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Couverture du roman L'institut

L'institut

Imaginez que chacun de vos travers prenne vie sous les traits d'un personnage de fiction. Qui naîtrait de vos propres failles ? Dans ce récit psychologique, Henry tente de s'affranchir de l'emprise étouffante de son frère. En s'immergeant au sein d'un groupe singulier, il cherche désespérément une issue pour se libérer de ce lien fraternel toxique. Parviendra-t-il enfin à ses fins au milieu de ces autres reflets ? Une quête d'identité complexe commence.
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Chapitre 1

Chambre 2B-43 - Henry

C'est un choix que j'ai fait, vivre enfermé et fou mais heureux. En fait je vivrais bien libre et fou mais jamais les médecins me laisseront partir.

Pour faire une histoire courte depuis que mon frère jumeau est mort je le vois en fantôme, le médecin dit que c'est pour combler un manque. Quel manque ? C'est lui qui faisait une fixation sur le fait qu'on était quasi fusionnel, qu'on ressentait l'émotion de l'autre. Quand on était jeune, j'étais timide alors je me suis collé à lui pour faire partie de sa bande.

L'an passé il est décédé d'une overdose, au moment où je l'ai appris, il était déjà chez moi. J'ai tout essayé pour l'ignorer mais il trouvait toujours un moyen pour que je me trahisse. Donc pour l'instant on coexiste dans cette petite chambre sans fenêtre. Je vois le médecin une fois par jour, en fait on voit le médecin, il est beaucoup plus présent dans ce temps là et c'est compréhensible.

- Tu sais que je t'entends ? : Dit-il.

- Oui je sais, j'essayais juste de me rappeler comment tout ça avait commencé mais j'ai pas vraiment envie de te parler là. Tu feras ton numéro devant le médecin tout à l'heure.

- Me semble que ça fait longtemps qu'on a pas joué au baseball, tu te souviens quand j'avais arraché la branche d'un arbre pour me faire un bâton.

- Commence pas avec ça, je l'ai entendue une centaine de fois cette histoire-là.

- T'as déjà songé à ce que les gardiens voient sur les caméras ? Ça doit être spécial de voir quelqu'un se parler à soi-même !

- Au point où j'en suis je m'en fout un peu tu sais. T'as juste à t'en aller et le problème sera réglé.

- Tu sais que je ne peux pas faire ça frérot...

- Je t'arrête tout de suite avant que tu dises quoique ce soit, je t'ai demandé de la fermer tout à l'heure.

J'ai pris une grande inspiration. Tous les jours je me posais les mêmes questions, Comment faire pour m'en débarrasser ? Qu'est-ce qui avait déclenché ça ? Était-ce dû à la mort de ma mère ?

- Être ou ne pas être voilà la question.

Il ne pouvait pas s'empêcher de placer une phrase

- La ferme ! L'autre débile s'en vient bientôt. C'est rendu que je parle comme toi, tout le monde est stupide mis à part toi.

- T'as raison par rapport à ça, le docteur est un vrai arriéré .

J'ai essayé de lui donner sa chance mais sa médication ne fonctionne pas, la seule chose de bien c'est que je peux dormir la nuit, c'est tout. Dès que j'ouvre les yeux tu es là.

Toc, toc, toc.

- Bonjour Monsieur Sico.

- Je vous ai demandé de m'appeler Henry, c'est mon grand-père qui se faisait appeler comme ça.

- Comment allez-vous aujourd'hui ?

- Pareil qu'hier, je peux déjà répondre à toutes vos questions. Jean est là, il me parle. Je n'ai pas vu d'amélioration dans votre traitement et je sais, selon vous ce n'est pas la médication qui va régler le problème.

- Oui c'est vrai, il faut que vous acceptiez sa mort pour le laisser partir.

- Je l'avais déjà accepté et il n'était même pas encore mort. Alors il peut foutre le camp maintenant !

Jean s'en est mêlé:

- Tu devrais demander d'avoir une femme comme intervenante ça serait plus plaisant à regarder.

- Je ne comprends pas pourquoi vous n'arrivez pas à trouver la solution, c'est vous le spécialiste.

- Tu vois bien que c'est un incompétent, tu te souviens du médecin que papa avait quand on était jeune, bien c'est la même chose.

Le médecin voyait que je commençais à m'impatienter, alors il dit:

- Je vais revenir demain.

- C'est ça revenez demain pour me répéter encore la même chose !

La porte s'est refermée.

Fidèle à lui même mon idiot de frère s'est mis à chanter une de ces maudites chanson de Sinatra.

'''And now, the end is near

And so I face the final curtain

My friend, I'll make it clear

I'll state my case, of which I am certain ''

Chambre 2B-44 - Jessie

Jessie est apparue dans mon cadre de porte.

- Salut Henry, je te dérange ?

Mais c'est Jean qui a répondu en premier.

- Regarde Henry, c'est ta petite copine.

J'ai regardé mon frère et lui ai dit de la fermer. Ce qu'il a fait et j'ai poursuivi:

- Salut Jessie, non tu ne me dérange pas, je vais pouvoir oublier mon idiot de frère pendant quelques instants. Comment ça va aujourd'hui ?

- Moi ça va mais mon père me boude encore et ça, depuis qu'on a franchi les portes de cet institut. Il ne réalise pas qu'il est la cause de tout ça.

Il y a quelques mois, son père a eu un grave accident de voiture et il est décédé. Pendant ses obsèques, elle s'est approchée de sa tombe et elle l'a entendu parler. Elle s'est mise à courir vers sa mère en hurlant que son père était toujours en vie mais elle ne l'a pas cru. Ensuite à l'enterrement il a continué d'émettre des sons.

- Chérie, aide moi, je suis toujours vivant. Elle l'entendait frapper sous le couvercle.

Sa mère l'a retenue de toutes ses forces. Puis le lendemain matin, elle l'a surprise en train de converser avec lui à la table. Personne ne la croyait et c'est ce qu'il l'a mené tout droit dans cet institut.

- Jess ?

Sans réponse.

- Jessie ?

- Excuse-moi j'étais perdu dans mes pensées.

- Tu songeais encore à ton histoire.

- Oui, j'aimerais ça si on pouvait s'entraider dans notre cheminement.

- Pas de problème, l'important c'est de ne pas les ignorer, ça ne donne rien.

- Bon je te laisse, on se revoit tantôt.

- À plus tard.

Jessie est retourné dans sa chambre, son père était dans le coin et ne bougeait pas. Elle lui dit:

- Pourquoi on essaierait pas de vivre dans l'harmonie le temps qu'on sorte d'ici.

Il a pris son ton de père de famille:

- Je veux que tu nous sortes d'ici au plus vite, c'est tout.

- Pourquoi te fâches-tu ?

- Je ne sais pas ce que ta mère fait en ce moment et ça me rend fou.

- Je vais faire un peu de lecture avant d'aller dîner dans la salle commune, si tu changes d'idée fais-moi signe ?

Il a marmonné quelque chose mais je n'ai pas compris.

J'ai pris un livre, je me suis assise sur le lit et j'ai commencé à lire.

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