
L'Héritière Oubliée
Chapitre 3
Elle s'approcha, refusant de le laisser s'échapper aussi facilement. « Du travail ? À cette heure ? »
Il ferma rapidement son ordinateur portable et se leva, manifestement irrité. « Pourquoi tu te méfies comme ça, Éléa ? On a déjà parlé de ça. »
« Justement, on a parlé, mais je ne suis pas convaincue. Tu es distant, tu es cachotier, et je sais que quelque chose te préoccupe. » Sa voix se brisa légèrement. « Je t'ai donné tout ce que j'avais, Thomas. Mais là, j'ai l'impression que je ne te connais plus. »
Il soupira profondément, passant une main dans ses cheveux. « Éléa, je t'ai dit que tu te fais des idées. Il n'y a rien. »
Elle fronça les sourcils, s'approchant de lui avec détermination. « Alors prouve-le. Montre-moi ton téléphone. »
Thomas se figea, ses yeux la fixant avec une intensité nouvelle. « Quoi ? Tu veux vraiment en arriver là ? À fouiller dans mes affaires comme si j'étais un criminel ? »
« Oui, » dit-elle, son ton plus ferme qu'elle ne l'avait prévu. « Parce que je ne peux plus continuer comme ça. Si tu n'as rien à cacher, montre-moi. »
Il resta silencieux pendant quelques secondes, puis, dans un geste brusque, il lui tendit son téléphone. Éléa le prit, ses mains légèrement tremblantes. Elle ouvrit l'appareil, hésitant un instant. Son cœur battait si fort qu'elle avait l'impression qu'il allait éclater.
Elle parcourut r apidement les messages. Rien ne semblait suspect au premier coup d'œil, mais alors qu'elle s'apprêtait à lui rendre le téléphone, un nom apparut sur l'écran : « Lucie ». Elle sentit son estomac se nouer. C'était un message récent.
« Qui est Lucie ? » demanda-t-elle, la gorge sèche.
Thomas resta silencieux, ses yeux se détournant vers le sol. C'était suffisant pour qu'Éléa comprenne.
« C'est elle, n'est-ce pas ? » murmura-t-elle, la voix étranglée. « La personne dont tu ne veux pas parler. Ton ancien amour. »
Thomas ne répondit pas immédiatement, mais lorsqu'il leva enfin les yeux vers elle, son regard était rempli de fatigue. « Oui, c'est elle. »
Le monde d'Éléa sembla s'effondrer en une seconde. Ce qu'elle avait craint, ce qu'elle avait tenté d'ignorer pendant des semaines, des mois, était vrai. Lucie. Cette femme qui hantait encore les pensées de son mari, qui occupait encore une place dans son cœur, malgré tout ce qu'ils avaient vécu ensemble.
« Depuis combien de temps ? » demanda-t-elle, la voix faible.
Thomas secoua la tête. « Je ne l'ai pas revue. Pas depuis que je t'ai épousée. Mais elle m'a contacté il y a quelques mois, et... on a parlé. Rien de plus. »
« Rien de plus ? » Elle éclata d'un rire amer. « Tu me demandes de te croire ? Après tout ça ? »
Il fit un pas vers elle, tendant la main comme pour la toucher, mais elle recula brusquement. « Je t'aime, Éléa. Je t'ai toujours aimée. Mais... »
« Mais elle est toujours là, quelque part, dans ton esprit. » Elle secoua la tête, les larmes perlant au coin de ses yeux. « Et moi, qu'est-ce que je suis censée faire de ça ? Accepter d'être la seconde, celle qui est là parce que l'autre n'a pas voulu de toi ? »
« Non ! » Il leva la voix, presque suppliant. « Ce n'est pas ça. Je suis avec toi parce que je le veux. Parce que tu es ma vie maintenant. Lucie, c'est le passé. »
« Un passé qui ne cesse de revenir, Thomas. Et je ne peux pas vivre dans l'ombre de ça. »
Elle sentit un poids immense sur ses épaules, comme si tout l'air dans la pièce s'était épaissi. Elle ne pouvait plus respirer, elle ne pouvait plus penser clairement. La trahison qu'elle ressentait n'était pas une infidélité physique, mais émotionnelle, et cela semblait pire encore.
