Suivre
Chapitres
Partager
Couverture du roman L'oubli impardonnable - Tome 2: Le Celio

L'oubli impardonnable - Tome 2: Le Celio

Après vingt-trois ans d'absence, Alistair Savierily identifie enfin sa femme, Amélia, sous les traits de la détenue 732. Marquée par une longue captivité, celle-ci lutte entre les séquelles psychologiques infligées par le Rassemblement et un désir ardent de revanche. Face à la cruauté de ses ravisseurs, la tendresse d'Alistair ravive lentement l'humanité de son épouse. Ce retour inespéré laisse entrevoir un espoir de guérison, bien que l'avenir demeure incertain.
Chapitres
Partager

Chapitre 3

Depuis cette soirée horrible, Alistair dormait très mal. Chaque nuit, des cauchemars envahissaient son esprit, ne lui laissant aucun répit. Chaque nuit avait son lot de peur et d’angoisse. Il ne cessait de traverser des couloirs dans un bâtiment immense et interminable. Un dortoir, ou bien une école, il n’en savait rien. Il y avait de nombreuses cages d’escaliers, certaines étaient délabrées. Les portes menaient parfois sur des pièces, parfois dans le néant. D’autres restées fermées.

L’un de ces cauchemars l’avait mené à un sous-sol dans un collège. Le sous-sol était aménagé en salles de classe. Mais un couloir était sombre. Seulement un. Et les élèves ne voulaient pas y aller. « Il est hanté », entendait-il. Un professeur se tenait derrière lui, et lui ordonna de se rendre dans la salle de classe au fond de ce couloir, pour y rejoindre des élèves. Alors, il entra. Il poussa les grosses portes jaunes, et se retrouva dans un couloir rénové, repeint de blanc avec une bande de la même couleur jaune que les portes. Al ne vit qu’une seule porte au fond à gauche. Là, ce n’était pas une salle de classe ordinaire. Il y avait un espace avec des ordinateurs sur des tables, et toute la pièce était recouverte de branches, de racines et de toiles d’araignées. Une vive lumière artificielle émanait d’un coin du plafond, dévoilant la deuxième partie de la salle. C’était une pièce immense, avec un très grand plafond. Le fond était si noir qu’il ne savait pas jusqu’où allait le mur. Là, parmi les troncs, les racines et les toiles d’araignées, une jeune fille de bonne corpulence peignait un tableau rouge, une autre avec une épaisse chevelure noire frisée réglait son appareil photo. Il y en avait une troisième. Alistair ne voyait pas à quoi elle ressemblait, ni même sa taille, ni la longueur de ses cheveux, ni même si elle était mince. Il ne la voyait pas. Mais il savait qu’elle était là. Les deux jeunes filles s’attendaient à sa visite, et lui expliquèrent que personne ne venait plus ici depuis un meurtre il y a plusieurs années de cela. Une élève, poussée à bout, avait massacré ses harceleurs. Alors, comme pour cacher la tristesse de ce moment, les arbres s’étaient mis à pousser et à recouvrir les murs et le sol. Les esprits des morts restaient prisonniers de cet espace. Et elles, sorcières, étaient là pour veiller à ce qu’ils restent ici, et se préparaient à perpétrer un nouveau crime.

Alistair ne comprenait jamais la logique de ses cauchemars. Tout ce qu’il savait, c’est qu’il en faisait chaque nuit. Il se réveillait très fatigué, avec des maux de tête, parfois forts. Alice lui conseillait de se reposer, et l’encourageait à boire des infusions de fleurs de Beca, un arbre elfique dont les fleurs ont la propriété, entre autres, d’apaiser les tourments.

Il avait raconté à Alice ce qu’il avait vu, ce soir-là, au « spectacle ». Les combats. Le tas de cadavres ensanglantés. Le mélange de sable et de sang. Le public enivré d’un spectacle abominable. Les paris. La peur dans les yeux des condamnés. Il n’avait pas voulu parler des visions. Lui-même ne savait pas qu’en penser. Alors, pourquoi lui soumettre l’idée que Sa femme était encore vivante ? Si c’était bien le mot… Pouvait-on réellement dire qu’Elle était envie ? Alistair n’en savait rien. On lui a présenté la détenue comme étant immortelle. Mais son corps, ses blessures, les fils barbelés tranchant ses lambeaux de peau… Ce n’était plus un corps, c’était un cadavre qui tenait par la seule force de la magie qui l’habitait. Une magie qu’il n’avait jamais vue.

