
Les pélandrons: Les bons à rien
Chapitre 2
Pendant l’attente, dans la file de voitures à l’arrêt, derrière eux, arrive un véhicule avec quatre individus. L’un des passagers descend et se dirige vers leur voiture, tapote à la vitre en faisant signe de la descendre et s’incline à hauteur de la portière avant, côté conducteur, en approchant son visage. En se penchant, son blouson s’entrouvre légèrement et Gus remarque à l’intérieur, sur le côté de la poitrine, une crosse de revolver. D’un ton autoritaire, lui demande de descendre de la voiture. Le ton de la voix devient plus fort, l’individu est maintenant très énervé, devant l’impassibilité de son interlocuteur. Il agresse verbalement Gus pour connaître son emplacement sur les hauteurs des Courmettes.
Les esprits s’échauffent, rapidement le timbre de la voix monte avec la violence des mots, ce qui attire le Policier Municipal, qui demande des explications sur son comportement.
Entre temps, un autre policier a rétabli la circulation des véhicules immobilisés, cet événement permet à Gus de repartir rapidement, pendant que le « nervi » (voyou) se trouve aux prises avec le flic, qui lui demande des explications sur son comportement.
Gus en profite pour prendre de la distance et, au bout de quelques kilomètres, emprunte un chemin privé de sa connaissance. Une fois hors de vue de la route principale, il part à pied, se cache derrière un fourré, attend le passage de la voiture 4x4 noire, avec à son bord le mystérieux exalté, accompagné de ses acolytes.
L’attente n’est pas très longue, une dizaine de minutes tout au plus, le 4x4 et son équipage passent en trombe devant lui. Gus et son épouse en profitent pour quitter leur abri et repartir dans le sens opposé. Ils se dirigent maintenant vers leur domicile, sur la commune de Carros les Plans, en passant par la route de la Baronne. Malgré ce nouvel itinéraire, le couple reste vigilant et inquiet, de crainte de croiser l’équipage des mécréants. Finalement, en début desoirée, ils finissent par retrouver leur domicile sans encombre.
À la nuit tombée, ils repartent avec un deuxième véhicule en direction de Cagnes-sur-Mer, sur le parking du Polygone, pour prendre le matériel déposé dans les consignes pour casques motos. De retour au domicile sans encombre, inspection du matériel récupéré.
Un sac contient deux armes de poing, un pistolet-mitrailleur, des chargeurs et des munitions. C’est le sac du gonze, non retrouvé. Son téléphone, hors service, batterie à plat.
Le deuxième sac de l’homme volant contient également des armes de poing et ses munitions, mais également des grenades et des pains d’explosifs avec détonateurs, quant au téléphone, il est en état de fonctionner.
Les deux appareils sont désactivés puis placés dans une boîte métallique, enveloppée d’un film aluminium, et le tout entreposé sous la dalle en béton de la maison, avec tout l’arsenal.
La nuit a été longue, par la crainte de la venue des malfrats, et le moindre bruit étrange ou voitures suspectes dans les parages, les fait sursauter. Le lendemain, pour éviter de se faire repérer, ils décident pour les jours suivants de prendre plusieurs jours de vacances, loin de tout ce tumulte. Mais cela après la livraison des colis de la poste, de la cave à vin et de la mallette.
De plus, après cette nuit d’éveil agitée, ce matin, ils doivent se présenter à la Gendarmerie, selon les directives de l’OPJ enquêteur. Mais par crainte de rencontrer les énergumènes de la veille, exaltés par la perte financière de leur trafic, Gus décide d’appeler la Gendarmerie pour les informer qu’ils ne pourront pas être présents à la convocation, à cause d’un problème de santé, prétextant un dérangement gastrique provoqué par la charcuterie, prise lors de la randonnée. Un rendez-vous est pris pour le lendemain.
Cependant, Gus, d’un esprit méfiant, décide à bord de sa moto, de se rendre aux abords de la Gendarmerie pour observer discrètement l’arrivée des malfrats. Effectivement, ceux-ci, après avoir garé leur voiture dans la rue, disparaissent dans les bâtiments administratifs. Il profite alors de leur absence pour s’approcher de la voiture en stationnement, et placer discrètement sous la carrosserie, le traceur récupéré sur l’homme volant. Une sécurité lui permettantd’avoir une avance sur ces individus et de connaître éventuellement le point de chute de la bande.
Au bout de quelques heures, les quatre personnages regagnent leur voiture et repartent rapidement. Grâce au traceur, il peut les suivre sans se faire repérer. Maintenant, la fin de la course se termine à St Laurent du Var, dans une gargote face à la gare SNCF, sur la RN7. Après une longue surveillance, il comprend que ce point de chute est définitif.
