
Les Larmes du Passé
Chapitre 3
Léa acquiesça avant de jeter un coup d'œil à l'horloge. « Bon, je vais aller voir mes premiers patients. À plus tard. »
Elle se dirigea vers son bureau, où une pile de dossiers l'attendait déjà. Elle soupira, mais ce n'était pas un soupir d'épuisement. Cette fois, elle sentait une étrange énergie, une envie de se plonger dans ces cas, de retrouver son rythme. Travailler l'avait toujours aidée à trouver une forme d'équilibre, et aujourd'hui ne ferait pas exception.
En feuilletant le premier dossier, elle se plongea rapidement dans les détails médicaux. Son premier patient de la journée était une femme âgée, madame Renard, qui venait pour son suivi habituel. Léa la connaissait bien ; elle suivait sa santé depuis des années.
Quand la patiente entra dans son cabinet, elle la salua d'un sourire chaleureux. « Bonjour, madame Renard, comment allez-vous aujourd'hui ? »
La vieille dame s'installa dans le fauteuil en face de Léa, un sourire fatigué aux lèvres. « Oh, vous savez, ma petite, ça ne change pas beaucoup. Les genoux me font toujours souffrir, et le froid n'arrange rien. »
Léa hocha la tête avec compréhension. « Oui, j'imagine que ça ne doit pas être évident. Nous allons faire un examen rapide, d'accord ? Et je vais voir ce que je peux vous prescrire pour soulager un peu tout ça. »
L'examen se déroula tranquillement, et Léa sentit peu à peu son esprit s'apaiser en se concentrant sur son travail. C'était un refuge, un espace où elle savait quoi faire, où elle pouvait résoudre des problèmes et apporter un soulagement immédiat. Cela lui manquait d'avoir cette certitude dans sa vie personnelle.
Après avoir terminé avec madame Renard, Léa consulta plusieurs autres patients, chacun avec des problèmes variés. Cependant, vers midi, alors qu'elle s'apprêtait à prendre une pause, elle reçut un appel inattendu.
« Docteur Léa Mercier, » répondit-elle en décrochant.
« Léa, c'est Lucas. »
Le simple son de sa voix fit l'effet d'une claque. Elle resta figée, son cœur battant soudainement plus vite. Pourquoi l'appelait-il ? Il était parti depuis des mois, sans chercher à la contacter, et voilà qu'il osait refaire surface comme si de rien n'était.
« Qu'est-ce que tu veux ? » répondit-elle, la voix plus dure qu'elle ne l'aurait voulu.
Il y eut un silence à l'autre bout du fil, comme s'il cherchait ses mots. « J'ai besoin de ton aide. Ce n'est pas pour moi, c'est pour Emma. Elle est malade. »
Léa ferma les yeux un instant, essayant de contenir la colère et la douleur qui bouillonnaient en elle. Emma... Celle qui avait détruit son mariage, celle pour qui Lucas l'avait laissée.
« Tu plaisantes ? » Sa voix tremblait légèrement, mais elle se força à garder le contrôle. « Tu oses me demander de l'aide pour elle ? »
« Léa, je sais que c'est beaucoup te demander, » reprit Lucas, la voix tendue. « Mais elle est très malade, et elle a besoin de soins que seul ton hôpital peut lui offrir. Je suis désespéré. »
Un silence lourd s'installa entre eux. Léa serra le combiné si fort que ses jointures blanchirent. Elle savait qu'elle était une professionnelle, qu'elle avait un devoir de soigner les malades, peu importe qui ils étaient. Mais cette demande... c'était autre chose. Cela touchait une partie d'elle-même encore trop fragile, trop brisée.
« Donne-moi le dossier médical. » Les mots sortirent avant qu'elle ne puisse les retenir. « Je verrai ce que je peux faire. »
Lucas soupira de soulagement. « Merci, Léa. Je te l'enverrai tout de suite. »
Elle raccrocha sans un mot de plus, les mains tremblantes. Que venait-elle de faire ? Pourquoi n'avait-elle pas simplement refusé ? Elle s'adossa à son fauteuil, fixant le plafond comme si elle espérait y trouver une réponse.
Sophie l'avait prévenue de ne pas replonger dans le passé, de ne pas laisser Lucas reprendre pied dans sa vie. Mais face à la souffrance d'une autre personne, même celle qui avait contribué à sa propre chute, elle ne pouvait pas rester de marbre. Ce n'était pas dans sa nature.
Elle savait que cette décision allait la hanter, mais pour l'instant, elle devait rester professionnelle. Les émotions devraient attendre.
Léa se tenait dans son bureau, fixant l'écran de son ordinateur. Le dossier médical d'Emma était ouvert devant elle, mais les mots se brouillaient sous ses yeux. Sa concentration l'avait abandonnée. Depuis l'appel de Lucas, elle avait l'impression que le sol se dérobait sous ses pieds. La réalité, qu'elle avait tenté de maintenir en équilibre depuis la rupture, s'effondrait à nouveau.
