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Couverture du roman Mariée à l'ombre d'un monstre

Mariée à l'ombre d'un monstre

Pendant dix ans, j'ai été l'ombre dévouée d'Étienne Dubois, photographe célèbre me décrivant comme sa muse unique. Pourtant, la découverte de son studio secret révèle une trahison glaciale : une décennie de clichés d'un mannequin nommé Dahlia. Le mépris d'Étienne culmine lors d'un vernissage où, complice de sa maîtresse, il me laisse subir une agression filmée sans réagir. Sortie de l'hôpital, je refuse le simple divorce. Ce monstre va payer ; je vais anéantir son empire.
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Chapitre 3

Le bourdonnement du moteur du taxi était le seul son qui accompagnait les battements rapides de mon cœur. J'étais sortie. Libre. Mais la liberté semblait froide, aiguë et terrifiante. L'appartement d'Hugo, un espace élégant et moderne surplombant la ville, était un refuge bienvenu. Il m'a accueillie à la porte, son visage empreint d'inquiétude, ses bras forts m'enveloppant dans une étreinte réconfortante.

« Élise, que s'est-il passé ? » a-t-il murmuré, sa voix douce. Il a vu le bleu qui se formait sur mon bras, la lassitude dans mes yeux.

« Tout », ai-je étouffé, le barrage cédant enfin. Je lui ai tout raconté, de la demande d'anniversaire au studio secret, à la vidéo, à l'agression d'Étienne et au mélodrame de Dahlia. Il a écouté patiemment, la mâchoire serrée, les yeux remplis d'une fureur tranquille.

« Il ne s'en tirera pas comme ça, Élise », a dit Hugo, la voix ferme. « Je te le promets. » Il était plus qu'un ami ; il était mon ancre. Il représentait la stabilité, le respect et une attention sincère qui contrastait vivement avec le monde instable d'Étienne.

Le lendemain matin, après un sommeil agité et hanté par les rêves, j'ai trouvé refuge dans la chambre d'amis d'Hugo. Mon téléphone, que j'avais chargé pendant la nuit, bourdonnait de notifications. Des appels manqués d'Étienne, des dizaines de textos. Tous ignorés. Le monde était encore sous le choc de mon post anonyme sur le forum d'art. La section des commentaires était un champ de bataille, un mélange d'indignation et de spéculation. L'image soigneusement construite d'Étienne commençait à se fissurer.

Hugo est entré, un plateau avec du café et des toasts à la main. « Bonjour, rayon de soleil », a-t-il dit, essayant d'être léger. « Toujours décidée à aller de l'avant ? »

J'ai rencontré son regard, ma décision inébranlable. « Plus que jamais. »

Il a hoché la tête, posant le plateau. « Bien. Parce que j'ai déjà rédigé les premiers papiers du divorce. Et », il a fait une pause, son expression se durcissant, « j'ai inclus une section pour faute conjugale, basée sur les preuves que tu as recueillies. Ça va le frapper de plein fouet. »

Une satisfaction sinistre s'est installée en moi. Il le méritait. Chaque moment angoissant.

Plus tard dans l'après-midi, un texto est arrivé. Pas d'Étienne, mais de Dahlia. Mon sang s'est glacé en imaginant ce que son esprit tordu pouvait concocter. « Élise, on peut parler ? S'il te plaît. J'ai besoin de m'expliquer. »

J'ai fixé le message, un rire amer m'échappant. S'expliquer ? Après tout ça ? J'ai tapé une réponse rapide et dédaigneuse : « Il n'y a rien à expliquer, Dahlia. Tu as fait tes choix. Maintenant, vis avec. »

Sa réponse est venue immédiatement. « Étienne est dévasté. Il te rejette la faute pour tout. Tu ne veux pas empirer les choses, n'est-ce pas ? »

Mon cœur battait la chamade. Elle essayait de me manipuler. D'essayer de monter Étienne encore plus contre moi. « Les choses ne pourraient pas être pires, Dahlia », ai-je tapé en retour, « Elles deviennent juste réelles. »

Puis un autre texto, celui-ci d'Étienne : « Élise, où es-tu ? On doit parler. C'est de la folie. Tu vas nous détruire tous les deux. S'il te plaît, appelle-moi. » Ses messages étaient un mélange de colère, de confusion et d'une étrange panique sous-jacente. Il ne comprenait pas. Il pensait qu'il pouvait encore contrôler le récit, me contrôler.

Je l'ai bloqué. Et Dahlia. J'avais besoin de respirer, de réfléchir, sans que leur influence toxique n'empoisonne mon esprit.

