
L'île des mémoires perdues
Chapitre 2
Lena marchait sur le sentier pavé qui serpentait à travers l'île, entourée de palmiers majestueux et de fleurs exotiques dont les couleurs éclatantes tranchent avec l'atmosphère mystérieuse qui flottait sur cet endroit. Le bruit des vagues se faisait entendre au loin, et le parfum des fleurs douces emplissait l'air. Pourtant, malgré la beauté du paysage, un malaise tenace persistait dans son esprit. Ce lieu... il n'était pas tout à fait réel. Pas dans le sens qu'elle connaissait.
Elle passa sa main sur le tronc d'un arbre immense, dont les racines s'entremêlaient sur le sol, formant un réseau complexe comme une toile d'araignée. Chaque pas semblait la mener plus loin dans un autre monde, un monde où le temps lui-même se fuyait, où l'histoire semblait effacée, comme si l'île elle-même lui volait ses souvenirs avant même qu'elle n'ait eu le temps de les déposer.
Arrivée devant la bâtisse en bois clair, un sentiment de calme s'empara d'elle. L'atmosphère était étrangement apaisante, mais ses pensées tourbillonnaient. Si elle était venue ici, c'était pour oublier, n'est-ce pas ?
La femme en robe ivoire l'accueillit d'un sourire bienveillant, comme une mère rassurante. Lena eut un frisson d'inquiétude. Elle n'arrivait pas à comprendre ce qui se passait, mais chaque instant passait dans un flou étrange.
- Installez-vous, vous êtes ici chez vous, lui dit la femme d'une voix douce. L'île se fera votre refuge. Nous n'avons qu'un seul objectif ici : vous offrir l'oubli. Mais ce n'est pas facile.
Lena la fixa, en silence, hésitant. Pourquoi se sentait-elle si perdue ? Son regard s'égara sur la mer, une étendue d'eau calme qui semblait sans fin. Elle se sentait vide, comme si quelque chose en elle s'était effacé, et ce n'était pas un simple sentiment, c'était une sensation viscérale.
Le matin viendrait avec de nouvelles réponses, pensa-t-elle. Pour l'instant, elle devait se reposer.
Elle s'installa dans une petite chambre, décorée simplement mais avec goût. Un grand lit à baldaquin occupait le centre de la pièce, avec des rideaux blancs qui flottaient doucement sous l'effet d'une brise légère. Les fenêtres étaient ouvertes, laissant entrer le son apaisant de la mer.
Elle se laissa tomber sur le lit, fermant les yeux. Mais une question persistait. Pourquoi se sentait-elle si perdue ici ? Comme si son passé l'appelait sans cesse, à chaque souffle d'air, à chaque murmure de l'île.
Elle se leva et s'approcha du miroir, scrutant son reflet. Elle se souvenait d'elle-même, de son visage, de son regard. Mais son âme semblait différente. Les traits de son visage semblaient se fondre dans l'ambiance de l'île. Ses yeux étaient vides, comme si quelque chose, quelque chose d'essentiel, s'était effacé.
Un bruit à la porte attira son attention.
Elle se retourna brusquement.
Aaron se tenait dans l'encadrement de la porte.
Il n'aurait pas dû être là.
Quelque chose l'avait poussé à suivre cette femme, cette inconnue qui ne l'était pas tout à fait. Depuis son arrivée sur l'île, il avait accepté la perte progressive de ses souvenirs. Mais avec elle... c'était différent.
- Désolé, murmura-t-il. Je ne voulais pas vous effrayer.
Elle le dévisagea, méfiante.
- Pourquoi êtes-vous là ?
La voix de Lena le fit sursauter.
- Je... je voulais juste m'assurer que tout allait bien. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, je suis à votre disposition.
Elle le fixa pendant un long moment, comme si elle le scrutait, tentant de comprendre pourquoi il était là, pourquoi il avait ce regard étrange.
- Ça va. Je... je m'installe, répondit-elle enfin.
Il la scrutait, silencieux. Ce n'était pas seulement la beauté qui l'attirait, c'était la souffrance palpable dans son regard. La même souffrance qu'il ressentait en lui.
- Vous êtes ici pour oublier, n'est-ce pas ? demanda-t-il, sa voix basse, presque hésitante.
Elle le regarda d'un air perdu, mais il pouvait voir dans ses yeux qu'elle était aussi en quête de réponses, tout comme lui.
- Oui, répondit-elle doucement. Mais je n'arrive pas à me débarrasser de... de cette sensation de vide. C'est comme si tout... s'échappait. Comme si l'île me volait ce que j'ai de plus cher. Je veux oublié mais j'ai l'impression de vouloir découvrir plus.
Aaron ressentait la même chose. Il avait cru que l'île l'aiderait à effacer son passé, à laisser derrière lui un amour qui l'avait détruit. Mais il avait l'impression que cet amour ne pouvait pas être effacé. Peut-être parce que cet amour avait une autre forme, celle d'un souvenir qui se réveille en silence, dans les ombres du passé.
Il croisa son regard, et tout à coup, il sut qu'il ne pourrait pas fuir ce qui l'attendait.
- Vous aussi, vous ressentez cela ? lui demanda-t-il, à peine capable de cacher l'intensité de ses mots.
Elle acquiesça, son regard brisé.
- Oui, et je pense que l'île ne fait que commencer à me montrer ce que j'ai perdu
Aaron ouvrit la bouche, mais aucun mot ne vint. Il n'avait pas la réponse. Pourtant, une certitude s'imposait à lui :
- Je crois... que je vous connais.
Lena eut un frisson.
L'île était censée leur ôter toute mémoire d'amour passé.
Alors pourquoi avaient-ils l'impression oppressante d'avoir déjà aimé l'autre ?
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