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Couverture du roman L'inhumain

L'inhumain

Seul face au vide sur une falaise, un homme contemple le chaos de son existence. À travers un prisme artistique mêlant musique, cinéma et poésie, les fragments de son passé resurgissent. Il revit la précarité, l'absence d'affection et l'ombre de l'inceste. Entre un père ambulancier marqué par le drame de Beaune et une trahison financière fatale provoquée par un patron véreux, le récit dépeint une chute inexorable vers l'abîme. Une quête de vérité brute et douloureuse.
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Chapitre 2

Interlude et autres tours de passe-passe

De la brume.

Du bruit.

Des pas discrets.

Un corps en mouvement.

Des palpitations qui s’accélèrent.

Une butte.

Le corps s’arrête.

Les yeux fixent la ville, le vide.

Rien n’émerge, rien n’apparaît, rien ne se dessine, puis une blancheur spectrale se lève progressivement avec des voiles de fraîcheur virginale révélant le spectacle quotidien du renouvellement de la vie.

Pensée intérieure… « Mama maria ». Ricchi e Poveri… rictus… tout est déjà écrit, bancal, linéaire.

L’automne est ponctué par quelques relents d’arrière-saison.

Dimanche pluvieux, dimanche nostalgique, dimanche pastiche. Clichés jouant son arpège selon l’humeur des gens, selon mon humeur.

La météo est lancée, le journal de la matinée va bientôt commencer.

« Get over you » Sophie Ellis-Bextor. Flux de sonorité exagérément fort émergeant d’un immeuble lointain.

Retour, renvoi à ce même rictus d’autodérision qui se fige.

De nouveau, je suis présent sur cette butte, de nouveau les débris, les vestiges du passé, les cicatrices du souvenir remontent à la surface.

Dimanche…

Disparate.

Dimanche incertain évocateur de souvenirs qui errent au gré des péripéties individuelles. L’âme s’égare dans des méditations personnelles, pourries. L’esprit vagabonde

dans des bulles d’oubli, de bien-être revisitant l’ordinaire routinier. Faux-fuyant.

Brève rupture le temps d’un plateau télé, d’un ciné, d’un livre, d’une BD, d’un kebab, de sorties solitaires ou accompagnées, de sexe animal ou banal et ainsi va le monde.

Oui, ainsi il se cherche…

Mais que recherche-t-il au juste ?

Des pensées, sa personnalité chaotique, complexe, simpliste, guindée, à l’abandon vers des avenirs hypothétiques ?

Des mots sont sur la commissure des lèvres, ils vont bientôt être expulsés, vomis. Ils ne peuvent plus être retenus.

Il faut que la pensée s’extériorise par la parole, il faut que l’âme sorte. Et d’une voix tonitruante, les mots sont éructés.

« Approchez mesdames et messieurs, venez essayer votre dextérité à vos risques et périls. Pile, vous lâchez prise, face vous continuez sans garantie de retour, cela va de soi. »

Expulsion interne à la face du monde.

Il faut continuer.

Tout ce que la pensée rejette en mot est ramené à soi.

Et derrière, le masque des miasmes mentaux tout est prétexte à rire, à pleurer, à critiques, explorant ainsi les panels bien compliqués, contradictoires, boulimiques et anorexiques de l’âme humaine.

Ainsi le contact d’un baiser relève de la comédie humaine chère à Balzac avec quelques connotations, car de nos jours cela se déroule souvent par l’intermédiaire d’un SMS, d’une webcam ou d’un courriel. Ses jeux de rôle, de séduction, de manipulations, de dérives émotionnelles s’effectuent dans une spirale d’enjeux où les fins multiples sont non écrites.

Langage convivial, jovial, raffiné, empoté, exacerbé ; voire grivois, trivial et l’on tue le temps qui passe.

Le brouhaha des mots. On tue toujours le temps, la vie à coup de question-réponse, de phrase inachevée, de mais, de pourquoi et dans le même temps il faut oublier, tout peut s’oublier comme le chantait un certain Jacques Brel.

Ces mêmes mots sont la vitrine représentative d’attitudes télécommandes, d’intégrations entremêlées de considération sur l’apparence physique.

On est assimilé à une image souvent le reflet d’une caste plus ou moins évocatrice de notre situation. Peu importe la raison, on se focalise toujours sur la première impression. L’apparence toujours l’apparence.

Depuis ce monticule de terre, je surplombe l’espace, la ville, les gens. J’aimerais… j’aimerais… J’aimerais.

De la pensée à la parole je passe d’un extrême à l’autre.

Et de reprendre en tonnant à un auditoire muet :

« De la tragédie, du rire, des larmes, mais pas forcément dans cet ordre, voilà ce que je vous propose, voilà ce que je vous offre le tout agrémenté d’un peu de sexe. Des thèmes en équilibre sur un fil, le fil de la vie. »

Une chanson de kali, un groupe d’inconnu qui s’amuse, vocifère et la télécommande de l’attention change de chaîne et de registre. Un jus de pomme, un thé, un Monaco, une bière blanche, blonde ou brune et maintes boissons à degré et les humeurs sont relancées. Couples en projets avec son échelle de fidélité graduée à plus ou moins longs termes. Mariages, enfants, tromperie, divorce, veuvage, bonheur sans conscience, famille composée, recomposée, décomposée, emploi à la carte épuisant, monotone, répétitif, agréable, accepté ou refusé, fortune, faillite. Une roue garnie de cases continuellement en mouvement avec son lot d’opportunités et de malchance porteuses de poussières d’étoiles à bifurcations multiples aboutissant à d’autres étoiles, à d’autres histoires.

À notre propre histoire.

Petite ou grande, historique ou banale, dramatique ou simple, triste ou heureuse, mais chacune unique en son genre.

Chacune unique pour ressentir la diversité émotionnelle qui nous unit, qui nous divise, qui nous submerge. On joue, on passe notre tour, on se retire, on flambe, on perd nos mises en fonction des opportunités, des atouts qui régissent notre niveau social ainsi que nos désirs. On joue continuellement parfois sans s’en rendre compte. Les évènements actifs ou passifs s’enchaînent, se succèdent.

Et un cri, une haine laisse échapper de son for intérieur :

« Une suite d’adrénaline jubilatoire innommable… immorale qui peut… qui peut… aboutir à tout ou tout bonnement à rien…

Comprenne qui voudra, advienne que pourra… »

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