Le lendemain, le couple, en se rendant à la Gendarmerie en moto, remarque la présence du 4x4 des coupe-jarrets, stationné non loin. Le fait qu’ils circulent avec casque intégral leur donne l’avantage de ne pas être repérés, cela dans un premier temps. Car, une fois sortis de la caserne, ils s’aperçoivent que le 4x4 est maintenant, non loin derrière à leur trousse.
La puissante moto leur permet de prendre de la distance puis de se faufiler entre les voitures et pour leurrer les suiveurs, le conducteur se dirige dans la direction opposée de son domicile. Finalement, les malfrats perdent leur trace, maintenant ils peuvent rejoindre leur domicile en toute quiétude.
Ils se disent, pour être tranquilles, vivons cachés, seulement, il se trouve que l’attaque est la meilleure des défenses.
Donc, si on ne veut pas perdre, on ne doit pas éviter le combat
Pour cela, Gus récupère le téléphone du disparu au bas de la falaise, le remet en fonction pour mettre la pression à l’équipe des « capouns » (voyous) et leur faire sentir qu’ils ne sont pas maîtres du jeu. En compagnie de Magdeleine, ils se rendent vers la gare de St Laurent du Var. Gus appelle maintenant en utilisant le dernier numéro utilisé, pour parler au « Cabiscou » (le patriarche, le chef, expression marseillaise)
Et quand il décroche, il lui annonce :
— Toi, tu me cherches, mais moi, je t’ai trouvé, cafalo (petit joueur). Alors maintenant, tu m’oublies.
Au même instant, entre en gare un train et le bruit passe dans l’appareil téléphonique, signalant par ce fait à son interlocuteur, sa présence à proximité. Et il entend dans l’appareil le gredin s’écrier :
— Il est en face avec le téléphone de Gilou.
Provoquant au couple un moment de panique, qui ne voit qu’une issue possible, monter dans la rame du train qui va partir.
L’équipe de « gouapes » (voyous) arrive trop tard, le train est parti, le chef ne veut rien entendre, ils repartent en voiture en direction de la prochaine station, car maintenant, le mouchard GPS du téléphone signale la présence des fuyards dans la rame du train en direction d’Antibes.
Gus enregistre le numéro de téléphone du chef sur son appareil et se débarrasse du téléphone piégé, en le cachant sous un siège et descendent à l’arrêt de la gare de Villeneuve-Loubet. Peu après arrivent les terreurs au moment où le train repart… comme le GPS se positionne toujours dans le train, ils redémarrent en trombe vers la gare suivante.
Profitant de la situation, le couple se rend au supermarché voisin, achète deux téléphones prépayés et retourne en bus du côté de la gare de St Laurent du Var. Arrivés sur place, ils visionnent de loin le troquet desmalfaisants, où se forme une forte effervescence entre le boss et le retour de l’équipe des marioles, bredouilles, si ce n’est le téléphone de Gilou, qu’ils ont récupéré. Le Boss fulmine de colère contre ses soldats incapables.
Notre couple s’éloigne maintenant du secteur, et une fois à distance, Gus rappelle le Daron du troquet et lui annonce :
— Écoute-moi « Pélandron » (bon à rien, en niçois) je maintiens la « Guintchou » (surveillance) sur ton cul. Tu m’oublies, je t’oublie, d’acc ? Sinon, c’est moi qui « t’agante » (attrape). « Va ben couma aco» (ça va comme ça).
L’autre explose, insulte, demande à ses gugus d’aller dans la gare, il cherche du regard autour de lui, et annonce coléreux :
— Si je te trouve, je te jette sous le train !
Gus lui répond d’une voix douceâtre et railleuse :
— Calme-toi Pélandron, oublie-moi et c’est la dernière fois, après ce sera pour ta gueule. Chao.
Il coupe la communication et jette le téléphone.
Retour maintenant à la maison : la décision est prise, pendant l’attente de la livraison des colis, confinement au domicile ! Les jours suivants se passent sans incident et le jour de la livraison postale arrive. Le tout est soigneusement examiné, un colis contient plusieurs kilos de divers types de produits stupéfiants, le tout soigneusement emballé dans des films plastiques.
Dans l’autre boîte, une forte somme de billets de banque. Après une comptabilité fiévreuse et répétitive, certainement causée par la nervosité de voir autant d’argent. Finalement, le compte est bon, c’est le jackpot, 300 000 €.
Cette somme va permettre de passer un long séjour d’absence, dans le sud de l’Europe. L’itinéraire établi et les bagages terminés, le départ se fera le jour suivant, après la livraison de la cave à vin et de la mallette.
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