
L'Infidélité, Point De Non-Retour
Chapitre 2
Le berceau était vide.
Le petit drap bleu, encore imprégné de l'odeur de lait de mon fils, était froissé. Le mobile musical tournait silencieusement au-dessus du vide.
Mon cœur a cessé de battre. Un froid glacial a envahi mes membres.
« Léo ? »
Ma voix était un murmure étranglé. Je me suis précipitée hors de la chambre, le cœur battant à tout rompre contre mes côtes.
« Léo ! »
J'ai couru dans le salon, dans la cuisine, dans chaque recoin de notre grand appartement parisien. Le silence me répondait, un silence lourd, menaçant.
Antoine, mon mari, n'était pas encore rentré. Il était architecte, un nom qui comptait dans le milieu, et travaillait souvent tard.
J'ai attrapé mon téléphone pour l'appeler, les mains tremblantes. C'est là que j'ai vu la notification. Un message d'un numéro inconnu.
Il n'y avait pas de texte, juste une pièce jointe. Une vidéo.
Mon pouce a cliqué dessus, presque malgré moi. L'image était granuleuse, sombre. J'ai reconnu la chambre d'un hôtel que je ne connaissais pas.
Puis, je me suis vue.
Moi. Amélie Dubois. Sur le lit, avec un homme dont je ne voyais pas le visage. Mes mouvements étaient lascifs, mon expression vide. Je ne me souvenais de rien. Absolument rien.
La nausée m'a submergée. J'ai laissé tomber le téléphone.
Au même moment, un autre message est arrivé.
« Si tu veux revoir ton fils, tu feras exactement ce qu'on te dit. D'autres vidéos suivront. Sois sage. »
Mon monde venait de s'effondrer. Mon fils, mon petit Léo de six mois, enlevé. Utilisé comme une arme contre moi.
La porte d'entrée s'est ouverte. C'était Antoine. Il m'a regardée, allongée sur le sol, le visage baigné de larmes, et son expression est restée de marbre.
« Antoine... Léo... il a disparu... ils l'ont... »
Il ne m'a pas laissé finir. Il a posé sa mallette, a retiré son manteau avec une lenteur calculée.
« J'ai vu la vidéo, Amélie. »
Sa voix était dénuée de toute émotion. Pas de choc, pas de colère, pas d'inquiétude pour notre fils. Juste un détachement polaire.
« Comment as-tu pu ? Avec qui ? »
« Je ne sais pas ! Antoine, je te jure, je ne me souviens de rien ! Quelqu'un a enlevé Léo, ils m'ont envoyé ça... »
Il a secoué la tête, un rictus de dégoût sur les lèvres.
« C'est fini. »
Il a sorti une enveloppe de sa mallette et l'a jetée devant moi.
« Les papiers du divorce. Sophie avait raison à ton sujet. »
Sophie Leclerc. Sa collaboratrice. Une designer d'intérieur ambitieuse qui ne m'avait jamais aimée. La jalousie suintait de chacun de ses regards. C'était donc elle.
« Sophie ? Qu'est-ce qu'elle vient faire là-dedans ? Et Léo ? Notre fils ! On s'en fiche de ça ? » ai-je crié, la voix brisée.
« Ton fils, tu veux dire, » a-t-il corrigé froidement. « Ne m'appelle plus. Mon avocat te contactera. »
Il a fait demi-tour et est parti, refermant la porte sur ma vie en ruines. J'étais seule. Mon fils avait été enlevé, mon mari m'abandonnait, m'accusant d'une infidélité dont je n'avais aucun souvenir.
Les jours suivants ont été un cauchemar. Les vidéos ont fuité sur internet. Des extraits, puis des séquences plus longues. Mon nom, mon visage, étaient partout. La femme d'un architecte célèbre, une mère indigne, une débauchée.
J'ai appelé mes parents. Mon père a répondu.
« Papa, j'ai besoin d'aide... »
« Ne nous appelle plus jamais, » a-t-il dit, sa voix dure comme la pierre. « Tu as traîné notre nom dans la boue. Tu n'es plus notre fille. »
Et il a raccroché.
Le monde entier m'avait reniée. J'étais une paria. Brisée, souillée, seule. La police enquêtait sur la disparition de Léo, mais me regardait avec suspicion. Pour eux, j'étais une suspecte, pas une victime.
C'est dans ce désert de solitude qu'un homme est apparu.
Marc Fournier.
