
Les promesses du destin
Chapitre 3
Les jours passèrent, et Priya, bien que toujours en proie à l'incertitude, commença à se faire une place dans le manoir Kapoor. Elle ne parlait pas beaucoup, mais elle commençait à observer, à comprendre. Elle se rendait compte que, bien que les membres de la famille Kapoor l'acceptaient, il y avait quelque chose de glacé dans leur accueil. Meera, avec son regard aiguisé, restait distante, comme si elle observait chaque geste de Priya avec une attention morbide. Mais elle n'était pas la seule. Les autres membres de la famille, bien qu'aimables, semblaient tous porter un masque, une façade qui cachait des réalités invisibles.
Arjun, de son côté, semblait de plus en plus préoccupé. Chaque soir, il rentrait tard, ses traits marqués par une fatigue qu'il tentait de dissimuler. Priya remarquait les petites choses – les soupirs qu'il laissait échapper lorsque son téléphone sonnait ou les regards lourds qu'il lançait à son assistant, Vikram. Mais elle ne lui posait pas de questions. Elle savait qu'il ne répondrait pas.
Un soir, alors qu'elle se promenait dans le jardin, pensant à ses propres doutes, elle aperçut Arjun assis sur le banc en bois sculpté, l'air pensif. Il semblait perdu dans ses pensées, et, sans réfléchir, Priya s'approcha de lui. Elle avait l'impression que, d'une manière ou d'une autre, c'était le moment où il faudrait qu'elle franchisse ce seuil.
"Arjun," dit-elle, sa voix tremblante malgré elle.
Il tourna lentement la tête vers elle. Un silence s'installa. Ses yeux sombres la scrutèrent avec intensité, comme s'il hésitait sur ce qu'il allait faire de cette intrusion inattendue. Finalement, il soupira et se leva, l'air épuisé.
"Tu devrais rentrer, Priya," dit-il d'une voix rauque. "Il est tard."
Elle hésita, mais quelque chose dans la manière dont il parlait la poussa à insister. "Je voulais juste savoir... pourquoi tu fais tout ça. Pourquoi ce mariage ? Pourquoi moi ?"
Arjun la fixa, une lueur de surprise, voire de confusion, traversant ses yeux. Il s'éloigna légèrement d'elle, comme pour fuir cette question qui semblait trop intime, trop personnelle. "Ce mariage est ce que ma famille attendait de moi. Et toi, tu es celle qu'on m'a donnée. C'est aussi simple que cela."
Le ton de sa voix était glacial, mais Priya remarqua la petite fissure dans son masque. Quelque chose, au fond de lui, résistait à cette froideur apparente. Mais quoi ?
"Je ne suis pas simplement un choix, Arjun," répondit-elle doucement, son cœur battant plus fort. "Je ne suis pas une simple obligation. Je... je mérite de savoir pourquoi."
Il la regarda, et pendant un instant, ils restèrent là, face à face, dans un silence lourd de non-dits. Puis Arjun tourna la tête, fixant un point invisible dans la nuit.
"Je ne te le dirai pas, Priya," dit-il finalement, ses mots plus durs qu'il ne l'aurait voulu. "Pas encore."
Elle sentit un pincement au cœur. "Pourquoi ?" demanda-t-elle presque dans un souffle, mais Arjun ne répondit pas. Il se détourna, prêt à s'éloigner, mais avant de partir, il lança, presque dans un murmure : "Parce que je ne sais pas si tu veux réellement savoir."
Priya resta là, immobile, les mots d'Arjun flottant dans l'air comme un défi. Elle ne pouvait s'empêcher de penser que son époux, sous ses airs de dureté, cachait quelque chose de bien plus complexe et plus douloureux qu'elle n'aurait pu imaginer.
Les jours suivants, Priya se sentit plus seule que jamais. Les conversations se limitaient aux règles qu'elle devait suivre en tant qu'épouse de Kapoor. Les attentes sociales, les obligations familiales, tout semblait se mélanger dans un tourbillon de ce qu'elle ne comprenait pas. Arjun restait distant, occupé par des affaires urgentes, comme toujours. Mais quelque chose dans l'air changeait, et Priya le sentait. Il y avait des fractures invisibles, des fissures qui se formaient lentement, mais sûrement.
