
L’immortelle serpentine : Les Liens du Destin
Chapitre 2
Bien que mécontent de mon choix, mon père, face à ma détermination, n'a plus insisté. Il s'est contenté de me rassurer : « Si la vie avec le Serpent devient trop difficile, tu pourras toujours demander de l'aide à Denise. »
Demander de l'aide à ma chère sœur ? Mais lorsqu'elle a appris mon décision, elle n'a pas pu s'empêcher de me ridiculiser ouvertement !
« Quoi ? Même si tu ne peux plus épouser Jordan, en être réduite à choisir le Clan des Serpents, ces ratés ? Tu risques plus de mourir de faim que de donner un héritier ! Il paraît qu'ils ont même du mal à se nourrir convenablement. »
« Le Clan des Loups regorge de ressources. Même l'eau de notre bain est infusée de plantes rares. Vraiment, si tu crèves trop la faim, je pourrai toujours te donner nos restes ! » Sans même prêter attention aux regards choqués des domestiques, elle a éclaté d'un rire méprisant, la main devant la bouche.
Pour Denise, la richesse du Loup et la soi-disant passion de Jordan expliquaient que j'avais conçu si rapidement dans ma vie antérieure. Mais elle ignorait que les unions entre Humains et Hommes-Bêtes étaient rarement fécondes. Jordan était obsédé par l'idée d'une descendance. Après six mois sans grossesse, il avait retourné sa frustration contre moi, me torturant jour et nuit. Ce n'était qu'en ayant recours à un secret ancien pour tomber enceinte et donner naissance à Axel, assurant ainsi le pouvoir des Loups, qu'il m'avait finalement laissée en paix.
J'ai esquissé un sourire froid : « Inutile de te préoccuper de mon sort. Puisque nous avons choisi nos époux, assumons nos décisions, n'est-ce pas ? »
« Quelle satisfaction tires-tu à épouser un misérable ? » Voyant que sa provocation ne m'atteignait pas, elle, exaspérée, a balayé violemment les pâtisseries posées sur la table, « Je serai la première à tomber enceinte ! Mon enfant dirigera l'Alliance ! »
Indifférente à sa crise de rage, je me suis concentrée sur les préparatifs de mon mariage, prévu dans trois jours.
Denise avait raison sur un point : le Clan des Serpents était véritablement pauvre. Je craignais qu'ils ne puissent même pas financer une robe de mariée, aussi m'étais-je résolue à en préparer une moi-même.
Mais à ma surprise, ce soir-là, Josué en personne s'est présenté à ma porte, tenant dans ses mains une boîte bien emballée.
C'était la première fois que j'ai posé un regard véritable sur lui : son teint était d'une pâleur presque spectrale, ses yeux en amande allongés dégageaient une autorité naturelle, et ses prunelles vert jade semblaient garder des mystères insondables. Un minuscule grain de beauté, figé à l'angle de son œil, adoucissait toutefois cette froide beauté d'une touche mélancolique.
Il a ouvert la boîte, révélant une robe traînante d'un vert profond, dont le corsage était incrusté d'écailles serpentines aux reflets hypnotiques.
Je n'avais jamais rien vu d'aussi envoûtant. La stupéfaction m'a clouée sur place.
« Cette tenue a été entièrement brodée à la main par nos artisans. Chaque écaille est une bénédiction offerte par un membre de mon clan. »
Son regard posé sur moi était empreint d'une distance calculée, comme si l'homme qui devait m'épouser dans trois jours n'était pas lui.
« C'est une première pour le Clan des Serpents de s'unir à un humain. Si quoi que ce soit ne convient pas, vous n'avez qu'à en faire part », a-t-il ajouté.
« Je vous remercie. Elle est parfaite. »
Alors que je m'apprêtais à refermer la boîte, Denise a fait son entrée, triomphante, au bras de Jordan : « Ne me dis pas que tu n'as qu'une seule robe ? Jordan, lui, m'en a offert dix ! »
L'amour que Jordan portait à Denise était visible dans son regard.
Denise ne savait qu'une chose : la fidélité des Loups. Elle ignorait que ce n'était qu'un instinct primal, une obsession biologiquement ancrée pour assurer leur descendance.
Si aucun enfant ne venait… Son amour survivrait-il à cette épreuve ?
La main de Josué, qui serrait son bâton cérémonial, a eu un mouvement presque imperceptible. Il a levé les yeux vers moi, son regard d'un vert profond empreint d'une sincérité absolue : « Je suis désolé, Carolie. Sur ce point, je dois admettre notre impuissance. Mais je vous donne ma parole : je ne vous décevrai jamais. »
Denise a ricané : « Les belles paroles sont faciles à prononcer ! Je verrai bien si vous parvenez à donner un héritier à ce… clan. »
Elle qui, dans sa vie précédente, avait été rongée par l'impossibilité de procréer, était désormais obsédée par la grossesse. Elle s'était même installée chez Jordan avant même les noces.
Il fallait l'admettre : sur la question de la descendance, ils étaient parfaitement assortis…
« Denise, occupe-toi donc de ton propre mariage. Tant d'intérêt pour mon sort me fait craindre que tu ne convoites de nouveau mon futur époux. » Je lui ai adressé un sourire placide avant de prendre la main de Josué pour partir, laissant derrière moi Denise et Jordan figés dans une expression outrée.
Je pouvais encore entendre les simagrées de Denise auprès de Jordan, entrecoupées de mots comme « grossesse » et « enfant ».
Ah, ma sœur naïve… Après une seconde chance offerte par la vie, ton unique ambition se résumait à n'être qu'un utérus au service d'une lignée ?
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