
L'Héritière Oubliée
Chapitre 2
Le silence devint assourdissant. Elle se surprit à se demander où était Thomas en ce moment. Dans une réunion ? Avec des collègues ? Ou peut-être avec cette personne qu'il semblait encore garder dans un coin de son esprit ?
Elle soupira, s'efforçant de chasser ces pensées. Elle ne voulait pas devenir cette femme, la jalouse, celle qui soupçonnait sans preuve. Mais quelque chose avait changé, et elle ne pouvait plus l'ignorer.
Soudain, le bruit de la porte d'entrée qui s'ouvrait la fit sursauter. Elle se tourna rapidement et vit Thomas entrer, jetant distraitement ses clés sur le comptoir. Il semblait agité, le front plissé par une concentration intense.
« Salut, » dit-elle d'une voix douce, espérant une réponse qui apaiserait ses inquiétudes.
Thomas la regarda brièvement, son visage encore marqué par l'agitation de la journée. « Salut. Désolé, j'ai dû partir tôt ce matin. »
Elle hocha la tête, tentant de faire abstraction de la tension qui flottait entre eux. « Tout va bien ? Tu sembles préoccupé. »
« Juste des affaires, » répondit-il en ouvrant son ordinateur portable sur le comptoir. « Beaucoup de choses à gérer en ce moment. »
Éléa se mordilla la lèvre. Il y avait un moment où il aurait partagé ses soucis avec elle, où ils auraient parlé pendant des heures des défis qu'ils devaient surmonter ensemble. Mais ce temps semblait lointain maintenant.
Elle se leva et s'approcha de lui, posant une main légère sur son épaule. « On devrait parler, Thomas. À propos de nous. »
Il s'arrêta dans son mouvement, ses doigts suspendus au-dessus de son clavier. Il ne se retourna pas, mais elle sentit sa tension monter d'un cran. « Je pensais que nous en avions déjà parlé hier soir, » dit-il froidement.
Éléa retira sa main, le cœur serré. « Non, tu m'as dit que c'était juste un souvenir. Mais c'est plus que ça, n'est-ce pas ? »
Thomas se tourna enfin vers elle, ses yeux la scrutant avec une intensité qui la déstabilisa. « Pourquoi est-ce que tu t'obstines avec ça ? »
« Parce que ça me hante, Thomas ! » Elle croisa les bras, la frustration s'accumulant. « J'ai l'impression que tu n'es plus là avec moi. Que quelque chose, ou quelqu'un, te retient dans le passé. »
Un silence lourd s'installa entre eux, et Thomas se passa la main sur le visage. « Je ne sais pas quoi te dire, Éléa. Ce que tu veux entendre, je ne peux pas te le donner. Il n'y a rien. »
« Rien ? » murmura-t-elle, sa voix tremblante. « Je ne te crois pas. »
Thomas se leva brusquement, contournant la table avec une énergie nerveuse. « Écoute, tu te montes la tête. Ce que j'ai vécu avant toi ne compte plus. Tu es ma femme, et c'est tout ce qui devrait importer. »
Elle le regarda, déçue par ses mots vides. « Mais est-ce que je suis *la* femme, Thomas ? Est-ce que je suis encore celle que tu choisis, chaque jour ? »
Il se retourna, agacé. « Pourquoi me poser cette question ? Bien sûr que tu l'es. Pourquoi tu remets tout en doute maintenant ? »
« Parce que j'ai l'impression que je te perds, que je me perds aussi. » Elle fit un pas vers lui, la voix tremblante d'émotion. « On ne se parle plus, on ne se comprend plus. Je t'ai tout donné, et pourtant... tu sembles si loin. »
Thomas détourna les yeux, incapable de la regarder en face. « Ce sont des périodes. Tout le monde passe par là. Ça va s'arranger. »
Éléa sentit une bouffée de colère monter en elle. Il la prenait pour une idiote, essayant de minimiser ce qu'elle ressentait. « Tu ne vois pas que ça ne s'arrangera pas si on continue comme ça ? »
Il serra les poings, luttant visiblement pour garder son calme. « Qu'est-ce que tu veux que je fasse, Éléa ? Qu'est-ce que tu attends de moi ? »
Elle hésita un instant, cherchant ses mots. « Je veux que tu sois honnête avec moi. Que tu me dises si je suis encore la personne avec qui tu veux construire ta vie. Parce qu'en ce moment, j'en doute. »
Thomas resta silencieux, fixant le sol. Le silence qui suivit fut plus assourdissant que tout ce qu'ils auraient pu se dire. Éléa savait à cet instant que quelque chose était irrémédiablement cassé entre eux. Peut-être que cela ne pourrait jamais être réparé.
Elle soupira, ses épaules s'affaissant sous le poids de la conversation. « J'ai besoin de temps pour réfléchir, Thomas. Je ne peux pas continuer comme ça. »
Il hocha la tête, sans protester. « Fais comme tu veux. »
Ces simples mots la frappèrent comme une gifle. Il ne se battait pas. Il ne lui demandait même pas de rester. Un goût amer s'installa dans sa bouche alors qu'elle tournait les talons pour quitter la cuisine.
Elle monta lentement les escaliers, chaque pas lui pesant plus que le précédent. Arrivée dans la chambre, elle s'effondra sur le lit, le regard vide. Le doute, le chagrin et la colère tourbillonnaient en elle, la laissant épuisée. Elle avait toujours cru que l'amour triompherait, que leurs promesses tiendraient bon face aux tempêtes. Mais aujourd'hui, elle n'en était plus si sûre.
La chambre était plongée dans une pénombre apaisante, mais l'esprit d'Éléa était loin d'être en paix. Elle fixait le plafond, allongée sur le lit, incapable de trouver le sommeil. Les mots de Thomas tournaient en boucle dans sa tête, résonnant avec une froideur qu'elle n'aurait jamais cru possible. « Fais comme tu veux. » Comment pouvait-il être si indifférent ?
Le bruit léger de la pluie frappant les fenêtres résonnait dans la maison silencieuse. Elle se redressa, son cœur battant lourdement dans sa poitrine. Tout ce qu'elle avait construit avec Thomas, tout ce qu'elle avait sacrifié pour lui, semblait s'effriter. Une pensée lui traversa l'esprit : et si cette ancienne flamme de son passé était encore vivante dans son cœur ?
Ne trouvant pas la force de rester enfermée dans cette pièce oppressante, elle se leva doucement, sortant dans le couloir sombre. La maison, normalement un refuge, semblait aujourd'hui hostile, remplie d'échos de souvenirs fragiles. Descendant les escaliers, elle sentit une boule d'angoisse se former dans son ventre. Elle devait en avoir le cœur net.
Elle atteignit le bureau de Thomas, là où il s'enfermait souvent pour travailler tard le soir. La porte était légèrement entrouverte, et à l'intérieur, la faible lumière de son ordinateur éclairait la pièce. Éléa hésita une seconde, son cœur tambourinant dans sa poitrine, puis poussa doucement la porte.
Thomas était là, assis derrière son bureau, les yeux rivés sur l'écran. Il ne remarqua même pas sa présence au début, complètement absorbé par ce qu'il faisait. Éléa resta dans l'ombre, observant silencieusement. Il tapait un message. Un long message. Ses doigts dansaient rapidement sur le clavier, puis, après une brève pause, il envoya ce qu'il avait écrit.
« À qui tu parles ? » La question échappa à Éléa avant qu'elle ne puisse s'en empêcher.
Thomas sursauta, son visage se durcissant en voyant qu'elle se tenait là. « Rien d'important. C'est du travail. »
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