Les jours se sont transformés en une semaine. Ma vie ressemblait à un rêve surréaliste. Je vivais avec Hugo, travaillant à distance sur des projets d'architecture que j'avais longtemps mis de côté, me reconstruisant lentement. Les rouages juridiques étaient en marche. Les avocats d'Étienne ripostaient déjà, niant tout, menaçant de contre-poursuites. C'était moche, comme Hugo l'avait prédit.

Puis, un nouveau message est apparu sur mon téléphone. Un message anonyme à nouveau. « Regarde ça. C'est pour toi. » Mon estomac s'est noué. J'ai cliqué sur le lien.

C'était une compilation vidéo. Un montage de clips publics d'Étienne, tirés d'interviews et de vernissages. Chacun le montrait parlant de moi, sa « muse », son « seul et unique amour ». Et intercalées entre ces clips, brutalement montées, se trouvaient les photos explicites de Dahlia de son projet secret. La vidéo se terminait par un gros plan du visage de Dahlia, un sourire triomphant, presque prédateur. Et un seul carton de titre glaçant : « Le Projet Dahlia : Révélé. »

Mes mains tremblaient si violemment que j'ai failli laisser tomber le téléphone. Ce n'était pas seulement une trahison. C'était une exécution publique de chacun de mes souvenirs d'amour. Mon cœur s'est tordu, une nouvelle vague de nausée m'a submergée. C'était si vil, si dégoûtant. Seule Dahlia pouvait orchestrer quelque chose d'aussi cruel, d'aussi calculé. Elle n'essayait pas seulement de me remplacer ; elle essayait de m'effacer.

Je voulais crier. Je voulais briser quelque chose. Mais au lieu de ça, un calme froid et effrayant s'est installé en moi. Il ne s'agissait plus seulement de mon cœur brisé. C'était une guerre. Et on venait de me donner toutes les munitions dont j'avais besoin.

Mon téléphone a sonné. C'était Étienne. J'ai décroché immédiatement.

« Élise ! Tu as vu ça ? La vidéo ? Elle est partout ! Qu'est-ce qui se passe, bordel ? » Sa voix était un cri frénétique et désespéré.

« Oh, maintenant ça t'intéresse, Étienne ? » ai-je dit, ma voix dangereusement douce. « Maintenant que ta précieuse image publique est en lambeaux ? Maintenant que ton "intégrité artistique" est remise en question ? »

« Non ! Pas la mienne ! La tienne ! Ils disent que tu as fait fuiter mon travail personnel ! Ils te traitent de femme bafouée, d'ex vengeresse ! Ça détruit tout ! » Il bafouillait, à peine cohérent. « Et Dahlia ! Elle reçoit des menaces de mort ! Tu dois retirer ça, Élise ! Tu dois t'expliquer ! C'est allé trop loin ! »

« Retirer quoi ? » ai-je demandé, feignant l'innocence. « Je n'ai pas fait cette vidéo, Étienne. Mais je suis bien contente que quelqu'un l'ait faite. La vérité finit toujours par éclater, n'est-ce pas ? »

« Tu es un monstre, Élise ! Un monstre vengeur et cruel ! » a-t-il rugi. « Comment as-tu pu faire ça à Dahlia ? À moi ? Après tout ce que nous avons eu ? »

« Tout ce que nous avons eu était un mensonge, Étienne », ai-je dit, ma voix se durcissant. « Un mensonge magnifique et exquis que tu as soigneusement construit. Et maintenant, il s'effondre. Tant mieux. »

Il a raccroché. Silence. Mais cette fois, c'était différent. Pas vide. Mais lourd de conséquences. J'avais fait un pas, un pas audacieux et dangereux, en territoire inconnu.

Mon téléphone a de nouveau vibré, cette fois avec un texto d'Hugo. « La vidéo est sortie. C'est brutal. Sais-tu qui l'a faite ? »

« J'ai une très forte suspicion », ai-je tapé en retour. « Et ce n'est pas moi. Mais qui que ce soit, il vient de nous donner le levier dont nous avons besoin. »

J'ai souri, un sourire froid et dur qui n'atteignait pas mes yeux. La guerre venait de commencer, et pour la première fois depuis longtemps, j'ai senti une lueur de pouvoir. Un pouvoir dangereux et exaltant.

Une nouvelle notification d'e-mail est apparue, d'Hugo. « Je rédige la requête officielle de divorce. Je la dépose demain à la première heure. Tu es prête pour ça, Élise ? »

Mes doigts ont plané au-dessus du clavier. *Prête ne commence même pas à décrire ce que je ressens*, ai-je pensé. J'ai tapé un seul mot en retour. « Prête. »

Le téléphone a de nouveau sonné. C'était Étienne. Je l'ai ignoré. Il pouvait appeler autant qu'il voulait. Il était trop tard pour les excuses, trop tard pour les explications. Le temps des paroles était révolu. Maintenant, c'était le temps de l'action.

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