Un après-midi, alors qu'elle s'apprêtait à sortir pour une promenade, Sushila, la servante, vint la trouver, l'air préoccupé. "Madame Priya," dit-elle doucement, "Arjun Sahib vous cherche. Il semble qu'il ait quelque chose à vous dire."
Le cœur de Priya s'emballa. Elle suivit Sushila, traversant les vastes couloirs du manoir, jusqu'à la bibliothèque où Arjun se trouvait. Lorsqu'elle entra, il se tourna vers elle, son regard plus sérieux que jamais.
"Viens t'asseoir, Priya," dit-il d'une voix qui ne laissait place à aucune objection.
Priya s'avança et s'assit sur l'un des fauteuils en cuir en face de lui, son cœur battant la chamade. Il y avait quelque chose dans sa posture, dans son regard, qui l'intriguait. Ce n'était pas le même Arjun distant et impénétrable qu'elle connaissait.
"J'ai réfléchi à ce que tu m'as dit l'autre soir," commença-t-il après un long silence. "Tu as raison. Je t'ai traitée comme une obligation, comme un rôle à jouer. Mais ce n'est pas juste. Je veux... je veux que tu saches qu'il y a plus que ça."
Le cœur de Priya se serra, et elle baissa les yeux, incertaine de ce qu'elle entendait. Arjun, l'homme puissant et implacable, s'ouvrait à elle pour la première fois. Et c'était une ouverture qu'elle n'était pas prête à ignorer.
Arjun se leva et se dirigea vers la fenêtre, ses yeux se perdant dans l'horizon. Priya observa son dos large et tendu, se demandant ce qui se cachait derrière cette apparente tranquillité. Il se tourna enfin vers elle, une expression de conflit dans ses yeux sombres.
"Je ne sais pas comment te le dire, Priya," commença-t-il, la voix plus douce, presque hésitante. "Ma vie n'a jamais été simple. Ce mariage, ce n'était pas ce que j'avais en tête. Mais c'est ce que la famille attendait, ce que la société attendait." Il s'arrêta, un soupir lourd s'échappant de ses lèvres. "Je pensais pouvoir gérer, faire semblant que tout était parfait, mais je vois maintenant que ce n'est pas aussi simple."
Priya était pétrifiée. Elle ne s'était jamais attendue à ce genre de vulnérabilité de sa part. Elle avait toujours cru qu'il était invincible, que rien ni personne ne pouvait l'atteindre. Mais là, dans cette pièce, en face d'elle, il semblait tout à coup... humain. Incertain. Perdu.
"Je suis désolée," murmura Priya, incapable de masquer l'empathie qui naissait en elle. "Tu n'as pas à être désolé. Mais peut-être qu'on pourrait essayer, toi et moi. Peut-être qu'on pourrait comprendre cette situation ensemble."
Arjun la regarda longuement, et pendant un instant, il sembla presque sur le point de lui confier quelque chose de plus profond, quelque chose qui le rongeait depuis longtemps. Mais il se détourna brusquement, comme si un mur invisible venait de se dresser entre eux.
"Je ne suis pas sûr que ce soit possible," dit-il, sa voix grave, la froideur revenant lentement dans ses traits. "Je suis un homme d'affaires, Priya. Je ne sais pas comment être un mari, je ne sais même pas comment être un homme qui partage ses émotions. Mais je vais essayer. Pour toi. Parce que je dois au moins essayer."
Il tourna le dos et s'éloigna, laissant Priya seule avec ses pensées tumultueuses. Elle avait l'impression que quelque chose venait de changer, mais elle ne savait pas encore quoi.
Le lendemain, alors qu'elle se promenait dans le jardin, un léger vent soufflait, emportant avec lui les doutes et les incertitudes qui l'habitaient. Elle se sentait perdue dans cet univers imposé par sa famille, dans cet océan d'attentes qu'elle n'avait pas choisies. Mais elle savait une chose avec certitude : Arjun était plus complexe qu'elle ne l'avait imaginé. Et peut-être que, malgré la froideur de ses paroles, il y avait encore de l'espoir. Un espoir que, ensemble, ils pourraient découvrir.
Mais chaque espoir venait avec son lot de peurs. Priya savait que pour avancer, elle devrait se confronter à des vérités qu'elle n'avait pas encore osé affronter. Et ces vérités pourraient tout changer.
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