Et pourtant, il en avait vu. Lucius n’en savait rien bien sûr, il avait préféré ne rien lui dire. Tout cela ne le regardait pas. Il craignait que son fils veuille continuer la tâche qu’était la Sienne. Mais il n’aurait pas pu. Il aurait probablement fait des promesses qu’il n’aurait pas pu tenir, ce qui lui aurait apporté d’énormes problèmes. Lucius n’avait pas Ses pouvoirs. Ni Sa puissance. Il avait quelques dons, mais rien d’égal aux Siens.

Alistair se souvenait de ce qu’il avait vu. Toutes ces choses incroyables qu’Elle avait faites. Faire revivre l’Arbre Cœur des Elfes, sauvegardant ainsi leurs pouvoirs et leur longévité. Bannir les Esprits Noirs des terres féeriques. Retrouver des enchanteurs adeptes de nécromancie et de rites diaboliques. Il s’était toujours demandé ce qu’Elle pouvait bien ressentir lorsqu’Elle venait à se battre. L’ayant vue s’entraîner aux armes et à la magie, Alistair avait une idée de Ses talents. Mais ne L’avait jamais vue à l’œuvre.

Lorsqu’ils rendaient visite à Ses amis, Elle était toujours accueillie avec un profond respect, et une grande reconnaissance. Elle n’était pas de nature à profiter de sa position pour exiger quoi que ce soit, ni pour traiter les autres comme étant en dessous d’Elle. Lui-même doutait qu’il puisse garder la tête froide comme cela. Tous les présents qui Lui étaient offerts ! Elle les gardait tous, sauf l’argent et ce qu’Elle jugeait impensable qu’Elle ait : des bijoux de famille, des héritages, des époux même (certaines tribus de centaures et de lutins voulaient lui en offrir !). Heureusement pour Al, Elle les avait refusés car : « ça aurait fait moins de goûters pour toi tout seul,Alistair! ».

Elle avait réalisé de nombreuses choses pour les autres. Et tant de choses dont Elle n’avait jamais voulu lui en parler.

Une nuit, Elle était rentrée en catimini. Al était couché, mais ne parvenait pas à dormir. Le son de Ses pas était inhabituel. Il était collant. Poisseux. Tandis qu’Elle montait les escaliers, la tête cachée sous la couette, Alistair devinait un pas claudicant, et une respiration haletante, fatiguée. Ressemblant davantage à un râle rauque. Lorsque la douche s’enclencha, il décida d’aller voir comment Elle allait, sans La déranger. Alors, sans faire un bruit, il se glissa hors du lit, et alla passer la tête dans l’embrasure de la porte de la salle de bain. Là, sous la douche, à travers la vitre, il voyait l’eau s’écouler le long de Ses longs cheveux bruns, et de Sa peau légèrement mate. Enfin, c’était plutôt du sang qui s’écoulait. Il n’en avait jamais vu autant. Sa chevelure reluisait d’un rouge sombre et brillant, tant Elle en était recouverte. Le sang coagulé sur Sa peau était si dense qu’il recouvrait toutes les nouvelles blessures. Le liquide épais ruisselait sur Sa peau délicate, tandis qu’avec difficulté, Elle levait ses bras pour nettoyer Ses cheveux.

C’était la première fois qu’il voyait autant de sang. S’il s’en était écoulé directement du pommeau, il n’y aurait eu aucune différence. La vue de Sa femme, nettoyant Son corps du sang de ses ennemis, était un spectacle inquiétant. Peu à peu, le savon dévoilait l’étendue de Ses nouvelles blessures. Elle avait une énorme griffure qui Lui lacérait la moitié du dos. Une morsure profonde Lui perforait le bras droit. Sa jambe droite tremblait : elle était couverte d’ecchymoses. La poussière et la terre partaient également. Inquiet pour Son état, il s’avança, prenant soin de faire suffisamment de bruit pour être entendu, mais pas trop pour ne pas La déranger. Dans ces moments-là, Elle avait besoin de faire le vide dans Son esprit. En entendant le froissement des vêtements, Elle tourna très légèrement la tête, le regard bas. Alistair devinait Sa fatigue, et cette peine lourde que ressentent les soldats au front. Il s’installa à Ses côtés, sous l’eau chaude ; et L’enlaça tendrement, sans trop appuyer. Elle se retourna face à lui, et, sans lever les yeux, enfouit Sa tête dans le creux de son cou.

