Couverture du roman La petite fille qui riait tout le temps...

La petite fille qui riait tout le temps...

8.0 / 10.0
Plongez dans La petite fille qui riait tout le temps..., un mystery story captivant. Confrontée à un secret de famille, une jeune femme explore ses souvenirs d'enfance inaccessibles. Ce young adult fantasy novels mêle réalité et imaginaire pour briser le silence d'une vie.
Résumé de La petite fille qui riait tout le temps...
Interrogeant sa tante sur son enfance, une femme s'attend à une réponse tendre. Pourtant, le verdict tombe, glacial : elle était « inaccessible ». Ce mot bouleversant déclenche une quête profonde au cœur des névroses familiales. Entre réalité et imaginaire, deux fillettes cheminent ensemble pour dénouer les secrets du passé. Nicolas Maria livre ici un premier roman initiatique et autobiographique puissant, explorant les récits que l'on se forge pour briser enfin le silence.
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La petite fille qui riait tout le temps... Chapitre 1

À ceux que j’aime

Prologue

C’est un grand couloir, très large, très clair, très long, si long qu’on n’en voit pas le bout. Tout est blanc, le sol, les murs tout est blanc, tout est propre… brillant, rutilant.

D’un côté, une succession de portes fermées, toutes blanches.

De l’autre côté, de grandes baies vitrées donnent sur l’extérieur, sur la campagne…

Dehors, il n’y a pas de clôture, c’est sans doute pour cela que l’air est aussi clair…

Parfois, au loin dans le couloir, une silhouette blanche apparaît, qui disparaît aussitôt, tandis qu’une porte se referme, dans ce qui doit être une chambre…

Sinon le couloir est vide, rien ne bouge, personne…

Sauf cette femme, cette femme seule, qui avance dans ce désert aseptisé, les bras en berceau, vides. Elle pleure, elle geint, elle répète « j’ai perdu la petite fille… » « J’ai perdu la petite fille », comme une mère qui aurait basculé, décompensée, après la perte de son bébé, après la mort de son bébé.

Soudain, je comprends, je suis cette femme qui avance, seule, dans le couloir d’un hôpital psychiatrique, dans ce couloir si grand, si vide.

Au bout d’un moment qui me paraît long, une fillette se tient à mes côtés et me dit d’une voix enjouée :

— Mais non, regarde je suis là !

Une bouffée de joie m’envahit ; je m’accroupis pour me mettre à sa hauteur – elle est petiote – prête à la serrer dans mes bras, rassurée, heureuse ; je pose ma main sur sa tête, elle est apaisante… quand très vite, je m’écrie : « Mais non ! Ce n’est pas elle, elle c’est la raisonnable, celle que j’ai perdue, c’est celle qui riait tout le temps ! »

Alors, attristé, un peu désespéré, désabusé, mon regard se porte au loin, vers l’extérieur, vers la campagne et par-delà la baie vitrée, sous un très gros arbre, très sombre, très dense, comme un gros micocoulier, il y a un gros rocher, et là, assise sur le gros rocher, il y a une petite fille…

Devant elle, sur le sol, dessinée à la craie, il y a une marelle…

La petite fille me regarde et je sais que c’est elle… « la petite fille qui riait tout le temps ».

Oh ! Elle ne me fait pas de grands gestes, elle ne me fait pas coucou, elle me regarde avec un sourire plutôt ironique… elle me regarde plutôt avec un air de dire « arrête, tu vois bien que je suis là ! » avec un sourire qu’on pourrait presque dire sardonique, l’air de dire « mais oui, je suis là… mais tu sais quoi, moi, la seule chose qui m’importe c’est de m’amuser, c’est de rire, de toi, des autres, qu’importe, j’en ai rien à foutre. Pour moi, la seule chose qui m’importe, la seule chose qui est importante c’est de rire – et elle ajoute avec une moue de mépris – alors tu comprends, tes états d’âme… »

Rassurée, j’ai su que « la petite fille qui riait tout le temps » n’était pas perdue. Elle vivait juste cachée, juste pour son propre compte. Cachée depuis longtemps, depuis très longtemps sans doute, mais bien vivante.

Peut-être, de cette petite fille-là, fallait-il s’en méfier un peu, car de moi, des autres, elle n’en avait pas grand-chose à faire, nous n’étions juste pas son problème…

Pourtant elle n’avait pas l’air méchante, elle avait juste l’air de dire : « J’ai pas envie de me prendre la tête ! »

Elle voulait juste s’amuser, juste qu’on la laisse vivre peut-être !

