
Mariée, pour Combler la Dette de mon Père
Chapitre 2
Alexandre
Le velours de mon fauteuil grinçait sous mes doigts tandis que je fixais la jeune femme debout devant moi. Daniella. Ce prénom résonnait comme un écho du passé. Elle portait sur ses épaules l'ombre d'un homme que j'avais longtemps connu, et qui, au seuil de sa vie, avait formulé une demande insensée : que je devienne son époux.
Elle parlait d'une voix éraillée par l'émotion. Dans ses yeux, la stupeur et l'hésitation s'entrechoquaient, deux lames contraires sur un même fil. Je ne pouvais que comprendre. Tout cela surgissait trop vite, trop brutalement.
- Daniella, dis-je enfin, ma voix cherchant l'assurance qui me manquait, je sais à quel point c'est une épreuve. Jamais je n'aurais cru ton père capable d'une telle requête, surtout dans ses derniers instants.
Elle soutint mon regard, mêlant résignation et défi. Ce poids imprévu pesait sur elle comme une pierre froide.
- Je t'assure, repris-je, que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour veiller sur toi. Je n'ai pas choisi ce moment non plus, mais je respecterai la volonté de ton père.
Je perçus, derrière son trouble, un éclat plus dur, comme un noyau de force qui refusait de céder. Elle était ébranlée, certes, mais pas brisée.
- Ce n'est pas l'avenir que nous aurions imaginé, murmurai-je, adoucissant mon ton. Mais peut-être, avec le temps, trouverons-nous un moyen d'en faire quelque chose de viable.
Elle inclina légèrement la tête, comme si un fragment d'acceptation s'était glissé en elle. L'air semblait plus dense, chargé d'un silence qui scellait sans mot notre destin partagé. Dans ce couloir immense du manoir, je compris que nous venions d'entrer sur un chemin dont aucun de nous ne connaissait l'issue.
Le jour de nos fiançailles approcha comme une vague qu'on ne peut repousser. La cérémonie aurait lieu dans la salle de bal d'un hôtel somptueux. Les invités affluaient : amis, parents, associés de son père et les miens, tous curieux ou sceptiques.
Elle apparut enfin. Daniella descendait l'escalier principal dans une longue robe bleu roi constellée d'éclats argentés. Sa coiffure savamment relevée dégageait la nuque ; ses talons scintillaient sous l'ombre de l'étoffe. Je fus frappé au cœur. Sous les lustres, le tissu vibrait d'une lumière presque irréelle.
Nos regards se croisèrent à mi-descente. Dans le sien, je lisais une mosaïque d'émotions : timidité, courage, et une pointe d'interrogation. Je me redressai dans mon fauteuil, conscient de la scène que nous offrions.
- Tu es splendide, soufflai-je lorsqu'elle parvint près de moi.
Elle me gratifia d'un sourire qui ne montait pas tout à fait jusqu'à ses yeux, mais dont la dignité m'émut.
Je scrutai la foule : visages souriants par convenance, quelques moues dissimulant mal leur jugement. Un peu plus loin, le père de Daniella, blême et frêle, nous observait depuis son propre fauteuil. Son expression de satisfaction me laissa un goût amer.
On échangea nos anneaux sous les applaudissements retenus des invités, puis son père leva son verre pour bénir l'union qu'il avait lui-même orchestrée.
La soirée se prolongea en salutations et félicitations. Daniella posait parfois la main sur le dossier de mon fauteuil, comme pour se raccrocher à quelque chose de stable. J'aurais voulu alléger ce fardeau qui désormais était aussi le mien.
- Tu tiens le coup ? lui glissai-je à voix basse. On peut s'éclipser un moment si tu veux.
Son regard accrocha le mien, et j'y surpris une gratitude fugace.
- Ça va, répondit-elle simplement. Merci.
À mesure que les heures s'égrenaient, je la voyais se redresser, composer avec la situation, déployer une dignité nouvelle. Cette assurance naissante m'impressionnait.
Quand vint le moment de nous adresser à l'assistance, elle se tint à mes côtés, droite, fière. Une poussée d'instinct protecteur me saisit. Peu importaient les conditions de cette union : je m'étais promis de faire tout ce qui dépendait de moi pour son bien-être.
Cette fête de fiançailles n'était qu'un seuil, compris-je en regardant Daniella. La route devant nous serait cabossée et incertaine. Mais dans ses yeux brillait une étincelle qui ressemblait à de l'espoir. Peut-être, avec le temps, saurions-nous bâtir quelque chose de réel à partir de ce commencement imposé.
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