L'ennemi juré d'Antoine. Un homme d'affaires puissant, charismatique, dont la rivalité avec mon mari était de notoriété publique dans le Tout-Paris.
Il m'a trouvée dans un petit café où je me cachais des journalistes.
« Amélie Dubois, » a-t-il dit d'une voix douce. « Je sais ce qu'Antoine vous a fait. C'est un monstre. »
Il m'a offert un refuge, un appartement sécurisé où personne ne pourrait me trouver. Il a payé les meilleurs avocats, a fait taire les médias. Il était mon chevalier blanc, mon sauveur.
« Je vais vous aider à vous reconstruire, » m'a-t-il promis. « Et ensemble, nous détruirons Antoine. »
Pendant des mois, il a été mon seul soutien. Il m'écoutait pleurer la perte de Léo, il me consolait, il me redonnait espoir. J'ai commencé à dépendre de lui, à voir en lui la seule lueur dans mes ténèbres.
Un soir, il m'a fait une proposition stupéfiante.
« Épouse-moi, Amélie. »
J'étais sous le choc.
« Un mariage sera la plus grande humiliation pour Antoine. Le voir te perdre au profit de son pire ennemi. C'est la première étape de notre vengeance. Et cela te donnera la protection de mon nom. Personne n'osera plus te toucher. »
C'était fou, mais dans mon désespoir, cela avait un sens. C'était un acte de défi. Une façon de montrer au monde, et à Antoine, que je n'étais pas finie.
J'ai accepté.
Marc a organisé un mariage grandiose, une cérémonie fastueuse qui a fait la une de tous les journaux. C'était sa façon de proclamer sa victoire sur Antoine.
Le jour J est arrivé. J'étais dans une suite somptueuse, vêtue d'une robe de créateur. J'étais nerveuse, mais une partie de moi se sentait renaître. J'allais enfin tourner la page.
Marc est entré, élégant dans son costume. Il a fermé la porte derrière lui.
« Tu es magnifique, Amélie. »
Il s'est approché, son visage à quelques centimètres du mien. Son sourire était étrange.
« Tu te demandes pourquoi Antoine t'a abandonnée si facilement, n'est-ce pas ? Pourquoi il n'a même pas cherché à savoir la vérité sur ces vidéos ? »
Je l'ai regardé, confuse.
« C'est parce qu'il savait, » a-t-il murmuré, son souffle froid sur ma peau. « Il a toujours su. C'est lui qui a tout organisé. »
Le sol s'est dérobé sous mes pieds.
« Quoi ? »
« Les vidéos, l'enlèvement de ton fils... c'était son idée. Il voulait se débarrasser de toi pour épouser Sophie. Mais il ne pouvait pas le faire sans un scandale pour ruiner ta réputation. Il avait besoin de te faire passer pour une mauvaise mère, une femme infidèle. »
Chaque mot était un coup de poignard. Mon esprit refusait de comprendre.
« Et moi, » a continué Marc avec un plaisir cruel, « j'ai accepté de l'aider. Ma seule condition était de te récupérer à la fin. Te voir brisée, seule... et faire de toi mon trophée. La femme d'Antoine Dubois, à genoux devant moi. C'était la vengeance parfaite. »
Il a ri. Un rire bas, horrible.
« Ton fils ? Il n'a jamais été qu'une monnaie d'échange. Un outil pour te faire plier. Malheureusement, les choses ont mal tourné. Un accident. Il est mort, Amélie. »
Le monde est devenu noir. La douleur était si intense, si totale, qu'elle a effacé tout le reste. Mon bébé. Mon Léo. Mort. Pas un enlèvement. Un meurtre. Orchestré par son propre père.
« Maintenant, tu m'appartiens, » a dit Marc en me saisissant le bras. « Tu vas descendre cet escalier, sourire pour les photographes, et tu seras ma femme. Tu n'as plus personne. Plus rien. Tu es à moi. »
Ce jour-là, au milieu du faste de ce mariage qui devait être ma renaissance, j'ai touché le fond de l'enfer. La trahison n'était pas simple, elle était double, triple, un abîme sans fond creusé par les deux hommes que j'avais, à des titres différents, cru capables de me protéger.
Le sourire que j'ai affiché en descendant l'escalier était un masque de glace. Derrière, une nouvelle femme naissait. Une femme qui n'avait plus rien à perdre. Une femme qui n'avait plus qu'un seul but : la vengeance.
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