Relevant la tête, de retour à la réalité, Alistair était dans le couloir sombre qui menait à la cellule. Depuis les combats, il s’était souvent demandé si c’était bien Elle. Si ce n’était pas juste une créature qui L’avait bien connue. Et lu dans son esprit. Une créature capable de lire non seulement les pensées, mais également les souvenirs ! De ce qu’Elle lui avait expliqué, la télépathie basique consistait à lire les pensées instantanées. Tout le monde n’en était pas capable, cela nécessitait un grand pouvoir psychique. Et si l’on était assez puissant, on pouvait capter les impressions de chacun sur les individus qui l’entourent, leurs émotions.

L’étape suivante consistait à être capable de remonter dans la mémoire de l’individu, tout en captant les pensées et les émotions du moment du passé, et en les dissociant de ceux du présent. Remonter dans la mémoire était dangereux : si l’on n’était pas suffisamment fort, on pouvait détériorer la mémoire, la changer, en supprimer des évènements, des personnes, et cela de manière définitive.

Et enfin, il y avait les plus puissants. Eux étaient capables, en plus de ces prodiges, de modifier volontairement, selon leur volonté, leur mémoire, mais aussi, leurs émotions passées et actuelles, et enfin, manipuler les individus à leur guise. Leur créer des sentiments, des affinités et des animosités, des envies, des culpabilités. Certains en usaient pour pousser leurs victimes au suicide, au meurtre, à faire leurs basses besognes, ou encore, à créer un sentiment similaire à l’amour, ou de la dépendance affective. Bien que cela soit faux, si le cerveau est persuadé que la donnée est vraie, alors l’individu est pris au piège. Les maux causés à l’esprit sont bien plus difficiles à guérir que ceux de la chair.

À quelques mètres de la porte, Alistair remarqua que quelque chose n’allait pas : l’épaisse porte de bois était grande ouverte. Cela ne signifiait rien de bon. Hâtant le pas, il vit la cellule vide. Les chaînes gisaient nonchalamment sur le sol. Il n’y avait aucune trace de lutte. Les serrures n’avaient pas été forcées. Pas de sang frais non plus. Inquiet, Alistair se dirigea vers la porte émeraude, espérant qu’un gardien pourrait lui en dire davantage. Mais il n’y avait que l’eau sombre aux reflets vert brillant. Après tout, peut-être qu’il n’y avait jamais personne ici ! Il n’avait jamais pensé à cela.

« Tu ne La trouveras jamais ici…

La voix venait de la première cellule. En effet, maintenant qu’il y pensait, il n’avait pas entendu pleurer. Intrigué par ces propos, Alistair sortit lentement de la pièce, pour se positionner à quelques pas de la première porte. Conscient qu’il s’agissait probablement d’un mensonge, ou d’un délire, il ne voulait pas y prêter trop d’attention. Mais la curiosité était là. Alistair se tenait droit, face à une porte de bois.

Soudain, il se rendit compte qu’il était seul, dans le couloir le plus dangereux de la prison. Seul, avec les prisonniers.

Il se tenait à quelques pas de la porte, craignant que la porte soit propulsée, et que le détenu lui saute dessus. Un frisson lui parcourut le dos. Le couloir était froid et humide. Et sa faible position n’était pas pour réchauffer l’atmosphère. Fixant la porte avec défi, il se demandait s’il n’avait pas rêvé. C’était la première fois qu’il entendait quelqu’un parler derrière cette porte. C’était une voix rocailleuse et masculine. Après deux minutes de silence, il décida de remonter.

— Elle n’est pas ici…

— Qui êtes-vous ? s’écria Alistair en direction de la cellule.

Al accourut à la porte, le cœur palpitant, la gorge serrée. La tête mêlée de surprise, d’appréhension et d’empressement.

— Qui êtes-vous ? répéta Alistair, le souffle court. De qui parlez-vous ?

Il ne savait pas très bien s’il voulait entendre la réponse. Ni même s’il voulait croire à sa véracité. Mais pour le moment, cet homme était le seul à lui parler.

— Ils L’ont emmenée…

Sa voix ressemblait davantage à un murmure. Il semblait fatigué. La voix éraillée. Alistair se demandait quels sorts avait subis ce prisonnier. Si les tortures étaient les mêmes pour tous. Et surtout, pour quelle raison il se trouvait là. Derrière l’épaisse porte, il entendit des pas traînants, et un souffle rauque. Tendant l’oreille, attentif au moindre son produit, Alistair retenait son souffle.

