
L'Oubli Béni de Léo
Chapitre 3
Une semaine plus tard, j'étais de retour dans mon appartement parisien. Les cartons étaient partout. Je partais pour Lyon le lendemain. Il ne me restait qu'une chose à faire : récupérer ma lettre de démission signée. Une formalité qui nécessitait la signature de la directrice de la maison de luxe pour laquelle je travaillais. La directrice, c'était elle. Camille de Martel.
Je l'ai trouvée dans un café près de la Seine, comme me l'avait indiqué Antoine. Elle était assise à une table, le dos droit, l'air impérieux. En me voyant approcher, son visage s'est durci.
« Tu me suis encore ? Léo, ça devient pathologique. »
Sa voix était froide, coupante. Je n'ai rien ressenti. Ni colère, ni tristesse. Juste une distance infinie.
Un homme élégant s'est assis à côté d'elle. Il lui a pris la main. C'était Julien Valois, l'ex pour qui elle m'avait abandonné. Je l'ai reconnu sur certaines photos que j'avais effacées.
« Camille, mon amour. Qui est cet homme ? » a-t-il demandé d'un ton faussement nonchalant.
« Personne. Juste une vieille connaissance un peu trop insistante. »
Elle a dit ça en me regardant droit dans les yeux. C'était une humiliation délibérée. L'ancien moi aurait été anéanti. Le nouveau moi a simplement tendu le document.
« Je suis venu pour ça. Ma démission. J'ai besoin de ta signature. »
J'allais ajouter que j'avais perdu la mémoire, que tout cela n'avait plus d'importance. Mais Julien m'a coupé.
« Une démission ? Tiens, tiens. Le grand parfumeur Dubois jette l'éponge ? »
Camille a haussé un sourcil, surprise. Elle a pris la lettre, un pli de mépris au coin des lèvres.
« Tu abandonnes si facilement ? Ce n'est pas ton genre. D'habitude, tu supplies. »
Son observation était juste. Je n'étais plus le même. Et ça semblait la dérouter. Pour la première fois, une lueur de curiosité a brillé dans ses yeux froids.
Julien, lui, s'est tourné vers moi avec un sourire mielleux.
« Alors, vous partez ? Vous la laissez enfin tranquille ? Vous savez, nous avons une longue histoire, Camille et moi. Un amour de jeunesse qui ne s'est jamais vraiment éteint. »
Il parlait à l'homme qu'il pensait être son rival, sans savoir qu'il n'y avait plus personne en face de lui. L'ironie était presque comique.
« Je lui souhaite tout le bonheur du monde, » ai-je répondu d'une voix neutre.
Mon calme semblait le déstabiliser encore plus que la colère.
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