
L'Infidélité, Point De Non-Retour
Chapitre 3
Les jours qui ont suivi le mariage étaient irréels. Je vivais dans la cage dorée de Marc, un fantôme dans une maison de luxe. Il me traitait comme un objet précieux, une œuvre d'art qu'il avait enfin acquise. Il me couvrait de cadeaux, me parlait avec une tendresse feinte qui me donnait la nausée.
« Tu es heureuse, n'est-ce pas, mon amour ? Loin de ce monstre d'Antoine. »
Je ne répondais pas. Je le regardais avec des yeux vides. Mon corps était là, mais mon esprit était ailleurs, dans un endroit sombre où je rejouais en boucle ses aveux. La mort de mon fils. La conspiration. La trahison.
Il ne semblait pas remarquer ma froideur, ou peut-être s'en délectait-il. Pour lui, mon silence était la preuve que j'étais brisée, soumise. C'était sa victoire.
Un soir, je passais devant son bureau. La porte était entrouverte. Je l'ai entendu parler au téléphone, sa voix basse et dure, si différente de celle qu'il utilisait avec moi.
« Oui, elle est complètement sous mon contrôle. Brisée. Exactement comme prévu... Non, Antoine n'aura plus jamais accès à elle. Elle est ma propriété maintenant... Assure-toi juste que Sophie reste à sa place. Je ne veux pas qu'elle vienne gâcher mon plaisir. »
Ma propriété. Ce mot a résonné en moi. Il ne me voyait pas comme une femme, mais comme une chose. Un pion dans son jeu pervers contre Antoine. La colère, une colère froide et pure, a commencé à remplacer le chagrin.
Plus tard dans la soirée, il est venu me trouver sur la terrasse. Il m'a enlacée par-derrière, posant son menton sur mon épaule.
« Je sais que c'est difficile, Amélie. Mais je t'ai sauvée. Pense à ce qu'Antoine t'aurait fait subir. Avec moi, tu es en sécurité. Tu devrais me remercier. »
Je sentais le mensonge dans chaque mot, l'égoïsme monstrueux qui l'animait. Il n'avait rien sauvé du tout. Il était le deuxième bourreau, venu achever le travail du premier.
« Merci, Marc, » ai-je murmuré, ma voix plate.
Il a souri, satisfait. Il était si arrogant, si sûr de lui, qu'il ne voyait pas la haine qui commençait à brûler dans mes yeux.
Cette nuit-là, pendant qu'il dormait, je me suis levée. J'ai utilisé l'ordinateur de son bureau, que je n'étais pas censée toucher. Mes doigts volaient sur le clavier. J'étais architecte, mais j'avais des compétences en informatique que personne ne connaissait. J'ai créé une adresse e-mail cryptée, transféré discrètement une petite somme d'argent depuis l'un de ses comptes offshore vers un nouveau compte anonyme.
Puis, j'ai envoyé un seul message à une vieille amie d'université qui vivait à l'étranger, une femme brillante et discrète qui me devait un service.
« J'ai besoin d'aide. Je dois disparaître. »
C'était la première pierre de mon plan. La première étape de ma contre-attaque. Je n'étais plus une victime passive. J'étais une stratège qui attendait son heure.
Quelques jours plus tard, Marc a annoncé que nous devions assister à un gala de charité.
« C'est notre première sortie officielle en tant que mari et femme, » a-t-il dit avec enthousiasme. « Tout le monde sera là. Y compris Antoine et Sophie. Je veux qu'ils te voient à mon bras, rayonnante. »
L'idée de les revoir me révulsait. Mais j'ai compris que c'était une opportunité. Une opportunité de recueillir des informations, d'observer mes ennemis.
« D'accord, » ai-je dit docilement.
Il m'a emmenée faire du shopping, choisissant une robe rouge sang, audacieuse et provocante.
« Je veux que tu sois le centre de l'attention, » a-t-il murmuré à mon oreille dans la boutique.
Il ne savait pas à quel point il avait raison.
Luc, l'assistant personnel de Marc, un jeune homme discret et efficace, m'a accompagnée. Contrairement à son patron, il y avait de la gentillesse dans ses yeux. En sortant de la voiture, alors que Marc était déjà entré dans la maison, Luc s'est tourné vers moi.
« Madame Fournier... vous êtes sûre que ça va ? Si vous avez besoin de quoi que ce soit... n'importe quoi... »
Son inquiétude était sincère. Il avait dû voir la tristesse dans mes yeux, le vide derrière mon sourire forcé.
« Merci, Luc. Je vais bien, » ai-je répondu, lui offrant un vrai, mais bref, sourire.
Ce bref échange m'a donné une idée. Peut-être que je n'étais pas complètement seule dans cette maison. Peut-être y avait-il un allié potentiel là où je m'y attendais le moins.
La nuit du gala, en enfilant la robe rouge, je me suis regardée dans le miroir. Je ne reconnaissais pas la femme qui me faisait face. Ses yeux n'étaient plus ceux d'Amélie, la jeune architecte naïve. C'étaient les yeux d'une prédatrice.
Marc est entré et a sifflé d'admiration.
« Parfait. Tu es une arme ce soir, Amélie. Et tu es dirigée contre Antoine. »
J'ai souri.
« Je suis prête. »
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