— Elle ne doit pas être réveillée… Ils l’ont emmenée… Vous ne devez pas La réveiller…

— Pourquoi ? Qu’est-ce qui arriverait ?

— Elle ne pardonnera pas… Vous en paierez le prix…

— Pourquoi ? Qui est-ce ? »

Mais il n’y eut plus aucune réponse. Les pas traînants retournèrent dans l’autre sens. Alistair savait qu’il n’était plus nécessaire de tenter quoique ce soit. Alors, il remonta pour de bon.

Les paroles de cet homme étaient inquiétantes. La situation était déjà complexe, mais les questions se remirent à fuser avec force. L’identité de la détenue restait floue. Plus il y pensait, plus il se rendait compte que rien ne prouvait réellement qu’elle puisse être Elle. Il était sûr d’une chose : son identité était la clé.

Il faisait nuit dans la forêt. Gayette dormait paisiblement. La chaumière était silencieuse. Charlie était reparti. Et Lucius, lui, n’arrivait pas à dormir. Le pétale de glace s’était illuminé, et ne s’éteignait pas cette fois-ci. La forme noire n’avait pas refait surface. Les visions non plus. Mais le pétale était allumé, et lévitait, seul. Cela n’était jamais arrivé auparavant. Et compte tenu des circonstances, et des évènements récents, Lucius sentait qu’il y avait une raison à cela. Que, peut-être, le pétale voulait le guider. Alors, il se releva, poussa la couette, s’habilla, et, comme il s’y attendait, le pétale se trouvait face à lui, à l’angle de la porte de sa chambre. La scène était telle qu’il se demanda s’il n’était pas en train de rêver.

Le pétale avança dans le couloir. Et, dans sa course lente, son halo orangé le suivait telle la flamme d’une bougie. Lucius n’avait pas peur. Il était intrigué de ce nouveau fait. Il voulait en savoir plus. Il voulait comprendre.

Lorsque le pétale traversa la porte d’entrée, Lucius courut préparer un sac à dos, prit un manteau, et partit suivre le pétale dans la forêt. Tandis qu’il fourrait hâtivement un sweat-shirt et sa brosse à dents dans son sac, Lucius se sentait coupable d’agir ainsi, sous le toit de Gayette. C’est comme s’il se sauvait. Comme s’il abandonnait cette femme qui avait veillé sur lui. Lucius tenait beaucoup à Gayette, mais son cœur lui disait de suivre le pétale.

Il préviendrait la vieille femme plus tard, il n’y avait pas de raisons de s’inquiéter. C’était juste pour une petite balade en forêt !

N’étant pas familier des petits chemins, il suivait le pétale de près. Et tentait même d’entrer en contact avec lui. Mais le pétale restait silencieux.

Lucius espérait ne pas aller au-devant d’ennuis qu’il ne saurait maîtriser. Il faisait très sombre. La seule lumière émanait du pétale. Autant dire qu’il n’y voyait pas grand-chose… Les feuillages étaient bien trop denses pour laisser filtrer l’éclat de la lune. De toute façon, elle était en croissant cette nuit. Le ciel n’était pas très étoilé. « Peu de planètes sont mortes », pensa Lucius.

Il était très fréquent que, lorsque le jeune homme admirait les astres, il ait un pincement au cœur, en pensant que chaque étoile était la mort d’un astre. C’était comme s’il admirait un cimetière astronomique.

Concentré sur son trajet, il essayait de ne pas glisser sur l’humus ni de s’empêtrer dans des fougères ou des buissons de houx. Bien qu’il ne soit pas de nature craintive, les bruits nocturnes, amplifiés par l’obscurité, n’étaient pas pour le ragaillardir. Ses tremblements n’étaient pas dus à la frayeur. L’humidité et la fraîcheur de la forêt en étaient responsables.

De nombreux animaux nocturnes s’attelaient à leurs tâches. Il entendait les mulots courir sous les feuilles mortes, les hiboux et chouettes hululer et partir à la chasse, quelques sangliers couraient au loin, et il reconnut même un cerf gali. Le pas de cet animal féerique était accompagné du bruissement de ses ailes tintinnabulantes.

