
"L'ombre du Milliardaire"
Chapitre 2
La carte noire reposait sur la table du salon, solitaire, menaçante. Depuis son retour de cette soirée étrange, Alice n'avait cessé de la fixer, comme si elle allait lui révéler, par miracle, ce qu'elle devait faire. Le nom de Gabriel Hartman y était inscrit en lettres dorées, accompagné d'une adresse et d'une heure.
Elle aurait pu l'ignorer. Elle aurait dû l'ignorer.
Mais elle était encore là, à peser le pour et le contre, incapable de tirer un trait sur la conversation de la veille. Les mots de Gabriel résonnaient dans son esprit comme une mélodie obsédante.
* »Je vous donne une chance d'écrire la suite. »*
C'était insupportable. Elle n'aimait pas cette sensation de perdre le contrôle, de se sentir comme une simple pièce sur un échiquier dont elle ne comprenait pas les règles.
Le matin passa dans un flou, son café refroidissant sur la table sans qu'elle ne daigne y toucher. Ses mains effleuraient son téléphone, hésitantes. Elle avait supprimé le message du mariage, mais les mots s'étaient imprimés en elle comme une brûlure indélébile.
Clara.
Ethan.
Ensemble.
Et cet homme, ce Gabriel Hartman, qui prétendait avoir orchestré tout cela.
Elle ferma les yeux un instant, prenant une inspiration tremblante. Une partie d'elle voulait fuir, se convaincre qu'elle n'avait pas besoin de réponses. Mais une autre, plus sombre, plus rancunière, voulait savoir. Elle voulait comprendre.
L'heure approchait.
Alice attrapa son manteau, enfilant des bottines noires avant de s'engouffrer dans la nuit naissante.
L'adresse la mena dans un quartier qu'elle ne connaissait pas vraiment. Loin des gratte-ciel imposants et du tumulte des rues bondées, elle se retrouva devant un immeuble discret mais visiblement luxueux. Une façade sobre, des vitres teintées, une entrée surveillée par un portier à l'allure impeccable.
Elle hésita à avancer, mais l'homme la regarda à peine avant de lui ouvrir la porte.
- Monsieur Hartman vous attend, mademoiselle Evans.
Elle ne prit même pas le temps d'être surprise. Bien sûr qu'il savait qu'elle viendrait.
Un ascenseur la conduisit silencieusement à l'étage supérieur. Les portes s'ouvrirent sur un vaste salon à la décoration minimaliste, baigné dans une lumière tamisée.
Et là, au centre de la pièce, Gabriel Hartman était assis dans un fauteuil en cuir noir, une coupe de whisky posée sur la table basse devant lui.
Il leva à peine les yeux lorsqu'elle entra, se contentant de faire un léger geste de la main.
- Je savais que vous viendriez.
Alice croisa les bras, tentant d'ignorer le frisson qui parcourut sa peau en entendant sa voix grave.
- J'ai failli ne pas le faire.
Un sourire imperceptible effleura ses lèvres.
- Mais vous êtes là.
Elle ne répondit pas, préférant s'avancer lentement.
- Pourquoi moi ? finit-elle par demander.
Gabriel se pencha légèrement en avant, posant ses coudes sur ses genoux.
- Parce que vous êtes la seule qui puisse comprendre ce qui se joue réellement.
Elle haussa un sourcil, sceptique.
- J'ignore même ce que vous attendez de moi.
- Pas encore.
Il lui fit signe de s'asseoir.
Elle hésita, puis s'installa sur le fauteuil face à lui, croisant les jambes avec une apparence de confiance qu'elle ne ressentait pas totalement.
Gabriel prit son verre, fit tourner le liquide ambré avant de le porter à ses lèvres.
- Je vais être franc avec vous, Alice. J'ai joué un rôle dans ce qui vous est arrivé. Mais ce n'est pas aussi simple que vous l'imaginez.
Son cœur rata un battement.
- Expliquez-moi.
Il la fixa longuement avant de poser son verre.
- Certains hommes contrôlent des entreprises, des marchés. Moi, je contrôle des destins.
Elle fronça les sourcils.
- Des destins ?
- J'influence les décisions. J'anticipe les failles, les faiblesses. Je façonne des trajectoires.
Elle sentit un frisson d'inquiétude.
- Et ma relation avec Ethan faisait partie de ces... trajectoires ?
Il acquiesça lentement.
- Oui.
Le poids de cette réponse la frappa de plein fouet.
- Vous... avez détruit ma relation avec lui ?
Gabriel ne sembla pas troublé par la question.
- Non, Ethan l'a détruite lui-même. Je me suis contenté de créer les conditions qui ont accéléré l'inévitable.
Alice serra les poings.
- Pourquoi ?
- Parce que certaines unions sont vouées à l'échec. Et d'autres doivent exister à leur place.
Elle avait l'impression qu'il parlait en énigmes, mais quelque chose lui disait que Gabriel n'était pas homme à parler pour ne rien dire.
- Vous avez influencé Ethan... et Clara ?
- Disons que j'ai soufflé au bon endroit, au bon moment.
Alice sentit une bouffée de colère monter en elle.
- Vous avez manipulé les gens. Vous m'avez manipulée.
- Je vous ai libérée.
Elle se leva brusquement.
- Je n'ai pas besoin de votre vision du destin. Vous jouez avec la vie des autres comme si elles n'avaient aucune importance.
Gabriel la fixa, calme, imperturbable.
- Et pourtant, vous êtes là.
Elle ouvrit la bouche, prête à répliquer, mais aucun mot ne vint. Il avait raison. Elle était venue. Elle voulait comprendre, malgré sa rage.
- Que voulez-vous de moi ?
Un silence.
Puis Gabriel sortit un dossier qu'il posa lentement sur la table.
- Je vous offre une chance. Une proposition qui pourrait tout changer pour vous.
Alice hésita avant de s'asseoir à nouveau, fixant le dossier comme s'il allait la mordre.
- C'est quoi ?
- Un contrat.
Elle releva les yeux vers lui.
- Un contrat de quoi ?
Gabriel posa ses doigts sur le dossier, le faisant glisser vers elle.
- Vous voulez comprendre pourquoi votre vie a pris ce tournant ? Vous voulez reprendre le contrôle ?
Elle hocha la tête, méfiante.
- Alors signez.
Alice inspira profondément, son regard oscillant entre Gabriel et les pages devant elle.
- Et si je signe ?
- Vous entrez dans mon univers. Vous acceptez de voir le monde autrement.
Son cœur battait à tout rompre.
- Et si je refuse ?
Gabriel se pencha légèrement, son regard planté dans le sien.
- Alors vous continuez à vivre dans le mensonge, sans jamais connaître la vérité.
Un choix.
Un pacte.
Alice attrapa lentement le stylo posé près du contrat.
Elle n'avait jamais eu autant l'impression d'être sur le point de franchir une ligne dont elle ne pourrait plus revenir.
Mais après tout, n'était-elle pas fatiguée d'être spectatrice de sa propre vie ?
L'encre coula sur le papier.
Et avec elle, une nouvelle histoire commença
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