« Je ne sais pas quoi faire, » murmura-t-elle, presque pour elle-même. « Je ne sais plus où je me situe dans tout ça. »
Thomas resta immobile, désemparé, comme s'il réalisait enfin l'étendue du mal qu'il avait causé. Mais il était trop tard. Éléa se retourna et sortit de la pièce, ses pas résonnant dans le couloir vide. Elle ne savait pas où elle allait, mais elle savait qu'elle devait partir, ne serait-ce que pour un instant, pour réfléchir, pour respirer.
Elle ouvrit la porte d'entrée et sortit dans la nuit pluvieuse, le froid mordant ses joues. Elle marcha sans but, ses pensées en désordre. Chaque pas la conduisait plus loin de Thomas, plus loin de cette vie qu'elle avait construite et qui semblait aujourd'hui s'écrouler.
Éléa erra dans les rues humides, le bruit de la pluie résonnant comme une mélodie mélancolique dans son esprit tourmenté. Les lampadaires diffusaient une lueur chaude, mais elle se sentait gelée à l'intérieur. Les visages des passants, flous et indistincts, ne faisaient qu'ajouter à sa sensation d'isolement. Elle avait toujours pensé que l'amour triompherait des obstacles, mais aujourd'hui, elle se sentait trahie et vulnérable.
Elle continua de marcher, les gouttes de pluie perlant sur son visage, trempant ses cheveux et sa robe. Le froid lui mordait la peau, mais elle n'en avait que faire. Elle voulait juste échapper à la douleur qui la rongeait, à cette réalité qu'elle n'avait jamais voulue.
Au bout de quelques minutes, elle atteignit un petit parc, son refuge habituel. Les arbres, déjà dénudés par l'hiver, se dressaient comme des silhouettes fantomatiques sous la pluie. Éléa s'assit sur un banc, les mains serrées autour de ses genoux, et ferma les yeux, laissant le bruit apaisant de la pluie l'envelopper.
Tout à coup, son téléphone vibra dans sa poche, la tirant de ses pensées. Elle hésita un instant avant de le sortir. C'était un message de Thomas, son nom apparaissant sur l'écran. **« Éléa, s'il te plaît, reviens. Je suis désolé. »**
Elle leva les yeux vers le ciel, frustrée. *Désolé ? Est-ce que cela suffisait vraiment ?* Elle n'avait jamais cru qu'un simple mot pouvait apaiser des cœurs brisés. Elle se leva brusquement, jetant le téléphone dans sa sacoche. Elle ne voulait pas être celle qui craquait à la première excuse.
En ce moment, elle avait besoin de parler à quelqu'un, de ventiler son cœur lourd. Elle se dirigea vers le café du coin, un petit endroit où elle avait l'habitude de passer du temps avec ses amis. En entrant, l'odeur du café fraîchement moulu et des pâtisseries la frappa. C'était un parfum réconfortant, mais même cela ne suffisait pas à chasser son chagrin.
Elle repéra un coin tranquille, s'y installa et commanda un café noir. Elle sortit son téléphone et décida de vérifier ses messages. Il n'y avait rien de nouveau, à part celui de Thomas, et une notification de son ancienne amie, Julie. **« Je pense à toi. Si tu veux parler, je suis là. »**
Elle réfléchit un instant, puis répondit : **« Oui, j'ai vraiment besoin de parler. »** Elle savait que Julie pourrait comprendre. Elles avaient partagé tant de moments ensemble, des joies et des peines.
À peine quelques minutes plus tard, Julie entra dans le café, ses cheveux bouclés et son sourire chaleureux illuminant la pièce. Elle se précipita vers Éléa, l'embrassant tendrement. « Ça va, ma belle ? » demanda-t-elle, son regard scrutant Éléa.
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