Plus il avançait, plus l’irritation gagnait du terrain. Il faisait froid ! Il faisait humide ! Il faisait nuit noire ! Il ne voyait rien ! Il ne savait pas où il allait ! Et il avait faim ! Seulement, contre qui crier ? Personne ! Car, s’il s’en prenait au pétale, qui lui garantissait qu’il n’aurait pas un retour de monnaie ? Alors, il se taisait, frustré de ne pas pouvoir expulser son ras-le-bol.

À ce moment-là, il remarqua que le sol devenait plus dur. Que les feuilles mortes laissaient place à la terre et aux pierres. Les arbres étaient moins nombreux, et plus jeunes. Ils sortaient de la forêt ! Relevant la tête vers le pétale, il vit au loin l’arrêt de bus par lequel il venait rendre visite à Gayette. Ils avaient déjà parcouru tout ce chemin ?

« Gayette va s’inquiéter », se dit le jeune homme avec une pointe de regret. Mais il devait suivre le pétale. Elle comprendrait.

En arrivant au bord de la route, le pétale ne s’arrêta pas, et prit le chemin de la ville. Il n’escomptait tout de même pas que Lucius fasse tout le trajet à pied ?! Il en était hors de question ! Ses jambes étaient lourdes, ses cuisses lui faisaient mal, ses pieds étaient engourdis, et son dos était en compote ! Il ne pouvait plus avancer. Et il n’en avait plus envie !

Alors, il balança son sac, sans délicatesse, au sol, et s’affala par terre. Comme s’il avait ressenti l’abandon de Lucius, le pétale fit demi-tour, et se mit devant ses yeux. Lucius comprenait bien que le pétale venait lui redonner du courage, mais il n’avait aucune idée de leur destination, et donc du temps de marche qu’il lui restait.

« Laisse-moi deux minutes pour reprendre alors, d’accord ? »

Et, comme s’il avait compris, le pétale alla attendre deux mètres plus loin. La situation était étrange. D’habitude, ils communiquaient via les visions et les sensations. Là, il suffisait à Lucius de penser, pour que le pétale comprenne, et lui donne une réponse. Peut-être avaient-ils évolué dans leur relation. Peut-être que ses pouvoirs avaient grandi, et qu’il pouvait désormais communiquer plus facilement avec le pétale ! Ce serait une très bonne nouvelle ! Cela lui éviterait les visions d’horreur. Avec un peu de chance…

Soudain, au loin surgit le grognement d’un moteur : une voiture arrivait. Ne souhaitant pas être vu, et ne sachant quel type d’individu se trouvait à l’intérieur, Lucius alla se cacher derrière un buisson. De là, il pourrait voir le passage du véhicule. Seulement, la voiture ne passa pas son chemin. Lucius la vit ralentir, puis s’arrêter sur le bas-côté, là où se trouvait plus tôt le pétale. Le conducteur n’éteignit pas le moteur ni les phares. La portière s’ouvrit.

Lucius était désormais bien éveillé. Son corps endolori n’était plus que le cadet de ses soucis. Les douleurs auraient pu cesser d’exister, cela aurait été la même chose. Si l’individu pouvait avoir seulement envie de faire une pause, il pouvait également être là pour une tout autre raison… Ayant la lumière des phares dans les yeux, Lucius ne put voir le visage de la personne. Mais elle semblait savoir qu’il était là.

Le pétale s’était réfugié sous son manteau, tout contre le jeune homme. L’inconnu ne pouvait donc pas voir de lumière ! C’était un homme. Il portait un long manteau et des chaussures de ville. Lucius retint son souffle. Il se sentait piégé. L’individu s’arrêta à quelques pas devant lui. Un instant, Lucius se dit qu’il avait juste envie de se dégourdir les jambes, avant de reprendre la route. Et s’il avait une envie pressante ?

« Et s’il me pissait dessus ? se dit Lucius, écœuré à l’idée de s’être caché à cet endroit précis. »

« A priori, vous n’étiez pas au courant de notre rendez-vous Lucius !

Le professeur Turpin ricana légèrement de voir son élève ainsi accroupi.

Eh bien pour une surprise ! Le pétale s’échappa rapidement du manteau de Lucius, et vola à toute vitesse en direction du professeur. Il tournoya tout autour de lui, s’illuminant de rose et de jaune. M. Turpin rit de bon cœur, et tendit sa main, sur laquelle se posa délicatement le pétale. À la lueur orangée, Lucius vit que le professeur semblait ému de cette vision. Il regardait le pétale avec émotion, un sourire flottant sur son visage. Sortant de sa cachette, il n’arrivait toujours pas à y croire !