Plus tard, j’ai appris à la fréquenter, ou plutôt à lui rendre visite… la fréquenter serait un bien trop grand mot !

Elle ne se laisse pas fréquenter ! Tout au plus, peut-on ouvrir une porte, une fenêtre et jeter un coup d’œil à la dérobée pour surprendre ce qu’elle fait, ce qu’elle devient…

Par contre ce que j’ai appris, c’est à deviner, à comprendre, comment elle va, ce qu’elle pense en fonction de son attitude, de son comportement.

Parfois, elle joue, elle joue toute seule à la marelle, tranquille, peinarde, hors du temps, et rien ne semble pouvoir la troubler… elle est comme indifférente au monde… comme si elle se suffisait à elle-même…

J’ai constaté que, lorsqu’elle joue comme cela, généralement ma vie est plutôt pleine, remplie, sans grands bouleversements, les choses sont à leurs places, à leurs justes places et je suis moi-même plutôt rassurée, paisible.

Mais cela peut aussi être le grand chambardement ; ça peut bouger dans tous les sens et il faut faire face, mais je suis plutôt à l’aise, je sais ce qu’il faut faire et je le fais même si parfois je ne suis pas tout à fait sûre du résultat… je le fais même si j’ai le sentiment de prendre des risques… Cela semble lui convenir…

Bon d’accord, ce n’est pas souvent qu’elle joue à la marelle, ce n’est pas souvent qu’elle atteint le ciel !

Parfois, elle est assise sur son rocher, comme ailleurs, absente… comme en attente de quelque chose qui tarderait à venir, mais sans impatience particulière !

Dans ces moments-là, ma vie est essentiellement tranquille, mais plutôt un peu insipide, voire un peu tristounette, c’est assez rare, mais cela arrive, comme une respiration… c’est bien aussi !

Et puis… il y a les jours où, assise sur son rocher, l’air boudeur, la tête appuyée dans le creux de sa main, le coude appuyé sur son genou, elle me regarde ! Il n’y a aucune aménité dans son regard, c’est même plutôt d’injonctions qu’il s’agit dans ces moments-là !

Si je suis plongée dans une grande tristesse, ou si je ressasse des choses désagréables, cela m’arrive, son message est clair : « Ça va durer longtemps… tu nous emmerdes ! »

Si je suis plongée dans des abîmes de réflexions, d’incertitudes, cela aussi ça m’arrive, là, l’injonction devient :

« Tu vas te bouger le cul… oui ! »

C’est vrai qu’elle n’a pas un langage très châtié, la petite fille, heureusement qu’elle ne parle pas beaucoup ! Pas souvent ! Mais dans ces moments-là, je sais qu’il faut que je me méfie, que je sois sur mes gardes et que,au risque de lui déplaire, je fasse attention à ne pas me laisser embarquer, attention à ce que je fais, attention à ce que je mets en mouvement, attention à ne pas provoquer une situation bien pire encore que celle dans laquelle je me débats.

Car elle, ce qu’elle ne supporte pas, et ça je le sais, c’est la passivité, c’est l’inaction ! Les résultats, elle s’en moque ! Elle serait plutôt du style à dire : « On verra bien, on fera avec, le moment venu ! »

Une fois, une seule fois, j’ai vu la petite fille pleurer ; elle ne regardait rien ni personne, même pas à l’intérieur d’elle-même, mais de grosses larmes roulaient sur ses joues…

Je n’aurais jamais imaginé voir, un jour, la petite fille pleurer… C’est vrai que ce jour-là, il n’y avait plus rien à faire.

Peut-être que je vous le raconterai.

Ce que je viens de vous conter là, c’est un rêve, un rêve éveillé.

Je ne savais pas qu’il était possible de rêver en pleine conscience, avec pourtant toutes les caractéristiques d’un rêve. D’un vrai rêve. Aucune action, aucune interférence, aucune volonté… Comme un spectateur passif, témoin de son propre inconscient.

Il est vrai que, ce jour-là, j’étais pas mal bouleversée. Je sortais d’une séance d’analyse et j’avais éprouvé (cela ne se reproduira plus jamais) le besoin de confronter mon imaginaire à la réalité, partageable ! Et comme je posais à ma tante cette question toute simple :

— Comment j’étais lorsque j’étais enfant ?

Tandis que je m’attendais à ce qu’elle me réponde :

— Tu riais tout le temps…

Elle eut cette réponse terrible :

— Tu étais inaccessible.

Ce mot « terrifiant »lorsqu’il évoque une petite fille m’avait laissé sans voix.

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Table des matières de La petite fille qui riait tout le temps...

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