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Couverture du roman Les roses bleues: Si aimer pouvait se conjuguer au pluriel

Les roses bleues: Si aimer pouvait se conjuguer au pluriel

Kevin, orphelin depuis peu, découvre un manuscrit secret parmi les souvenirs de sa défunte mère, Diane. Ce récit l’immerge dans l’idylle passionnée qu’elle a vécue avec Marc, un neuroscientifique. Cependant, ce bonheur s’effrite quand Marc sombre dans un dédoublement de personnalité inquiétant. Entre ses délires et un coup de foudre pour une certaine Nadia, l'homme s'égare. Profondément marqué par cette lecture révélant des vérités insoupçonnées, Kevin se met en quête de Marc.
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Chapitre 1

Est-ce une illusion, un mirage ou le soupir du paradis ?

J’aimerais m’endormir sur cette langue de sable chaud,

Et puis courir vers l’océan mystérieux aux reflets vert et bleu,

Oui, ce serait une bulle merveilleuse.

Plus tard, il sera trop tard

Notre vie c’est maintenant.

Jacques Prévert

Après le décès du dernier de ses parents, en vidant la maison dans la perspective de la vendre, Kevin découvrit dans l’armoire de leur chambre, dissimulée derrière une pile de draps parfaitement alignés, une jolie boîte en carton rigide finement décorée entourée d’un ruban rouge délicatement noué.

Diane sa mère s’était éteinte quelques mois auparavant. Elle avait tout juste soixante-sept ans et lui vingt-huit. Kevin n’avait pas véritablement eu le temps de partager des souvenirs avec son père Xavier disparu tragiquement lors d’un attentat à Paris alors qu’il n’avait encore que huit ans. Il avait bien des souvenirs de lui mais tout était assez confus et avait un goût d’inachevé. De sa maman Diane qui l’avait élevé, entouré, dorloté et aimé jusqu’à son dernier souffle, il se rendait compte aujourd’hui qu’il ne savait finalement pas grand-chose de ce qu’avait été sa vie. Après la disparition de son mari Xavier, elle avait fait le choix de rester célibataire et Kevin ne l’avait jamais vu fréquenter un autre homme, pas un seul rendez-vous, pas la moindre sortie sans son fils. Son choix avait été de se consacrer entièrement à lui. Pourtant, elle était restée une femme splendide sur laquelle Kevin avait souvent surpris se poser, de façon insistante, le regard de nombreux hommes. Elle faisait encore l’objet de sollicitations périodiques de prétendants auxquelles elle ne donnait jamais suite. Encore jeune adolescent, Kevin se souvient qu’il imaginait qu’elle ne devait pas savoir ce qu’était l’amour, ne rien y comprendre, ne pas être intéressée par une aventure ou une histoire sentimentale. Avec le temps, il a pensé qu’elle avait fait ce choix uniquement pour le bien-être de son fils comme si élever un enfant correspondait à une espèce d’entrée en religion ne souffrant d’aucun chemin de distraction. Lorsqu’un peu plus tard Kevin lui posa plus précisément la question du pourquoi, alors qu’elle n’avait encore que cinquante-deux ans, elle n’avait pas souhaité se réinstaller avec un autre compagnon, et pour la première fois, elle eut cette formule :

— Je ne pourrai plus jamais aimer comme j’ai aimé. J’ai eu trois amours dans ma vie : toi, ton père et, avant, quelqu’un que je ne suis jamais parvenue à oublier, tant nous nous sommes aimés et que, finalement, j’ai quitté.

C’est toujours délicat pour un enfant d’interroger sa mère sur sa vie d’avant, et d’ailleurs, ce n’est pas une démarche qui se fait surtout s’il s’agit de poser des questions sur sa vie sentimentale. Pourtant, Kevin brûlait d’envie d’en savoir davantage. Qui était cet homme ? Comment s’appelait-il ? Était-il encore vivant ? Qu’avaient-ils fait ensemble de si extraordinaire pour que sa mère l’aime tant et y pense encore après toutes ces années ? Pourquoi l’avait-elle quitté ?

Et puis, il n’a pas osé. Aurait-elle répondu ? Mais cette phrase est restée gravée dans sa mémoire et, aujourd’hui, il se dit qu’il n’aura jamais de réponses à ses questions. C’est trop bête, il aurait tant voulu qu’elle lui dise, qu’elle lui explique. Il y a des choses dans la vie qu’on ne dit pas et après, il est parfois trop tard.

Kevin devait se faire violence pour sortir toutes les affaires de la maison de sa mère. C’est tellement difficile d’avoir à réaliser une telle tâche. Une vie achevée et que devient ce qui constituait votre décor quotidien, vos souvenirs, vos collections, vos photos, vos films, vos livres, vos musiques, vos meubles ? Tout ce que vous avez aimé et qui vous entourait. Certaines choses seront données, d’aucunes conservées, et d’autres seront vendues ou jetées. Tous ces éléments constituant les étapes de votre vie seront dispersés ou détruits. Que restera-t-il au fond, à la fin de votre existence ? Certes, chacun voit très bien ce que peuvent devenir ses biens matériels et financiers constituant l’éventuel héritage. Mais qu’advient-il, après votre disparition, de ce qui caractérisait votre personnalité, faisait qu’il s’agissait de vous et pas d’une autre personne, de vos idées, de vos convictions, de votre regard et de votre sourire ?

Il avait dû extraire une à une les pièces de linge de cette armoire de la chambre de sa mère qu’il n’avait jamais eu l’occasion d’ouvrir ni l’audace de le faire, comme si un interdit imaginaire avait toujours été établi, jusqu’à la découverte de cette boîte un peu plus grosse qu’une boîte à chaussures. Kevin la saisit et la transporta vers la table du salon où il la déposa. Il s’assit face à elle, tentant d’imaginer ce qu’elle pouvait bien contenir, en espérant qu’il ne s’agisse pas de bijoux ou d’argent. Il préférerait que sa maman ait juste pris le temps de lui écrire quelques mots en guise d’adieu. Il aurait tant aimé qu’elle lui livre les clefs qui lui permettraient de répondre aux innombrables questions qu’il se posait à son sujet.

Il fixait cette boîte porteuse de tant d’espoir et redoutait que la réalité de son contenu le déçoive. Le besoin de prendre une large respiration l’envahit. Puis, il se lança et dénoua précautionneusement le ruban de soie rouge. Il ressentait les palpitations de son cœur. L’émotion l’envahissait. Il souleva son couvercle avec un soin infini tout en fermant les yeux. Lorsqu’il les rouvrit, il aperçut une grande enveloppe épaisse sur laquelle son prénom avait été écrit de la main de sa mère.

Il la décacheta et en sortit une lettre manuscrite de Diane, et ce qui visiblement ressemblait à un manuscrit.

Son visage s’illumina, c’était exactement ce qu’il désirait le plus, disposer d’un dernier message de sa mère pour l’éternité.

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