
L'objectif trompeur du photographe
Chapitre 2
Point de vue de Chloé Dubois :
Ma voix, quand elle est sortie, était un son rauque, étranglé. « Adrien, tu m'as menti. Pendant trois ans. Tout était un mensonge. »
Il est resté figé dans le couloir, son téléphone toujours à la main, le nom d'Iseult une marque brûlante sur l'écran. Ses yeux, habituellement si chauds et pleins de lumière, étaient maintenant obscurcis par quelque chose que je ne pouvais pas tout à fait déchiffrer – la panique, peut-être, ou une sorte de regret désespéré.
« Chloé, s'il te plaît », a-t-il commencé, la voix basse, mais je l'ai interrompu.
« S'il te plaît quoi ? S'il te plaît, faire comme si de rien n'était ? S'il te plaît, faire comme si je n'avais pas vu un million de commentaires exposant toute ta vie secrète ? » Ma gorge s'est serrée, les mots écorchant mes cordes vocales. « Tu es Clair-Obscur. Tu es un photographe célèbre. Et tu m'as laissé croire que tu ne pouvais même pas prendre une photo nette de mon visage. »
Il a dégluti difficilement, son regard tombant au sol. Le silence s'est étiré, épais et suffocant, entre nous. Chaque seconde semblait être un poids physique qui m'écrasait la poitrine.
Finalement, il a parlé, sa voix à peine plus haute qu'un murmure. « Oui, j'étais Clair-Obscur. Et oui, Iseult... elle était ma muse. Mon monde, pendant longtemps. » Il a marqué une pause, une profonde inspiration tremblante s'échappant de ses lèvres. « Je ne vais pas mentir et dire que je ne pense jamais au passé. Parfois, une chanson, une odeur... ça fait remonter des souvenirs. »
Mon cœur s'est serré, une contraction douloureuse et viscérale. Mon monde, pendant longtemps. Il l'admettait. Il admettait qu'il en pinçait toujours pour elle.
« Mais Chloé », a-t-il continué, levant les yeux pour rencontrer les miens, un appel désespéré dans leur profondeur. « C'était avant. Maintenant, c'est maintenant. Nous avons une vie ensemble. Une belle vie. »
Une belle vie construite sur un tissu de mensonges. L'ironie avait un goût amer dans ma bouche. Pensait-il vraiment que cela suffisait ? Que quelques mots doux pouvaient effacer des années de tromperie ?
« Alors », ai-je insisté, ma voix tremblante mais ferme, « si Iseult, ton "monde", avait soudainement besoin de toi, vraiment besoin de toi... que ferais-tu ? Est-ce que tu plaquerais tout pour elle ? »
Il a tressailli, ses yeux se détournant. « Chloé, ce n'est pas juste. C'est juste une amie maintenant. Un chapitre du passé. » Il a fait un pas hésitant vers moi, tendant la main. « Viens ici, parlons-en correctement. Tu es bouleversée, et je comprends. Mais on peut surmonter n'importe quoi. »
J'ai reculé, secouant la tête. « Non. Non, on ne va pas juste discuter. Je t'ai posé une question directe. Irais-tu la rejoindre ? » Ma voix montait maintenant, trahissant la peur brute qui s'enroulait dans mes entrailles. « Parce qu'elle n'est clairement pas juste un "chapitre du passé" pour toi, Adrien. Pas quand tu pleures sur ses photos. Pas quand tu as abandonné ta passion pour elle. »
Il a soupiré, passant une main dans ses cheveux. « Tu es fatiguée, Chloé. Allons nous reposer. On parlera demain matin. » Il a essayé de me contourner, se dirigeant vers la chambre.
« Non ! » ai-je crié, le son résonnant dans l'appartement silencieux. « Non, on ne va pas se reposer ! On ne parlera pas demain matin ! Je veux une réponse, Adrien. Tout de suite. »
Mon esprit s'emballait, reliant des points que je n'avais même pas réalisé qu'ils existaient. Des chuchotements dans le milieu, des rumeurs sur la récente baisse de carrière d'Iseult, une campagne ratée, un besoin désespéré de revenir sur le devant de la scène. Un photographe de légende serait son ticket d'or. Et Adrien, mon mari, était cette légende.
La pensée, brutale et glaçante, m'a frappée : il irait. Il me quitterait. Il l'aimait toujours.
« Dis-moi, Adrien », ai-je murmuré, ma voix se brisant. « Est-ce que tu vas retourner avec elle ? C'est ça ? Est-ce que tu vas me quitter pour Iseult ? »
Il s'est arrêté, le dos tourné, les épaules affaissées. « Non », a-t-il dit, la voix rauque. « Bien sûr que non. »
Comme par hasard, son téléphone, toujours serré dans sa main, a vibré à nouveau. L'écran s'est allumé, un phare dans le couloir sombre. Iseult Rocher.
Mon souffle s'est coupé. Il a essayé de se détourner, de répondre discrètement. Mais j'ai été plus rapide. J'ai bondi, attrapant la manche de sa chemise, mes doigts s'y enfonçant. « Réponds », ai-je exigé, ma voix basse et féroce. « Réponds. Sur haut-parleur. »
Il s'est figé, son corps rigide, ses yeux écarquillés d'un mélange de peur et de quelque chose qui ressemblait à un désespoir piégé. Il a regardé le téléphone, puis moi, puis de nouveau le téléphone. Le bourdonnement continuait, implacable.
Finalement, avec un soupir de défaite, il a mis le haut-parleur.
« Adrien, chéri ? » La voix d'Iseult, douce et langoureuse, a rempli la pièce. « Mon amour. Je suis si contente que tu répondes. »
Mon amour. Les mots étaient une lame dans ma poitrine. Le corps d'Adrien s'est raidi encore plus. Il n'a rien dit, fixant simplement le téléphone comme si c'était un serpent venimeux.
« J'ai besoin de toi, Adrien », a continué Iseult, sa voix empreinte de ce qui semblait être une véritable détresse. « Mon défilé... c'est un désastre. Mon photographe vient de partir, prétendant qu'il ne peut plus "capturer mon essence". C'est un gâchis. Toute ma carrière est en jeu. » Sa voix s'est étranglée dans un sanglot fragile. « Il n'y a que toi qui comprennes vraiment ma lumière, mes ombres. Il n'y a que toi qui puisses faire ça. S'il te plaît, s'il te plaît, reviens vers moi. »
Les yeux d'Adrien, larges et sans expression, semblaient se voiler. Il se tenait là, comme une marionnette dont les ficelles avaient été saisies par une main invisible. J'étais toujours accrochée à sa manche, mais il ne semblait même plus remarquer ma présence. Son regard était fixé sur un point lointain, perdu dans un souvenir, un fantasme, un passé qui était soudainement très, très présent. Toute son attention, toute sa concentration, s'était tournée vers elle, comme l'aiguille d'une boussole trouvant le nord.
« S'il te plaît », a de nouveau murmuré Iseult, sa voix épaisse de larmes non versées. « Je suis si perdue sans toi. »
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