devrait se remettre plutôt bien.

- Et si ce n'est pas le cas?

Il faudra alors vous comporter en un véritable fils

Il me décroche d'un coup d'œil sarcastique.

Infirmière et conseillère familiale. ironise-t-il. En voilà une chance.

Il donne un pourboire au porteur, lui laissant le soin de rapporter la chaise roulante à l'endroit adéquat. Puis refermant le coffre, il ouvre la portière avant du côté du passager et m'invite à monter avec une prévenance exagérée.

- Installez-vous je vous en prie. Nous continuerons cette conversation plus tard.

Il conduit avec virtuosité. Moins d'une demi-heure après avoir quitté l'aéroport, nous traversons les rues ombragées de Vouliagmeni, la banlieue chic d'Athènes, surplombant le golfe de Salamine que Dubois m'avait décrite avant tant de passion. À l'extrémité d'une paisible route côtière, Durand engage la voiture au-delà d'une double grille en fer forgé après l'avoir ouverte grâce à la commande encastrée dans le tableau de bord.

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