Elle inspira profondément, cherchant à refouler la vague d'émotions qui menaçait de la submerger. Ce n'était qu'un patient comme un autre, rien de plus. Du moins, c'est ce qu'elle essayait de se dire. Mais au fond d'elle-même, elle savait que ce n'était pas le cas. Emma n'était pas une patiente ordinaire, et Lucas n'était plus un simple visage du passé. Ils faisaient tous partie d'un Passé de sa vie qu'elle aurait préféré oublier.
Soudain, la porte de son bureau s'ouvrit doucement, et Vincent passa la tête dans l'entrebâillement.
« Tout va bien ? » demanda-t-il avec un sourire inquiet. « Tu sembles un peu ailleurs. »
Léa releva les yeux vers lui, hésitant un instant. Devait-elle lui parler de ce qui venait de se passer ? Vincent était l'un des rares à connaître les détails de son divorce, et il l'avait toujours soutenue. Mais elle n'était pas sûre de vouloir partager cette nouvelle complication avec lui.
« Lucas m'a appelé, » finit-elle par dire, détournant le regard vers l'écran. « Il veut que j'aide sa compagne. »
Vincent entrouvrit la porte un peu plus et s'approcha de son bureau, visiblement surpris. « Sa compagne ? Attends, tu veux dire... »
« Oui, Emma. Elle est malade, et apparemment, je suis la seule à pouvoir l'aider. » Léa laissa échapper un rire amer. « Ironique, non ? »
Vincent s'assit face à elle, ses sourcils froncés. « Et qu'est-ce que tu vas faire ? »
Léa haussa les épaules, résignée. « Ce que je fais toujours. Mon travail. »
Vincent resta silencieux un instant, observant son amie avec un mélange d'admiration et de préoccupation. « Tu sais que tu n'es pas obligée d'accepter, Léa. Personne ne te reprocherait de dire non dans ce cas précis. »
Elle hocha la tête, bien consciente de cela. Mais le problème n'était pas ce qu'elle était obligée de faire. Elle avait toujours été quelqu'un qui faisait passer les autres avant elle-même, même si cela signifiait sacrifier son propre bien-être. C'était une partie d'elle qu'elle avait acceptée, même si, parfois, elle en souffrait.
« Je sais, » dit-elle doucement. « Mais je ne peux pas. Je ne peux pas refuser de soigner quelqu'un, même si cette personne fait partie de ce qui m'a brisée. »
Vincent la regarda avec admiration, mais aussi avec une inquiétude palpable. « Tu es trop gentille, Léa. Ne laisse pas Lucas te manipuler. »
« Ce n'est pas Lucas, c'est elle, » répondit-elle en secouant la tête. « Peu importe ce qu'elle représente, elle reste une patiente qui a besoin d'aide. »
Vincent soupira et se leva, passant une main dans ses cheveux avec un air soucieux. « Si tu as besoin de quoi que ce soit, je suis là, d'accord ? On peut se retrouver pour boire un verre ce soir si tu veux en parler. »
Léa esquissa un faible sourire. « Merci, mais je vais m'en sortir. J'ai juste besoin de temps. »
Vincent acquiesça doucement et quitta le bureau, la laissant à nouveau seule avec ses pensées. Léa baissa les yeux vers le dossier d'Emma. Les résultats médicaux étaient clairs : Emma souffrait d'une maladie auto-immune rare qui nécessitait des soins spécialisés. Un traitement difficile, mais faisable. Elle pouvait l'aider. Mais à quel prix ?
Elle se leva brusquement de son bureau et quitta la pièce, sentant le besoin de prendre l'air. En traversant les couloirs de l'hôpital, elle se remémorait les moments passés avec Lucas. Leur histoire avait commencé de manière si intense, si passionnée. Ils étaient inséparables, leurs amis les appelaient même « le couple parfait ». Mais avec le temps, cette perfection s'était fissurée. L'arrivée d'Emma dans leur vie, sous prétexte d'une simple amitié avec Lucas, avait été le début de la fin. Léa s'était persuadée qu'il ne se passerait jamais rien entre eux. Elle avait fait confiance, elle avait espéré. Jusqu'à ce que tout s'écroule.
Elle se retrouva finalement à l'extérieur, dans le petit jardin réservé aux employés. L'air frais lui fit du bien. Elle s'assit sur un banc, ferma les yeux et laissa le vent caresser son visage. Elle devait trouver un moyen de gérer cette situation sans perdre pied.
Son téléphone vibra à nouveau. Un autre message de Lucas.
**« Je t'ai envoyé le dossier complet d'Emma. Merci encore de prendre ça en main. »**
Léa regarda le message sans répondre. Elle n'avait pas la force d'interagir avec lui, pas maintenant. Le simple fait qu'il revienne dans sa vie après tout ce qu'il avait fait était un coup de poignard. Pourtant, elle savait qu'elle ne pouvait pas fuir éternellement.
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