
L'héritier de la mafia
Chapitre 3
La nuit enveloppait la ville dans un silence brisé par des bribes de conversations lointaines et le grondement sourd des voitures. Irina, assise sur le canapé de son modeste appartement, fixait son téléphone posé sur la table basse. Les dernières heures avaient été un mélange de tension et de confusion. L'idée d'être suivie plus tôt dans la journée l'obsédait, et malgré ses tentatives pour se convaincre que ce n'était qu'une paranoïa passagère, un frisson désagréable continuait de parcourir son échine.
Son regard se perdit un instant sur la vieille horloge accrochée au mur. Elle allait bientôt sonner minuit, et l'épuisement, combiné à l'angoisse, commençait à peser lourd. C'est alors que son téléphone vibra violemment, brisant le fragile calme de la pièce.
Elle le saisit avec précipitation. Un appel entrant. Le nom de Nikita s'affichait sur l'écran.
- Nikita ? s'écria-t-elle en décrochant, sa voix trahissant l'urgence.
- Irina... souffle une voix rauque à l'autre bout de la ligne. C'est moi.
- Où es-tu ? Qu'est-ce que tu as fait ? Pourquoi est-ce que ces gens me menacent à cause de toi ?
Il y eut un silence, suivi d'une toux étouffée.
- J'ai pas beaucoup de temps. Je... je suis blessé. J'ai besoin que tu viennes.
- Blessé ? Où ça ?
- Dans une ruelle, près de la 9ème avenue... près du vieux cinéma fermé. S'il te plaît... viens vite.
Avant qu'elle ne puisse poser d'autres questions, la ligne se coupa.
Irina resta immobile un instant, le téléphone toujours pressé contre son oreille, puis bondit de son canapé. Elle enfila rapidement son manteau et sortit en trombe.
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Les rues de New York semblaient encore plus froides sous le manteau de la nuit. Les lumières vacillantes des lampadaires projetaient des ombres longues et déformées sur les façades des immeubles délabrés. Irina marchait rapidement, le cœur battant à tout rompre. Chaque pas résonnait contre les murs étroits des ruelles, amplifiant sa nervosité.
Elle arriva bientôt à l'endroit indiqué par Nikita. La ruelle était sombre, presque désertée, à l'exception de quelques poubelles renversées et d'un néon clignotant à moitié cassé, suspendu au-dessus d'une porte.
- Nikita ? appela-t-elle d'une voix tremblante.
Seul le silence lui répondit. Elle avança prudemment, ses yeux scrutant chaque recoin de l'obscurité. Puis, son regard fut attiré par quelque chose sur le sol : une traînée sombre qui se prolongeait jusqu'à l'angle de la ruelle.
Du sang.
Elle s'accroupit, effleurant la substance poisseuse avec ses doigts. La panique monta en elle, mais avant qu'elle ne puisse réfléchir à sa prochaine action, un bruit derrière elle la fit sursauter.
Elle se retourna brusquement pour faire face à plusieurs silhouettes qui s'avançaient lentement.
- Vous êtes Irina Novikova, déclara une voix profonde et assurée.
Elle recula instinctivement, son dos heurtant le mur froid de la ruelle.
L'homme qui venait de parler se détacha du groupe. Il portait un costume parfaitement taillé, et malgré l'obscurité, ses yeux brillaient d'une intensité glaçante. C'était Lorenzo Santoro, et sa simple présence semblait aspirer tout l'air autour d'elle.
- Je vois que nous nous rencontrons enfin, poursuivit-il avec un sourire mince.
- Qui êtes-vous ? demanda Irina, tentant de masquer sa peur.
- Disons que je suis quelqu'un qui s'intéresse beaucoup à votre frère.
Elle sentit sa gorge se nouer.
- Où est Nikita ?
Lorenzo fit un pas de plus vers elle, réduisant l'espace entre eux.
- Ça, c'est ce que je comptais vous demander, dit-il calmement.
- Je ne sais pas où il est, répondit-elle, sa voix se brisant légèrement.
Il la regarda un instant, ses traits parfaitement impassibles, puis esquissa un sourire amusé.
- Irina, ne jouez pas à ce jeu avec moi. Je suis patient, mais seulement jusqu'à un certain point.
Elle serra les poings, luttant contre l'envie de céder à la panique.
- Je vous dis la vérité ! Je ne sais pas où il est. Il m'a appelée, il m'a demandé de venir ici, mais il était déjà parti quand je suis arrivée.
Lorenzo sembla peser ses mots, scrutant son visage avec une précision presque chirurgicale.
- Très bien, finit-il par dire. Alors, nous avons un problème commun.
- Quel genre de problème ?
Il pencha légèrement la tête, un éclat dangereux dans le regard.
- Votre frère a quelque chose qui m'appartient. Et si nous ne le retrouvons pas rapidement, il risque de ne plus être un problème du tout.
Le poids de ses paroles s'abattit sur Irina comme un coup de massue.
- Vous voulez dire qu'il pourrait être...
- Mort ? Oui, c'est une possibilité, répondit Lorenzo sans la moindre trace d'émotion.
Irina sentit un mélange de colère et de désespoir monter en elle.
- Vous ne pouvez pas faire ça ! C'est mon frère !
- Oh, je peux, croyez-moi, répliqua Lorenzo avec une froideur tranchante. Mais je suis disposé à être... raisonnable.
Elle le fixa, hésitant entre la rage et la peur.
- Qu'est-ce que vous voulez ?
Il s'approcha encore, si près qu'elle pouvait sentir la légère odeur de son parfum, un mélange subtil de bois et d'agrumes.
- Votre coopération, répondit-il doucement. Aidez-moi à le retrouver, et je veillerai à ce qu'il reste en vie... si cela est encore possible.
- Et si je refuse ? demanda-t-elle, bien qu'elle connaisse déjà la réponse.
Lorenzo esquissa un sourire presque compatissant.
- Vous n'êtes pas en position de refuser.
Un silence tendu s'installa. Irina savait qu'elle n'avait pas le choix.
- D'accord, finit-elle par dire. Mais si vous lui faites du mal, je...
- Vous quoi ? l'interrompit Lorenzo avec un sourire moqueur. Croyez-moi, Irina, je suis votre meilleure chance pour le sauver.
Il fit un signe de tête à l'un de ses hommes, qui tendit un téléphone à Irina.
- Vous allez utiliser ce téléphone pour me tenir informé, dit Lorenzo. Et ne pensez même pas à essayer de vous en débarrasser.
Irina saisit l'appareil avec hésitation.
- Bonne nuit, Irina, conclut Lorenzo avant de se tourner et de disparaître dans l'ombre avec ses hommes.
Elle resta là, immobile, le téléphone serré dans sa main, son esprit tourbillonnant de questions et de peur. Lorenzo avait laissé entendre que Nikita était peut-être déjà mort, et pourtant, il semblait convaincu qu'il pouvait encore le retrouver.
Mais pourquoi avait-il besoin d'elle ? Pourquoi ne pas simplement la forcer à parler ou à agir ? Cette ambiguïté, mêlée à la froide détermination de Lorenzo, était plus terrifiante que tout ce qu'elle aurait pu imaginer.
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