— C’est lui qui m’a prévenu, dit le professeur en levant sa main avec le pétale qui restait à la verticale. Selon ses dires, c’est Bloody Freddie qui vous a attaquée ?

Sa voix s’était durcie. Il devait la connaître : la gravité de la chose lui semblait évidente. N’ayant pas retrouvé l’usage de la parole, Lucius se contenta de hocher la tête.

— Vous ne pouvez pas rester dans la forêt, reprit le professeur sur le même ton. Vous vous retrouveriez piégé. Si elle a pu percer la protection, alors elle le refera. Et elle ne reviendra sans doute pas seule. Venez, nous ne devons pas rester là. »

Continuez à regarder !
L'histoire devient intense ! Passez sur l'application pour continuer la lecture
Débloquer tous les épisodes
Ouvrir le site officiel

Vous aimerez aussi

Couverture du roman Destinée à l'Ennemi de Mon Ex après la Renaissance
8.3
Assassinée par son mari Evelyn Knight renaît le matin de ses noces. Déterminée à ne plus subir la trahison de Nathaniel elle fuit l'autel pour solliciter l'aide de son pire ennemi Julian Everett. Ce qui débute comme un pacte stratégique pour se venger se transforme en une passion dévorante. Face au danger Julian devient son protecteur obsessionnel. Evelyn ne cherche plus seulement la survie mais une contre-attaque impitoyable où l'amour et la revanche s'entremêlent enfin.
Couverture du roman Entre ombres et espoirs :La quête de la vérité
8.1
Élise reste marquée par le naufrage tragique de Thomas, son ancien amant. En cherchant la vérité sur ce drame, elle met au jour une organisation criminelle dirigée par des proches insoupçonnables. Épaulée par Clara et par Samuel, un homme rongé par le remords dont l'affection grandit, elle défie les trahisons pour démanteler ce réseau corrompu. Ce combat périlleux transforme Élise, lui offrant une force nouvelle et un amour inattendu au cœur d'une quête de justice et de résilience.
Couverture du roman Il a volé mon utérus et a tout perdu.
9.1
Adrien a mutilé son ex-femme pour venger ma fausse couche. Mais la veille de nos noces, je découvre leur liaison : elle porte son enfant grâce à mon utérus qu'il m'a volé, me rendant stérile. Pour me faire taire, il me livre à des brutes. Il ignore toutefois ma véritable identité. Je suis l'héritière d'une lignée surpuissante capable de le briser. Alors qu'on m'agresse, j'alerte mon vrai fiancé. Ma vengeance sera totale face à cette trahison atroce.
Couverture du roman La vengeance du meurtrier de mes parents
9.0
Randolph Truman a grandi sous la tutelle de son oncle Cordell, ignorant que ce dernier avait tué ses parents pour leur héritage. Après avoir bâti un empire biotechnologique, Randolph est trahi par Cordell, qui le fait accuser de viol pour le dépouiller. Exilé et brisé, il revient cinq ans plus tard à la tête d'une armée surpuissante. Devenu milliardaire et influent, il confronte enfin son bourreau. Face à sa puissance retrouvée, ceux qui l'ont humilié supplient désormais sa grâce.
Couverture du roman La vengeance d'une femme
9.2
Animée par un désir de justice implacable, une jeune femme se lance dans une quête sanglante pour venger l'assassinat des membres de sa famille. Cependant, alors qu'elle pensait avoir tourné la page, les conséquences de ses actes passés finissent par la rattraper brutalement. Confrontée à un cycle de violence qui semble sans fin, comment parviendra-t-elle à surmonter ce nouveau défi ? Plongez dans ce récit d'action moderne où le passé ne meurt jamais vraiment.
Couverture du roman LE CŒUR DE LA PRINCESSE
8.9
La princesse Ciara al Qadar subit des fiançailles sans passion tandis que son cœur bat pour le cheikh Falk bin Alon. Une tempête de neige forcée les réunit, libérant une attirance irrépressible. Après une nuit intense, Falk exige qu’elle rompe son engagement, mais Ciara, marquée par son passé, refuse de se soumettre. Alors qu'un agresseur la traque, Falk se mue en protecteur dévoué. Face au péril, il doit apprivoiser l'esprit rebelle de celle qu'il aime pour la sauver.