
Mon cruel compagnon
Chapitre 3
Le reste de la journée se déroula dans une atmosphère étrange. Les membres de la meute semblaient nerveux, comme si une ombre invisible planait sur le camp. Et puis, bien sûr, il y avait Axel.
Il était partout. Partout où je tournais les yeux, il était là, souriant, plaisantant, attirant l'attention avec son charme insolent. Mais aujourd'hui, il avait clairement une cible : moi.
"Clara !" s'écria-t-il en me rejoignant près du ruisseau où je remplissais une cruche d'eau. "Tu comptes m'ignorer toute la journée, ou c'est une nouvelle stratégie pour m'attirer ?"
"Quoi ?" Je le regardai, incrédule.
Axel posa une main sur son cœur, feignant d'être blessé. "Voyons, tu ne vas pas prétendre que tu n'as pas remarqué ma présence écrasante ?"
Je soupirai, mais je ne pus m'empêcher de sourire légèrement. Axel avait ce don de désarmer même les esprits les plus méfiants. "Qu'est-ce que tu veux, Axel ?"
"Te connaître. Est-ce si terrible ?"
"Pourquoi ?"
"Pourquoi pas ?" répondit-il en haussant les épaules, son sourire devenant un peu plus sérieux. "Tu es intrigante, Clara. Différente. Et j'aime ce qui est différent."
Je levai les yeux au ciel, mais avant que je puisse répondre, il saisit la cruche d'eau dans mes mains. "Allons, laisse-moi t'aider. Après tout, une héroïne mérite bien un peu de repos, non ?"
"Je peux me débrouiller," répliquai-je, mais il refusa de lâcher prise.
"Je n'en doute pas. Mais ça ne veut pas dire que tu dois tout faire toute seule."
Son regard était intense, presque troublant, et je sentis mes joues chauffer malgré moi. Je récupérai finalement la cruche et tournai les talons, essayant de masquer mon trouble.
Mais ce n'était pas terminé. Plus tard, il me trouva près du terrain d'entraînement et insista pour que je m'exerce avec lui.
"Allez, montre-moi ce que tu vaux," dit-il avec un sourire en coin.
"Axel, je n'ai pas envie de jouer."
"Et moi, je n'ai pas envie de te laisser tranquille. Alors, on est quittes ?"
J'acceptai à contrecœur, mais je regrettai presque immédiatement. Axel était rapide, imprévisible, et, pire encore, il savait exactement comment me déstabiliser.
"Tu te bats bien," murmura-t-il, sa voix basse et provocante, alors qu'il esquivait un de mes coups. "Mais tu te crispes trop. Relaxe un peu. Fais-moi confiance."
"Pourquoi je te ferais confiance ?" demandai-je, essoufflée, tout en tentant de le désarmer.
"Parce que, contrairement à d'autres, je ne te sous-estime pas."
Ses paroles me frappèrent plus fort que je ne voulais l'admettre, et dans ma distraction, il réussit à me plaquer au sol, son corps au-dessus du mien.
"Tu vois ?" murmura-t-il, son visage à quelques centimètres du mien. "Un instant d'hésitation, et c'est fini."
Mon cœur battait à tout rompre, mais avant que je puisse répondre, un raclement de gorge nous fit sursauter.
Gabriel se tenait là, son expression indéchiffrable.
"Axel," dit-il d'un ton froid, "je crois que tu as assez joué pour aujourd'hui."
Axel se releva lentement, un sourire narquois sur le visage. "Juste une petite leçon, cousin. Pas besoin de t'énerver."
Mais Gabriel ne répondit pas. Son regard passa brièvement sur moi avant qu'il ne se détourne, et je sentis une étrange tension s'installer dans l'air.
***
La soirée apporta une autre surprise : l'arrivée d'un messager d'une meute rivale.
Il était grand, avec des traits anguleux et des yeux perçants, et portait un message clair : un traité de paix.
"Mon Alpha souhaite mettre fin aux hostilités entre nos meutes," déclara-t-il en tendant un parchemin à Gabriel.
Mais le ton de sa voix et le sourire calculé sur son visage rendaient ses intentions plus que douteuses. Gabriel lut le document rapidement, son expression s'assombrissant à mesure qu'il avançait dans le texte.
"Non," dit-il finalement, sa voix tranchante. "Nous n'accepterons pas ces termes."
Le messager ne sembla pas surpris. "Alors vous choisirez la guerre ?"
"Nous choisirons notre honneur," répondit Gabriel, ses yeux brillant de défi.
Le messager hocha la tête, mais avant de partir, il posa son regard sur Elias, qui se tenait en retrait.
"Vous savez ce que cela signifie pour vous," murmura-t-il, assez bas pour que seul Elias puisse entendre.
