
Malone, mon amour, ma trahison.
Chapitre 3
Émilie Labbé POV:
Le lendemain soir, l'air dans notre appartement était chargé de l'anticipation de la célébration pour Fiona. J'ai gardé mon visage impassible, le masque de l'épouse modèle solidement en place.
« Malone, » ai-je dit, ma voix était douce, presque inaudible. « Je pense que nous devrions y aller, ensemble. »
Il a levé les yeux de son journal, son front se plissant légèrement. « Tu es sûre, ma chérie ? Je pensais que tu préférerais rester au calme. » Il cherchait une échappatoire, je le savais.
« Mais oui, » ai-je insisté, un sourire dans mes yeux qui ne montrait aucune de la tempête intérieure. « C'est une grande occasion pour Fiona. Et je promets de ne faire aucune scène. Je suis passée à autre chose. » Le mensonge était si fluide, si convaincant, que j'ai presque réussi à me tromper moi-même.
Un malaise évident s'est installé sur le visage de Malone. Nos sorties sociales, surtout celles impliquant Fiona, étaient toujours teintées de tension. Les invités, les soi-disant amis de la famille Thomas, connaissaient tous les rumeurs, les non-dits et les trahisons passées. Ils savaient que Malone avait fréquenté Fiona avant moi, que notre mariage était survenu un peu trop vite après leur rupture publique. Les murmures, les regards obliques… tout cela était une humiliation constante pour moi, et une gêne pour eux.
Malone ne pouvait pas refuser. C'eût été trop suspect, trop révélateur de la vérité que nous étions censés cacher. Il a soupiré, une fausse résignation. « D'accord, Émilie. Mais si tu te sens mal à l'aise, nous pourrons partir tôt. Nous pourrions dîner en tête-à-tête dans ce petit restaurant que tu aimes tant. » Il tentait de me racheter, de me distraire, de me manipuler avec la promesse d'une intimité qui n'existait plus. Il craignait par-dessus tout que je ne perturbe l'image parfaite de la réussite de Fiona, l'image qu'il avait si méticuleusement construite.
Je savais. Je savais que notre mariage n'était qu'une toile de fond pour protéger Fiona, pour masquer son manque de talent, pour détourner l'attention de ses scandales passés, pour la maintenir comme l'héritière incontestée des Thomas. J'étais le bouclier, le paravent, la dupe.
Cette fois, cependant, je n'allais pas me battre. Pas avec lui, pas avec eux. Mon but n'était pas la confrontation, mais l'observation. C'était ma façon silencieuse de dire adieu à cette vie, à ces gens, à tout ce que j'avais cru être ma famille. C'était un dernier regard avant de fermer la porte à jamais.
La célébration a eu lieu dans un salon somptueux du VIIIe arrondissement. Des lustres de cristal scintillaient, reflétant les robes longues et les costumes taillés sur mesure. Des cascades de champagne s'écoulaient dans des pyramides de flûtes. Partout, des rires, des félicitations, des éloges pour Fiona. C'était sa soirée, son triomphe. Elle était la reine, l'étoile brillante, l'enfant prodige à qui la vie avait tout donné.
Mes parents biologiques, Bernadette et Jean-Luc Thomas, flottaient parmi les invités, le visage rayonnant d'une fierté ostentatoire. « Notre Fiona est si douée ! » s'exclamait ma mère, sa voix perçante. « Regardez ce qu'elle a accompli ! Le 'Grand Prix de la Musique Créative' , c'est incroyable ! » Mon père acquiesçait, un sourire béat figeant ses traits.
Puis, Jean-Luc a attiré l'attention sur un piano à queue noir laqué, trônant au centre de la pièce. « Et cette pièce magnifique, » a-t-il dit d'une voix tonitruante, « un cadeau de Malone, pour célébrer le génie de notre fille ! Il a été fait sur mesure pour elle, pour ses mains délicates, pour exprimer sa passion. » Une femme au cou chargé de diamants a renchéri : « Il est magnifique ! On dirait un instrument sorti tout droit des mains de Pleyel, digne d'une virtuose comme Fiona ! »
Les invités, excités, ont commencé à murmurer : « Joue-nous ton morceau, Fiona ! » « Le morceau primé ! » « Montre-nous ton talent ! »
Fiona, dont le visage souriant avait trahi une légère surprise en me voyant, a posé les yeux sur moi. Un instant, son sourire a vacillé. Elle a feint une expression de victime blessée, se tournant vers Malone qui la regardait avec une adoration sans bornes. Elle a murmuré quelque chose, pointant discrètement dans ma direction. Mais j'ai ignoré le spectacle. Mon regard était fixé sur le piano.
Non. Ce n'était pas un Pleyel. C'était un Érard, fait sur mesure. Et je savais exactement pour qui il avait été commandé. Pour moi. Malone me l'avait promis, il y a des années, lorsque nous avions commencé à parler de mariage. « Un Érard, spécialement pour toi, Émilie. Pour tes compositions. » Une promesse, comme tant d'autres, qu'il avait brisée. Il l'avait donné à Fiona. Ce piano, ce n'était pas seulement un instrument. C'était une preuve supplémentaire de leur trahison, un symbole lourd et brillant de tout ce qu'ils m'avaient volé. Mon cœur n'a pas seulement saigné. Il s'est durci, une pierre froide dans ma poitrine.
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