
Les Larmes du Passé
Chapitre 2
Léa soupira. « Ça va... Enfin, aussi bien que possible, tu vois. »
« Je me doutais bien que ça n'irait pas fort. Écoute, je pensais justement passer te voir ce soir. J'ai pris une bouteille de vin. On pourrait parler, ou juste ne rien dire du tout si tu préfères. Qu'est-ce que t'en dis ? »
Léa esquissa un sourire malgré elle. Sophie avait toujours cette manière de rendre les choses moins lourdes, plus faciles à gérer. Elle savait exactement quand pousser, quand écouter, et quand se taire. « Ça me ferait du bien, oui. Viens, j'ai besoin de parler de tout ça. »
« Parfait, j'arrive dans quinze minutes. Prépare les verres, je m'occupe du reste. »
Léa raccrocha, se sentant un peu plus légère. La présence de Sophie était la seule chose qui pourrait la tirer momentanément de cette torpeur. Elle se leva, se dirigea vers la cuisine et sortit deux verres à vin. Elle ne savait même plus à quand remontait sa dernière soirée tranquille avec une amie. Ces derniers mois avaient été un tourbillon de stress entre son travail et ses efforts désespérés pour sauver son mariage. Maintenant, tout cela semblait loin. Ce n'était plus qu'un champ de ruines dont elle devait s'extraire.
Quelques minutes plus tard, la sonnette retentit. Léa ouvrit la porte et accueillit Sophie dans une étreinte chaleureuse. « Merci d'être venue. »
Sophie se défit de son manteau en souriant. « Tu sais bien que je suis là, toujours. Et pour ce soir, pas de pitié. On boit, on rigole, et on oublie cet idiot de Lucas, d'accord ? »
Léa hocha la tête, un mince sourire se dessinant sur ses lèvres. « D'accord. »
Les deux femmes s'installèrent dans le salon, chacune avec son verre de vin. Sophie ouvrit la bouteille avec expertise et versa le liquide rouge foncé dans leurs verres. Un silence confortable s'installa pendant un moment, alors qu'elles dégustaient les premières gorgées.
« Alors... » commença Sophie après un moment, en posant son verre. « Parle-moi. Qu'est-ce qui s'est passé exactement ? »
Léa haussa les épaules, jouant nerveusement avec la tige de son verre. « Il m'a trompée. Avec Clara, sa collègue. Pendant deux ans. »
Sophie leva les sourcils, choquée. « Deux ans ? » Elle posa son verre brusquement. « Mais c'est incroyable ! Comment est-ce que tu ne t'es rendu compte de rien pendant tout ce temps ? »
Léa laissa échapper un rire amer. « Je crois que je ne voulais tout simplement pas voir. Il y avait des signes, bien sûr. Il rentrait tard, il était de plus en plus distant... Mais à chaque fois, je trouvais une excuse pour ne pas affronter la réalité. Je me disais qu'il était fatigué à cause du travail, qu'on traversait une mauvaise période, tu sais. »
Sophie secoua la tête, le regard empli de compassion. « Personne ne peut te blâmer pour ça. On fait tous ça quand on aime quelqu'un. On veut croire que tout ira bien. » Elle posa une main sur celle de Léa. « Mais tu es incroyablement forte, Léa. Tu vas t'en sortir. »
Léa hocha la tête sans grande conviction. « Peut-être. Pour l'instant, je me sens surtout vide. Comme si tout ce que j'avais construit s'était écroulé. »
« C'est normal, » murmura Sophie. « Mais ce n'est qu'une étape. » Elle s'appuya contre le dossier du canapé et leva son verre, un sourire malicieux aux lèvres. « Bon, maintenant, assez parlé de Lucas. Parlons de toi. Qu'est-ce que tu comptes faire maintenant ? »
Léa haussa les épaules. « Je ne sais pas trop. Je dois d'abord gérer les démarches du divorce, puis peut-être... Peut-être que je vais quitter la ville. Repartir à zéro ailleurs. »
Sophie fronça les sourcils. « Quitter la ville ? Vraiment ? Tu penses que fuir est la solution ? »
Léa prit une longue gorgée de vin, réfléchissant à la question. « Ce n'est pas fuir. C'est juste que... tout ici me rappelle lui. Chaque coin de rue, chaque endroit où on allait ensemble. Je veux être libre de tout ça. »
« Je comprends, » répondit Sophie doucement. « Mais tu sais, tu pourrais reconstruire ta vie ici aussi. Lucas n'a pas le droit de te voler ça. C'est toi qui décides de ce que tu veux pour ton futur, pas lui. »
Léa baissa les yeux, incertaine. « Peut-être... Mais pour l'instant, tout ce que je sais, c'est que je veux avancer. Peu importe où. »
Sophie hocha la tête en silence, respectant les pensées de son amie. Elle leva son verre à nouveau. « À ton avenir, alors. Où que tu choisisses d'aller, je serai toujours là pour toi. »
Léa esquissa un sourire sincère pour la première fois depuis longtemps. « Merci, Sophie. Ça compte énormément pour moi. »
Les deux femmes continuèrent à discuter, abordant des sujets plus légers, riant de souvenirs communs et des moments de folie qu'elles avaient partagés dans leur jeunesse. Petit à petit, Léa sentit un poids se lever de ses épaules, comme si, ne serait-ce que pour quelques heures, elle pouvait respirer à nouveau.
