
Les roses bleues: Si aimer pouvait se conjuguer au pluriel
Chapitre 3
Rencontre
Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point.
On le sait en mille choses.
Blaise Pascal
Pour son anniversaire, Marc avait décidé de se faire un petit plaisir. Vingt-huit ans, est un âge qui mérite d’être célébré. Il se rendit chez un grand couturier parisien avec l’idée de s’offrir la veste qui ferait fureur en le distinguant des autres, même si ce petit caprice risquait de lui coûter bien cher. Il se disait qu’on ne vit qu’une fois et qu’il ne parvenait pas à effacer de son esprit cette envie qui était née en lui quelques années auparavant. Après tout, certains font l’acquisition de montres rares, d’autres de motos ou de véhicules onéreux et bien lui, son truc, c’étaient les vêtements.
En pénétrant dans cette boutique prestigieuse, il fut comme immédiatement plongé dans un autre monde. Des vêtements pour femmes et hommes d’une originalité évidente, des couleurs admirablement associées, des compositions de tissus de qualité exceptionnelle intégrant des motifs décoratifs discrets. Tous ces modèles étaient comme mis en scène dans un décor moderne et lumineux qui vous installait dans un bien-être réel. Il ne savait plus où porter son regard tant il tentait de s’imprégner complètement de ce qu’il voyait. Sa qualité de scientifique le poussant, quel que soit le sujet qu’il aborde, à vouloir tout détailler, tout parcourir et tout comprendre. Ce qui peut être une grande qualité peut se révéler assez handicapant dans la vie de tous les jours. Ce que certains peuvent observer en quelques secondes lui demande de donner du temps au temps.
Une voix féminine le sortit de son errance mentale.
— Bonjour monsieur, bienvenue dans « espace création mode ». Je m’appelle Diane, je suis la styliste - créatrice de cette collection et je suis à votre disposition pour vous apporter toute l’assistance nécessaire. N’hésitez pas à me solliciter et à essayer les modèles qui pourraient vous plaire. Vous cherchez quelque chose pour vous ?
En levant les yeux, Marc eut l’impression de recevoir une flèche en plein cœur, tant la beauté de cette jeune femme était renversante.
Il balbutia quelques mots d’une banalité extrême avant de reprendre ses esprits.
— Bonjour, enchanté. Quelle chance d’être accueilli par la créatrice de cette collection impressionnante ! En fait, un ami m’a recommandé votre adresse. J’ai envie de changer de look en m’offrant une veste originale mais relativement discrète à la fois. Auriez-vous un tel modèle ?
— Savoir ce que l’on veut est un très bon début. Mais, il me faut un peu plus de détails pour accéder à votre demande. Une information sur le type d’étoffe, le style de coupe, le coloris qui aurait votre préférence pourraient m’orienter. Quant à votre taille, j’opterai pour un 52 ou 54, mais nous affinerons le moment venu. Vous êtes plutôt coupe cintrée ou droite ?
— Droite, s’il vous plaît et oui, effectivement, ma taille est 52 ou 54 en fonction des modèles.
— Très bien et pour que je puisse identifier la veste de vos rêves, que pourriez-vous encore me dire ?
— Pour être un peu plus précis, je ne suis pas à la recherche d’un modèle excentrique ou bariolé de couleurs improbables.
Diane l’interrompit, sans le brusquer, en faisant preuve d’une grande empathie et lui précisa :
— Puis-je vous demander de m’indiquer plutôt ce qui vous tenterait ?
— Je voudrais acquérir une veste distinguée, plutôt classe pour pouvoir la porter lorsque je suis invité à une cérémonie ou un cocktail. Je la souhaite différente des modèles de prêt-à-porter habituels. Je suis plutôt quelqu’un à la recherche d’originalité et je n’aime pas ce qui fait basculer dans la routine ou le quotidien. Si quelques motifs brodés ou éléments légèrement brillants pouvaient être associés à ce modèle pour le mettre en valeur en le distinguant délibérément des autres vestes, j’en serais ravi. Parce que vous êtes une femme, il vous est sans doute facile de percevoir ce que je ressens. L’idée même de risquer de me retrouver à côté d’un autre homme qui aurait la même veste que moi me déplaît. Je suis donc à la quête d’un modèle unique, c’est impératif ! Mais attention, l’exercice est délicat, il s’agit aussi qu’elle reste masculine et que ces fantaisies ne soient pas interprétées par ceux que je rencontrerai comme un signe ostentatoire d’une féminité larvée. Ce n’est pas du tout, mon truc, il ne faut pas que la moindre ambiguïté puisse naître de ma démarche ! C’est juste que je m’évertue chaque jour à essayer de trouver des chemins singuliers, voire insolites, pour colorer ma vie et la rendre la plus originale possible.
Diane resta assez interloquée par ce qu’elle venait d’entendre. Rares sont les personnes qui ont des idées aussi tranchées avec ce souci marqué de faire la différence. Elle était intriguée également car elle venait d’achever un modèle qui correspondait exactement à la description qu’en avait fait le client potentiel.
— Eh bien, cher Monsieur, il se fait que j’ai justement le modèle qui pourrait correspondre à vos attentes. D’après ce que j’ai cru comprendre, nous serions en plein dans la thématique. Quelle coïncidence et quel hasard, en vous écoutant j’ai eu l’impression que vous étiez en train de le décrire. Et pourtant, il n’est pas encore exposé dans le showroom car encore en atelier puisque nous venons tout juste de finir d’y apposer quelques strass discrets. Je suis assez confiante sur le fait qu’il vous plaira. C’est une taille 54 que nous serions en mesure de retoucher, le cas échéant. Voulez-vous tenter l’expérience et l’essayer ?
— Ce serait assez formidable que vous ayez imaginé la veste qui correspondrait exactement à mon cahier des charges ! D’accord pour essayer cette petite merveille !
— Je demande à une vendeuse d’aller la chercher. Pendant ce temps, j’ai une petite exigence vous concernant. Pour que les conditions de l’essayage soient optimales, je voudrais que vous passiez cette chemise blanche. Elle permettra de bien trancher avec le coloris de la veste et la mettra en valeur.
Lorsqu’il sortit de la cabine d’essayage après avoir revêtu la chemise blanche, Diane le pria de bien vouloir fermer les yeux un instant, le temps qu’on lui passe la veste en question. Elle tenait à l’effet de surprise et que son client découvre le rendu de ce modèle une fois porté.
— Première constatation, elle tombe parfaitement, indiqua Diane. Vous pouvez rouvrir les yeux et exprimer ce que vous en pensez.
Marc rouvrit les yeux et avant même de se regarder devant le grand miroir qui faisait face à lui, il tourna les yeux vers Diane qui visiblement était enchantée par l’élégance et le raffinement de sa création. Elle était souriante et sa simple vision montrait qu’elle était totalement convaincue de l’adéquation de cette veste avec celui qui la portait.
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