
L'Oubli Béni de Léo
Chapitre 2
La lumière blanche de l'hôpital était agressive. Une douleur sourde martelait mon crâne. J'ai ouvert les yeux. Une infirmière ajustait ma perfusion.
« Vous êtes réveillé, Monsieur Dubois. »
Sa voix était douce.
« Où suis-je ? »
« À l'hôpital de Vernon. Vous avez eu un accident de voiture. »
Un accident. Les images étaient floues. Une route de campagne, la pluie battante, des phares aveuglants. C'est tout.
La porte s'est ouverte. Un jeune homme s'est précipité à mon chevet. Je l'ai reconnu tout de suite.
« Antoine ! »
Il a semblé soulagé. « Léo ! Tu te souviens de moi ? »
« Bien sûr. Tu es mon meilleur ami. Qu'est-ce que je fais ici ? »
Le visage d'Antoine s'est crispé. Il a hésité, puis a posé la question qui semblait lui brûler les lèvres.
« Et... Camille ? Tu te souviens de Camille ? »
J'ai froncé les sourcils. Le nom ne me disait rien. Absolument rien.
« Qui est Camille ? »
Antoine m'a fixé, les yeux écarquillés. Il a sorti son téléphone, a tapoté l'écran et me l'a tendu. C'était une photo de moi avec une femme d'une beauté froide, presque glaciale. Je ne l'avais jamais vue.
« C'est Camille de Martel. Ma sœur. »
Il a repris son souffle.
« La femme que tu as aimée, que tu as poursuivie comme un fou pendant sept ans. »
Sept ans. Le chiffre a résonné dans le vide de ma mémoire. C'était impossible.
« Je ne la connais pas. »
Antoine a passé une main lasse sur son visage. « Je sais. Les médecins appellent ça une amnésie sélective. Tu te souviens de tout le monde, sauf d'elle. »
Il a continué, sa voix dure.
« L'accident... ce n'était pas un hasard. Tu étais avec elle en Normandie. Elle t'a abandonné sur le bord de la route, en plein orage. »
« Pourquoi ? »
« Parce que son ex, Julien Valois, venait d'atterrir à Paris. Elle est partie le rejoindre. Elle t'a laissé là, comme un chien. »
Les mots d'Antoine étaient brutaux. Je ne voulais pas le croire. Un amour de sept ans ? Une obsession ? Ça ne me ressemblait pas.
« Je ne comprends pas. »
« Regarde ton téléphone. »
L'infirmière l'avait posé sur la table de chevet. Je l'ai pris. Mes mains tremblaient légèrement. La galerie de photos. Des milliers de clichés. Tous de la même femme. Camille. Sous tous les angles. Souriante, pensive, distante. Elle était partout. C'était écœurant.
Puis j'ai ouvert une application. Un journal intime. Le dernier message datait du jour de l'accident.
« Elle ne portera jamais "L'Éternelle Attente". Le parfum que j'ai créé pour elle. Sept ans de ma vie, distillés dans un flacon qu'elle ignore. Aujourd'hui, elle est partie pour lui. Encore. La pluie tombe. Je ne sens plus rien. »
Un dégoût profond m'a envahi. Le dégoût de cet homme que j'étais. Cet étranger pathétique.
J'ai regardé Antoine.
« C'est fini. »
J'ai ouvert la galerie de photos et j'ai appuyé sur "Tout sélectionner". Puis sur "Supprimer". Des milliers d'images ont disparu en une seconde. J'ai fait de même avec le journal.
« Léo, qu'est-ce que tu fais ? »
« Je me libère. »
Le téléphone a sonné. C'était ma mère. Sa voix était inquiète.
« Léo, mon chéri, comment vas-tu ? On a eu si peur... N'oublie pas ton engagement. La famille Renaud nous attend à Lyon. »
L'engagement. Une vieille histoire. Un arrangement entre nos familles que j'avais toujours refusé. À cause d'elle. À cause de Camille.
« Maman. »
« Oui ? »
« Je rentre à Lyon. J'accepte. »
Un silence surpris à l'autre bout du fil. Puis la voix soulagée de ma mère.
« Vraiment ? Mais... et Camille ? »
J'ai regardé le mur blanc de la chambre.
« Je ne sais pas qui c'est. Et je ne veux plus jamais le savoir. »
Vous aimerez aussi





