
Les roses bleues: Si aimer pouvait se conjuguer au pluriel
Chapitre 2
« Mon cher Kevin, mon petit chéri,
Ces derniers mots pour te dire de ne pas être triste. Je ne suis pas loin, juste de l’autre côté du chemin d’où je continuerai, autant que je le pourrai, à veiller sur toi.
Depuis que tu es né, mon unique raison de vivre a été de te voir grandir, te faire découvrir de belles choses et savoir t’en émerveiller. Ton père Xavier et moi avons passé des années agréables. Il était un modèle de douceur et rempli d’attention, un papa fier de voir son fils grandir et avancer sur le chemin de la vie. Nous avons voulu que tu ne t’encombres pas de choses futiles, seuls les bons moments sont à mémoriser. Puis après son départ, j’ai essayé, au mieux, de te montrer la route pour que, toujours, tu t’attaches à l’essentiel. Le seul but à avoir dans la vie est d’atteindre le bonheur.
Un jour, tu m’as demandé pourquoi j’étais restée seule après le décès de ton père. La réponse que je t’avais faite alors à dû te sembler bien mystérieuse et tu n’as pas osé aller plus loin dans cet échange et qu’aurais-je pu t’expliquer en quelques phrases ? Tu sais, certains êtres humains vivent plusieurs vies en une seule. J’ai eu cette chance et j’ai décidé de te faire découvrir cette partie de ma vie que tu ignores. Je veux que tu saches que ta maman a été follement amoureuse d’un homme qui s’appelait Marc. J’ai partagé la passion avec lui pendant plus de sept ans. Nous étions éperdument et profondément ancrés l’un à l’autre mais l’accumulation des expériences et le besoin de découvrir sans cesse de nouveaux horizons a fini par faire naufrager notre couple. Nous avons commis une erreur provoquant une plaie ouverte que nous ne sommes jamais parvenus à refermer. L’amour peut parfois être si exclusif que la jalousie qu’il génère ne s’accommode d’aucun écart. Kevin, souviens-toi que les fantasmes doivent rester cantonnés au plus profond de nous et qu’il est fort dangereux de vouloir les mettre tous en pratique.
Cette partie de ma vie figure dans le manuscrit que tu as désormais sous les yeux que Marc avait pris soin de rédiger et qu’il m’a remis au moment de notre séparation. Il avait voulu immortaliser notre histoire. Beaucoup de ce qu’il a écrit s’inspire de notre liaison mais plusieurs passages sont le fruit de son imagination. Ce sera le côté un peu mystérieux de cette lecture et tu pourras te plaire à essayer de discerner le vrai du faux. J’avais pour dessein de poser sur son texte mes propres commentaires et rectifications, mais j’y ai renoncé. Après tout, c’est sa vision des choses telles qu’il s’est plu à la raconter et parfois il y a comme un relent de journal intime dans son récit.
Marc avait eu une liaison avec une autre femme, une certaine Nadia. Encore plus incompréhensible, il lui a même fait un enfant.
Alors que nous étions ensemble depuis six ans, nous vivions chaque jour avec passion et pourtant, il n’a rien trouvé de mieux que de me trahir et de m’entraîner sur des rivages scabreux.
Tu constateras que Marc a choisi d’écrire ce texte, le plus souvent, au travers de dialogues et de narrations. Mais tu remarqueras qu’il pratique également régulièrement la troisième personne. J’ai toujours pensé qu’il avait ainsi voulu prendre un peu de distance avec lui-même. Peut-être s’agissait-il pour lui d’exprimer, avec recul, son désaccord avec les agissements de son personnage ? Ce qui m’a sans doute le plus surpris dans ce texte, c’est l’honnêteté avec laquelle il s’est livré en révélant toute une partie de sa vie intérieure. Dans certains passages, il semble même réaliser sa propre analyse. Il est rare d’accéder à une connaissance si intime de l’autre. Chacun cultive en lui son petit jardin secret !
Ces quelques pages te montreront comment, l’amour peut basculer dans la déraison fatale
Pardonne-moi cette sincérité et cette transparence, parfois dérangeante, et n’en veux pas à ta maman d’avoir aimé un autre homme que ton père. C’était avant de le rencontrer. Avec Xavier, nous avons été heureux, certes d’une façon différente et plus conventionnelle. Ton arrivée nous a comblés et m’a permis d’estomper, sans jamais parvenir à la faire disparaître, cette première partie de ma vie. La suite, tu la connais car après cet attentat, toi et moi avons continué à vivre en parlant de ton père.
Tu sais tout de notre rencontre jusqu’à son décès. C’est aussi pour cela que ce manuscrit ne relate que cette partie de ma vie avec Marc, celles de ces années que tu ignores.
À la fin de ta lecture, tu découvriras la photographie de Marc et moi que j’ai collée sur la dernière page.
Ne me juge pas.
Je t’aime.
Diane, ta maman ».
À la fin de la lecture, Kevin avait les yeux embués de larmes et, très vite, il finit par éclater en sanglots. Il venait de comprendre, avec un petit temps de latence, qu’il se retrouvait seul, sans parents, pour poursuivre le reste de sa vie.
Mais déjà, l’envie irrésistible de découvrir un peu de celle de sa mère l’envahissait.
Il se dirigea vers le petit canapé de cuir blanc dans lequel Diane aimait s’asseoir. Il songea qu’elle aurait apprécié qu’il y prenne place pour explorer les pages de sa vie puisque c’est précisément là qu’elle se réfugiait lorsqu’elle dévorait un roman dans les moments de quiétude qu’elle affectionnait tant.
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