La soirée s'écoula paisiblement, et Léa réalisa que, même si sa vie avait été bouleversée, elle n'était pas seule. Elle avait des gens autour d'elle qui l'aimaient, qui la soutiendraient quoi qu'il arrive. Cela lui donna une force nouvelle, une lueur d'espoir dans l'obscurité.
Alors que la nuit tombait complètement et que Sophie se préparait à partir, elle serra Léa dans ses bras une dernière fois. « Si tu as besoin de quoi que ce soit, tu sais où me trouver. On traverse ça ensemble. »
Léa hocha la tête, ses yeux brillants de reconnaissance. « Merci. Je suis contente de t'avoir. »
Sophie partit, laissant Léa seule dans le silence du salon. Cette fois, ce silence ne la terrifiait plus. Elle se leva, regarda autour d'elle, puis se dirigea vers la fenêtre. Dehors, les lumières de la ville brillaient doucement, comme une promesse d'un lendemain meilleur. Elle sourit faiblement, puis retourna à l'intérieur. Le chemin serait long, elle le savait, mais pour la première fois depuis des semaines, elle se sentait prête à l'affronter.
Le lendemain matin, la lumière du soleil pénétrait doucement à travers les rideaux de la chambre de Léa, baignant la pièce d'une chaleur réconfortante. Elle se tenait devant le miroir, ajustant machinalement son tailleur. La soirée passée avec Sophie lui avait fait du bien, et même si elle se sentait encore un peu fragile, quelque chose en elle s'était réveillé. Elle était prête à reprendre le contrôle de sa vie, à tourner la page, du moins à essayer.
Son téléphone vibra sur la table. C'était un message de sa mère, toujours inquiète de la voir traverser cette période difficile.
**« Bon courage pour ta journée, ma chérie. On est tous derrière toi. N'oublie pas de passer dimanche pour le déjeuner ! Bisous. »**
Léa sourit légèrement en lisant le message. La chaleur familiale lui manquait parfois. Depuis le départ de Lucas, elle avait préféré éviter les rencontres trop fréquentes avec sa famille, ne voulant pas s'exposer à leurs questions, à leur compassion envahissante. Mais aujourd'hui, elle se promit de se montrer plus présente.
Elle quitta son appartement et se dirigea vers l'hôpital. La route lui semblait plus familière qu'elle ne l'avait imaginée. Le bâtiment où elle travaillait comme médecin généraliste avait toujours été un refuge pour elle, un endroit où elle se sentait utile, où elle avait une vraie raison d'être. Pourtant, ces derniers mois, même ce lieu avait perdu un peu de sa saveur. Chaque jour semblait un défi de plus, une bataille pour rester concentrée sur ses patients tout en jonglant avec les émotions ravageuses qui l'envahissaient.
En arrivant à l'hôpital, elle croisa des collègues dans le couloir qui lui souriaient poliment. Personne n'osait vraiment aborder le sujet de son divorce, même si les rumeurs s'étaient propagées rapidement, comme c'est souvent le cas dans un environnement aussi fermé.
Dans la salle de repos, elle aperçut son collègue et ami, Vincent, en train de préparer un café. Il se retourna en entendant la porte s'ouvrir et sourit en voyant Léa.
« Ah, voilà notre super médecin ! » dit-il en lui tendant un gobelet de café. « Comment tu te sens aujourd'hui ? »
Léa haussa les épaules en prenant la tasse avec un sourire reconnaissant. « Ça va. Un jour à la fois, comme on dit. »
Vincent hocha la tête, puis il la fixa un instant, son sourire s'effaçant légèrement. « Tu sais que si tu as besoin de parler, je suis là, hein ? »
Léa soupira légèrement. « Merci, Vincent. J'apprécie, vraiment. Mais pour l'instant, j'ai juste besoin de me concentrer sur le travail. Ça m'aide à penser à autre chose. »
Vincent sembla comprendre et hocha la tête, tout en prenant une gorgée de son café. « C'est une bonne approche. Parfois, il n'y a rien de mieux que de s'immerger dans ce qu'on fait de mieux. »
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