Mais je me tenais suffisamment près pour capter ses paroles, et je vis Elias blanchir. Une étincelle de peur traversa son regard, mais il se ressaisit rapidement, adoptant une expression neutre.
Quand le messager quitta enfin le camp, je ne pus m'empêcher de fixer Elias. Que savait-il ? Et pourquoi semblait-il si perturbé ?
L'air était encore chargé de l'électricité des événements de la veille. Le messager de la meute rivale avait laissé derrière lui une ombre qui pesait sur chacun d'entre nous. Pourtant, la vie devait continuer, et je savais que je ne pouvais pas rester passive. Mon instinct me disait que quelque chose clochait, quelque chose de plus profond que les tensions évidentes entre Gabriel et Axel, ou les regards énigmatiques qu'Elias lançait quand il pensait qu'on ne le voyait pas.
Je ne savais pas ce que je cherchais, mais ce matin-là, en passant près de la clairière où Elias avait l'habitude de s'isoler, je tombai sur une scène qui fit accélérer mon cœur. Elias était agenouillé au sol, entouré de petites fioles et de plantes que je ne reconnus pas. Il murmurait quelque chose à voix basse, un mélange incompréhensible de mots et de sons gutturaux.
Je m'avançai prudemment, mes pas amortis par l'herbe, jusqu'à ce que je sois à quelques mètres de lui. Il n'avait pas encore remarqué ma présence.
"Elias ?"
Il sursauta violemment, renversant une des fioles dans sa panique. Un liquide épais, d'un vert sombre, se répandit sur le sol, mais il ne sembla pas s'en soucier. Ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'il me vit, et une expression coupable passa sur son visage avant qu'il ne se ressaisisse.
"Clara," dit-il, sa voix un peu trop calme, "tu m'as fait peur."
"Qu'est-ce que tu fais ici ?" demandai-je, fixant les herbes éparpillées et les fioles autour de lui.
"Rien qui te concerne," répondit-il rapidement, en rassemblant précipitamment ses affaires.
"Rien qui me concerne ?" répétai-je, incrédule. "Tu es entouré d'herbes bizarres et tu marmonnes des choses incompréhensibles. Je pense que ça me concerne un peu, non ?"
Il releva les yeux vers moi, et pour la première fois, je vis une lueur de panique dans son regard.
"Écoute, Clara. Ce n'est pas ce que tu crois. Mais il vaut mieux que tu ne te mêles pas de ça."
"Pas ce que je crois ? Elias, tu joues avec quoi ? De la magie ?"
Il se redressa, son expression devenant plus dure. "Ne pose pas de questions auxquelles tu ne veux pas entendre les réponses."
Son ton glacial me donna des frissons, mais je refusai de reculer. "Si ça met la meute en danger, je mérite de savoir."
"Ça ne met personne en danger," répliqua-t-il sèchement. "Et surtout pas toi. Alors fais-moi une faveur : oublie ce que tu as vu."
Avant que je puisse répondre, il tourna les talons et disparut dans les bois, me laissant seule avec mille questions tourbillonnant dans ma tête.
***
Plus tard dans la journée, je retournai au camp, où une autre tempête semblait se préparer. Une voix familière, forte et accusatrice, résonnait à travers le terrain d'entraînement.
"Tu penses vraiment que c'est comme ça qu'un Alpha agit ?"
Axel, bien sûr.
Je me faufilai discrètement jusqu'à la source du bruit. Axel et Gabriel se tenaient face à face, leurs expressions aussi tranchantes que des lames. Quelques membres de la meute formaient un cercle autour d'eux, observant la confrontation avec un mélange de curiosité et de crainte.
"Tu crois que refuser un traité de paix douteux fait de moi un mauvais Alpha ?" répondit Gabriel, sa voix calme mais dangereusement basse.
"Ce n'est pas ce que je dis," rétorqua Axel, un sourire narquois sur les lèvres. "Mais ton refus pourrait nous coûter plus cher que tu ne le penses. Peut-être que c'est toi qui n'as pas évalué la situation correctement."
Gabriel s'avança, ses muscles tendus. "Ce n'est pas toi qui portes la responsabilité de cette meute, Axel. Tu n'as aucune idée du poids de ces décisions."
"Peut-être que je devrais le porter, alors."
Un silence choqué tomba sur l'assemblée. Gabriel fixa Axel avec une intensité brûlante, et pendant un instant, j'eus peur qu'il perde le contrôle. Mais au lieu de ça, il se redressa et lâcha froidement :
"Je ne suis pas ici pour me battre avec toi. Si tu penses que c'est un jeu, Axel, tu te trompes lourdement. Si tu veux prendre ma place, il faudra bien plus que des mots pour le prouver."
Axel sourit, mais il n'ajouta rien. Gabriel tourna les talons et s'éloigna, laissant derrière lui une tension presque palpable.
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